De l’iconographie du « shtetl », bourgade juive de la Russie impériale de sa jeunesse, à ses compositions monumentales des années 1960, l’œuvre du peintre d’origine russe Marc Chagall fait l’objet d’une importante rétrospective aux Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles jusqu’à la fin juin.

Marc Chagall, né en 1887 dans une famille de juifs hassidiques à Vitebsk, en Biélorussie, et mort en 1985 à Saint-Paul-de-Vence, dans le sud de la France, « est un artiste dont la vie traverse l’intégralité du XXe siècle et dont le parcours est révélateur de ce qu’a été ce siècle assez barbare », explique le directeur des musées des Beaux-Arts, Michel Draguet et commissaire de l’exposition, qui rencontre un beau succès depuis son ouverture le weekend dernier.

La rétrospective, présentée à Milon fin 2014 et proposée à Bruxelles jusqu’au 28 juin, présente 220 oeuvres réunies grâce à la collaboration d’une vingtaine de musées prestigieux, dont la Tate de Londres, le Thyssen-Bornemisza de Madrid, le MoMa de New-York ou le Centre Pompidou de Paris.

Elle « offre une succession thématique, qui est en même temps chronologique, qui va des premières avant-gardes du début du siècle jusqu’aux grandes compositions que Chagall réalise pour l’Opéra Garnier », dont le plafond, décoré par le peintre à la demande d’André Malraux, a été inauguré en 1964, ajoute Michel Draguet.

L’exposition aborde les thèmes les plus chers à Chagall, comme la vie au « shtetl », ce village réservé aux juifs en Europe de l’Est.

Il quitta le sien à peine âgé de 20 ans pour Saint-Pétersbourg puis Paris, dès 1911, mais il ne cessera d’interpréter ses figures –ses parents, le barbier, le rabbin– tout au long de sa vie, empruntant les codes du cubisme ou du surréalisme, flirtant aussi avec l’abstraction, mais sans jamais s’enfermer dans un mouvement ni abandonner l’art figuratif.

« C’est un artiste d’avant-garde, mais qui ne suit pas la ligne dominante de l’avant-garde », résume Michel Draguet.

Juif errant

« Moi et le village » (1912) ou « L’anniversaire » (1915), visibles à Bruxelles, sont deux chefs-d’œuvre qui illustrent parfaitement cet art chatoyant et presque ludique qui a fait de Chagall l’un des peintres les plus appréciés du public.

La figure du « juif errant », qui l’a tellement inspiré, résume également sa propre vie.

Après trois années à Paris, il rentre en Russie en 1914 pour revoir sa famille. Mais la Première guerre mondiale l’obligera à y rester plus longtemps que prévu. Il côtoie l’avant-garde soviétique, réalise des décors de théâtre, pour des pièces de Gogol notamment, avant de tomber en disgrâce et d’abandonner définitivement la Russie en 1922.

Son parcours le mène à Berlin, puis de nouveau à Paris, en 1923, où sa peinture est baignée d’une lumière nouvelle, notamment dans des gouaches des Fables de la Fontaine présentée aux Beaux-Arts. Ses toiles s’assombrissent ensuite à nouveau lorsqu’il perçoit, dès la fin des années 20, les menaces pesant sur le peuple juif.

Exilé aux Etats-Unis fin de 1940, il y réalise sa seule toile montrant un soldat portant une svastika sur sa manche. Peu connue, elle figure dans la rétrospective bruxelloise. Célébré dans le monde entier, Chagall, français depuis 1937, s’installe à nouveau en France, dans le sud cette fois, de l’après-guerre à la fin de sa vie.

Informations: www.expo-chagall.be – tarifs: 14,50 euros en semaine, 17,50 euros le weekend.