La femme du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Sara, a agi délibérément et systématiquement lorsqu’elle utilisait des fonds publics pour payer de coûteux repas pour elle et sa famille, selon l’acte d’accusation préliminaire de Mme Netanyahu, qui a été divulgué mercredi par la presse.

Dans le document, publié par Yedioth Ahronoth, le procureur général Avichai Mandelblit accuse Sara Netanyahu d’avoir « exploité son statut d’épouse du Premier ministre » et explique comment elle a travaillé avec Ezra Saidoff, l’ancien directeur général adjoint du cabinet du Premier ministre, pour contourner les règles et les restrictions afin d’obtenir frauduleusement le financement des repas de Mme Netanyahu et de sa famille aux frais de la population.

Netanyahu et Saidoff nient avoir commis tout acte répréhensible.

Dans l’acte d’accusation préliminaire, Mandelblit affirme que Sara Netanyahu et Saidoff ont essayé de cacher le fait que des cuisiniers étaient employés à la résidence, afin de justifier l’utilisation de fonds publics pour des repas et des chefs privés.

C’est, selon le procureur général, « une chose systématique » et qui a été menée « délibérément pour tromper les personnes concernées à la résidence du Premier ministre ».

La mise en accusation devrait être faite lors d’audiences pour Sara Netanyahu et Saidoff.

Le procureur général Avichai Mandelblit prend la parole lors d'une conférence sur le droit du conflit armé aux abords de Tel Aviv, le 25 avril 2017. (Crédit : Roy Alima/Flash90)

Le procureur général Avichai Mandelblit prend la parole lors d’une conférence sur le droit du conflit armé aux abords de Tel Aviv, le 25 avril 2017. (Crédit : Roy Alima/Flash90)

Après une longue enquête policière, Mandelblit a annoncé en septembre qu’il avait l’intention de mettre en accusation Sara Netanyahu pour fraude et pour avoir détourné quelque 360 ​​000 shekels de fonds publics à son propre usage.

L’acte d’accusation préliminaire de 16 pages pour Sara Netanyahu détaille les prétendues dépenses illégales allant jusqu’à 25 000 shekels par mois de la part de la femme du Premier ministre pour des repas dans les meilleurs restaurants de Jérusalem.

Dans le document publié mercredi, Mandelblit n’est pas allé jusqu’à accuser Netanyahu d’avoir falsifié des factures afin de s’assurer que les repas soient payés par les contribuables. Cela, selon lui, cela n’engageait que la responsabilité de Saidoff.

« Aucune preuve n’a été trouvée indiquant que Sara Netanyahu était au courant de la fausse déclaration sur les repas préparés par des chefs pour les invités privés ou de la falsification des factures pour ces repas. Par conséquent, il a été décidé de clore le dossier contre Netanyahu en l’espèce au vu de l’absence de preuves suffisantes. Dans cette affaire, Saidoff sera poursuivi seul. »

Ezra Saidoff, directeur adjoint des opérations au bureau du Premier ministre. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ezra Saidoff, directeur adjoint des opérations au bureau du Premier ministre. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mandelblit explique que sa décision d’accuser l’épouse du Premier ministre de fraude avec des circonstances aggravées était basée sur le montant des sommes impliquées, la « nature planifiée, continue et systématique de l’opération », les fausses déclarations, la façon dont les choses se faisaient au plus haut niveau dans la résidence officielle du Premier ministre, le fait que les fonctionnaires et les autres employés ont été forcés de dissimuler des informations, et le fait que les fonds publics ont été détournés.

En vertu de la réglementation de l’État, les cuisiniers de la résidence du Premier ministre sont censés fournir aux Premiers ministres et à leurs familles immédiates leurs repas quotidiens. Lorsque les cuisiniers ne sont pas employés, la famille du Premier ministre est autorisée à commander des repas à l’extérieur, qui peuvent s’élever à un maximum de 200 shekels par personne, TVA non incluse.

L’État est également autorisé à payer la facture pour les invités privés du Premier ministre et de sa conjointe tant qu’il ne s’agit pas d’un événement social ou familial impliquant plus de 20 personnes.

Le document, cependant, détaille 15 cas dans lesquels Sara Netanyahu a invité des chefs, malgré le fait que six cuisiniers travaillaient dans la résidence entre avril 2009 et avril 2015, parfois avec plus d’un employé en même temps.

Parmi les cas où ce sont les chefs qui ont cuisiné, il y a le cas où « L. et sa femme et leur fils et son épouse » ont été invités en janvier 2011, pour un repas préparé par le célèbre chef Shalom Kadosh qui a coûté à la population israélienne 4 500 shekels.

Kadosh a été le premier Israélien à devenir membre du « Club des Chefs des Chefs », dont les membres cuisinent pour les rois, les reines et les chefs d’État.

Le chef Shalom Kadosh (au centre) avec d'autres chefs à Tel Aviv, en février 2012 (Crédit : Gideon Markowicz/Flash90)

Le chef Shalom Kadosh (au centre) avec d’autres chefs à Tel Aviv, en février 2012 (Crédit : Gideon Markowicz/Flash90)

En avril 2011, Y. et sa femme ont dégusté à la résidence du Premier ministre un repas préparé par le Chef Lior Hafzadi du bistro Lara de Jérusalem et l’ancien chef du célèbre restaurant Arcadia, qui a coûté 2088 shekels.

Le document décrit la façon dont Sara Netanyahu a personnellement indiqué à Saidoff et au personnel de maintenance de la résidence qu’elle voulait que les biens et services soient fournis par l’État.

Lorsque les services ou les biens n’étaient pas fournis, ou qu’elle était insatisfaite, Mme Netanyahu « implorait » Saidoff pour que celui-ci s’assure que ses demandes soient satisfaites, même si Saidoff a expliqué que le financement public pour ces demandes ne pouvait pas être justifié, écrit Mandelblit. Mais au final, Saidoff finissait par céder, en veillant à ce que la demande soit satisfaite « de manière illégale ».

Mandelblit accuse Saidoff d’avoir donné les instructions au personnel de haut rang de maintenance de la résidence et aux secrétaires de Mme Netanyahu pour falsifier des factures pour les repas en répartissant le coût des repas sur des repas qui n’ont pas réellement été consommés ou en répartissant des repas sur plusieurs dates.

Les avocats de Sara Netanyahu, Yossi Cohen et Amit Hadad, et l’avocat de Saidoff, Gadi Tal, ont nié ces allégations et ont affirmé l’innocence de leurs clients.

Mandelblit avait déclaré en septembre qu’il avait décidé de ne pas poursuivre Sara Netanyahu dans un certain nombre d’autres affaires faisant l’objet d’une enquête, dont l’embauche de l’électricien Avi Fahima, un membre du Comité central du Likud. Une commission chargée de surveiller les dépenses de la résidence — et qui comprenait le conseiller juridique du Premier ministre — avait statué contre l’embauche de Fahima, mais il a tout de même été employé.

D’autres soupçons n’ayant pas été évoqués dans l’acte d’accusation portent sur l’utilisation de fonds publics pour l’achat de meubles. Les meubles étaient censés être achetés pour la résidence officielle à Jérusalem mais ont été déplacés à la résidence privée des Netanyahu située à Césarée, tandis que des meubles anciens ont été ramenés de Césarée à la résidence de Jérusalem.

La femme du Premier ministre était également soupçonnée d’avoir détourné des fonds de l’État pour les soins médicaux de son défunt père.

Dans tous ces cas, y compris un certain nombre d’autres cas impliquant une présumée utilisation frauduleuse des fonds publics pour les dépenses personnelles, Mandelblit a déclaré qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour prouver que Sara Netanyahu était au courant des efforts visant à éviter de les payer.

La décision de lancer l’enquête contre Mme Netanyahu a été prise à la lumière de la recommandation du procureur de l’État, après que ces allégations ont été soulevées dans un rapport de 2015 du contrôleur de l’État Yossef Shapira, qui donnait les détails des dépenses à la résidence officielle à Jérusalem, ainsi qu’à la résidence de Césarée.