Les célébrations mardi matin en Israël à l’initiative égyptienne d’un cessez-le-feu étaient prématurées. Contrairement aux diverses évaluations d’éminents spécialistes israéliens, le Hamas n’est pas suffisamment affaibli pour accepter un cessez-le feu immédiat ne correspondant à aucune de ses demandes. Loin de là.

Comme le Hamas l’a clairement exprimé au cours d’un mardi sous une pluie de roquettes, il se fiche totalement de l’Egypte ou de l’opinion publique arabe. Le Hamas poursuit son propre chemin, celui de l’escalade.

Il y a beaucoup à dire sur les torts du Hamas dans la gestion de ce conflit. C’était une erreur d’entrer dans de nouvelles hostilités et d’agir avec hâte et même idiotement. Le Hamas a sous-estimé la capacité de résistance d’Israël, du Dôme de fer et des renseignements israéliens.

On doit pourtant reconnaître un point : il est déterminé et, pour employer le jargon de l’armée, concentré pour accomplir sa mission. Ses forces tiennent toujours, et il reste sur les positions avancées le deuxième jour de ce conflit, sans aucun signe de flexibilité. Cette détermination risque certainement de conduire Gaza, et le Hamas, au désastre.

Le Hamas a dû faire face à un dilemme mardi, un choix entre, d’une part, accepter une proposition qui ne répondait pas à ses exigences de cessez-le-feu mais qui assurerait sa survie, ou, de l’autre, rejeter l’offre égyptienne et risquer une isolation internationale et arabe, une réelle menace pour son contrôle futur de Gaza, et des centaines de morts.

Comme c’est souvent le cas, le jihad et la « résistance » ont pris le pas sur la gouvernance et un contrôle ferme. Or, comme le parlementaire du Hamas Mushir al Masri l’exprime, le Hamas ne rejette pas seulement le cessez-le-feu, mais a clairement déclaré qu’il était prêt à se battre jusqu’au dernier de ses soldats. Il faudrait peut-être le formuler différemment : le Hamas est prêt à combattre jusqu’à la dernière goutte de sang… des résidents de Gaza.

De son point de vue, la position du Hamas a du sens. On ne lui avait même pas présenté les termes égyptiens avant qu’ils ne fuitent dans la presse égyptienne. Le Caire a placé un pistolet chargé sur la table et a donné au Hamas jusqu’à 9 heures pour prendre une décision. Les clauses de l’offre égyptienne ignoraient les exigences du Hamas et reprenaient dans les grandes lignes les accords ayant mis fin à l’opération Pilier de défense de 2012.

Pendant ce temps, en Israël, on constate un échec à internaliser l’équilibre de pouvoir entre le Hamas à Gaza et le Hamas à l’étranger, et entre l’aile militaire et la hiérarchie militaire. Jusqu’à tard mardi matin, Israël considérait que le Hamas trouverait cela difficile de rejeter les termes égyptiens et que le Hamas à Gaza voulait finir les hostilités plus que le Hamas à l’étranger. Ce n’est pas le cas.

L’aile militaire a clairement exprimé même avant l’aube qu’elle ne serait pas d’accord avec un cessez-le-feu avant que ses exigences ne soient acceptées. Israël n’avait évidemment pas compris que les politiciens du Hamas prennent, en ce moment, leurs ordres de l’aile militaire, et non l’inverse. Fawzi Barhoum, un porte-parole du Hamas, l’a exprimé plus clairement encore en soulignant qu’il y aurait seulement une trêve lorsque les exigences des brigades Izz ad-Din al Qasssam seraient acceptées.

Al-Marsi a réitéré les exigences de l’aile militaire du Hamas : 1. La fin du blocus de Gaza, une exigence vague qui peut faire référence à la terre, la mer ou le ciel, ou seulement l’un d’eux ; 2. La réouverture du passage de Rafah, une exigence à l’Egypte et pas à Israël ; 3. La libération de dizaines de ses hommes qui ont été libérés lors de l’échange Shalit mais arrêtés à nouveau au cours des dernières semaines tandis qu’Israël cherchait les meurtriers des trois adolescents en Cisjordanie.

Le fait que ces exigences concernent à la fois Israël et l’Egypte souligne leur complexité, et donc le sentiment que le Hamas s’attend à beaucoup d’autres jours de conflit. Le Hamas réalise que l’opinion internationale est contre lui, et que le monde regarde le Hamas comme ayant entraîné l’escalade du conflit. Il croit cependant qu’avec l’augmentation des morts parmi les civils de Gaza, l’opinion mondiale se retournera contre Israël.

Il croit également que dans une semaine ou deux, l’opinion publique israélienne commencera à devenir de plus en plus frustrée par le conflit, par les attaques de roquettes. Les divergences d’opinion en Israël deviendront plus amères. Le Hamas fait le pari que si des soldats israéliens meurent, la pression de l’opinion publique israélienne conduira à une fin du conflit… avec des conditions meilleures pour le Hamas.

Les deux parties sont très loin d’un accord sur les clauses du cessez-le-feu. Résoudre le conflit est également compliqué par l’absence d’un mécanisme viable de négociation entre Israël et le Hamas. Les dirigeants de Gaza ont clairement déclaré que la médiation égyptienne est insuffisante.

En d’autres termes, le Hamas ne considère plus le Caire comme un intermédiaire honnête. Il comprend que le Caire veut le voir affaibli dans le monde arabe et dans la relation avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

Trouver un médiateur acceptable pour les deux parties pourrait bien être un autre défi extrêmement complexe sur la voie difficile pour finir ce conflit.