Au lendemain d’une nouvelle attaque en France au mobile encore inconnu, l’enquête se concentrait mercredi sur la personnalité de son auteur tandis que des interrogations se font jour sur les mesures de sécurité imposées depuis les attentats de janvier à Paris.

L’agression au couteau commise par un homme récemment refoulé de Turquie contre trois soldats protégeant un centre communautaire juif à Nice (sud-est) a fait deux blessés parmi ces soldats. L’homme, Moussa Coulibaly, 30 ans, né et vivant dans une des banlieues sensibles de l’ouest de Paris, a été arrêté.

Les policiers antiterroristes cherchent notamment à déterminer s’il savait que les policiers assuraient la protection du centre communautaire, installé extrêmement discrètement dans une cour.

Les enquêteurs ont trouvé dans sa chambre d’hôtel un texte écrit de la main de Moussa Coulibaly sur la religion.

Trois semaines après le triple attentat meurtrier de Paris (17 morts, une vingtaine de blessés) par trois djihadistes français, il s’était fait repérer en cherchant à acheter un aller simple pour la Turquie. Il avait été refoulé à son arrivée dans ce pays le 29 janvier et les services de sécurité français l’avaient interrogé à son retour puis relâché faute de raisons suffisantes pour une action judiciaire.

« La surveillance de son environnement se poursuivait pour comprendre ce qu’il faisait à Nice alors qu’il n’avait ici ni racines, ni contacts », a précisé mardi soir le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

« On ne sait pas ce qui s’est passé dans son cerveau (…), il est normal », a indiqué à des journalistes un homme se présentant comme un grand frère de Moussa Coulibaly, alors que la police menait une perquisition mardi soir au domicile de Coulibaly à Mantes-la-Jolie (ouest de Paris).

L’homme avait été condamné par le passé pour vol et usage de stupéfiants. Il avait été repéré mi-décembre par les forces de l’ordre alors qu’il faisait du « prosélytisme agressif » dans une salle de sport de sa commune d’habitation, selon une source proche du dossier.

Après les attentats de Paris début janvier, l’exécutif avait assuré que tout serait mis en oeuvre dans la lutte antiterroriste. Le Premier ministre Manuel Valls avait alors souligné que le pays était confronté à un « défi redoutable » avec « près de 3 000 personnes à surveiller dans le pays » pour leurs liens avec des djihadistes ou « des filières terroristes en Syrie et en Irak ».

« Failles » dans la sécurité

« Nous sommes face à un phénomène nouveau, le terrorisme en libre-accès », a déclaré mardi soir son ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, jugeant que cela nécessitait « la mobilisation de moyens exceptionnels ».

Le 20 décembre, un homme qui n’avait pas été repéré par les services de sécurité comme potentiellement dangereux avait agressé des policiers dans un commissariat à Joué-les-Tours (centre) en criant Allahou Akbar » avant d’être abattu.

Jeudi matin, lors d’une longue conférence de presse, le président français François Hollande doit notamment aborder le volet sécuritaire d’une série de mesures touchant nombre de pans de la société française afin de tenter de mieux l’armer face à la menace terroriste.

Peu d’écho ont filtré jusqu’à présent sur ces mesures.

Au lendemain des attentats du 7 au 9 janvier, François Hollande avait décidé d’élever à son plus haut niveau le niveau d’alerte des forces de l’ordre, et déployé 10 500 militaires pour protéger les lieux sensibles, sites touristiques, moyens de transport, lieux de culte juifs et musulmans.

Le Premier ministre français Manuel Valls avait alors reconnu « des failles » dans le système de sécurité français.

La personnalité des tueurs du journal Charlie Hebdo, d’une policière et de quatre juifs dans un magasin casher, présente des similitudes avec celle de Moussa Coulibaly.

Même si le risque zéro en matière de terrorisme n’existe pas, une révélation mercredi de l’hebdomadaire Le Canard enchaîné laisse songeur.

Selon ce journal, un proche d’Amédy Coulibaly (un nom courant en Afrique de l’ouest), le tueur de la policière le 8 janvier et auteur le lendemain de la prise d’otages dans le supermarché casher, entretenait une liaison amoureuse avec une gendarme, membre d’un service de renseignement opérationnel basé dans la banlieue est de Paris.

Ce proche, arrêté le 23 janvier, soupçonné de trafic d’armes et de stupéfiants, entrait et sortait du centre militaire sans véritable contrôle, affirme Le Canard enchaîné.