Ce scrutin est, dans une large mesure, un référendum pour ou contre Netanyahu, 65 ans, Premier ministre de droite depuis mars 2009, et au pouvoir pendant presque une décennie en comptant le premier de ses trois mandats, de 1996 à 1999.

Continuer ou non avec Netanyahu, « c’est la grande question » parce qu’il est « au pouvoir depuis si longtemps », explique Tamir Sheafer, professeur de sciences politiques. Il s’agit de « la deuxième plus longue période » d’exercice du pouvoir après David Ben Gourion, le fondateur de l’Etat d’Israël.

Les 5,8 millions d’électeurs israéliens appelés à voter mardi de 07H00 (05H00 GMT) à 22H00 risquent de ne pas connaître le nom de leur prochain chef de gouvernement avant plusieurs jours, peut-être plusieurs semaines.

Si les résultats sont aussi serrés qu’annoncé, les élections ne seront que le prélude à d’intenses tractations pour savoir si Netanyahu, son principal adversaire travailliste Isaac Herzog, ou même éventuellement un autre des 120 députés élus mardi est le mieux à même de former une coalition de gouvernement.

Netanyahu a admis jeudi que le risque de perdre était « réel », alors que les derniers sondages accordaient une avance de quelques sièges à la liste de centre-gauche.

Le futur Premier ministre aura une tâche hors de proportions avec les dimensions d’un Etat de huit millions d’habitants : protéger le pays contre les menaces de guerre au nord et au sud, parer les progrès du jihadisme et de l’influence iranienne, affronter l’offensive diplomatique palestinienne, faire pièce aux pressions internationales de toutes sortes, restaurer les liens avec le grand allié américain; et en même temps préserver une vitalité économique enviée, tout en combattant les disparités sociales parmi les plus grandes des pays développés.

Un faible pour les hommes forts

Netanyahu s’est érigé en bouclier dans un environnement régional hostile. « Ne jouons pas avec notre avenir ni avec l’avenir de nos enfants », a appelé Netanyahu, dont la campagne a culminé non pas à Jérusalem ou Tel Aviv, mais à Washington, où il a défié la Maison Blanche pour dire tout le mal qu’il pensait d’un éventuel accord sur le nucléaire iranien.

« Les Israéliens recherchent un homme fort (…) le prochain leader charismatique qui résoudra tous les problèmes », souligne Tamir Sheafer. « Il est certain que Herzog n’est pas encore ce leader charismatique », affirme l’expert.

Jusqu’à récemment, les sondages voyaient le Likud de Netanyahu, au coude à coude avec l’Union sioniste de M. Herzog et de Tzipi Livni, son alliée. Les experts accordaient à M. Netanyahu les meilleures chances de coaliser autour de son parti, les partis de droite et ultra-orthodoxes.

La querelle publique avec Washington, ses discours alarmistes sur la sécurité et même les polémiques sur le train de vie dans ses résidences et les agissements privés de sa femme ont longtemps permis à M. Netanyahu de couvrir les critiques de M. Herzog et Mme Livni sur le coût du logement ou la cherté de la vie, préoccupations majeures de ses compatriotes.

Mais les derniers jours ont vu l’Union sioniste augmenter son avantage. Cette avance de quelques sièges est cependant tout sauf la garantie qu’un travailliste gouvernera à nouveau Israël pour la première fois depuis Ehud Barak en 2001.

Tzipi Livni est bien placée pour savoir que, dans un système électoral qui fait la part belle aux alliances avec les petits partis, il ne suffit pas d’arriver en tête. Son parti Kadima avait remporté le plus de sièges en 2009, mais elle avait dû céder le pas à M. Netanyahu pour le siège de Premier ministre.

La stature d’un homme d’Etat

A M. Netanyahu, M. Herzog, 54 ans, avocat et fils du sixième président israélien, a opposé sa voix de fausset et son visage juvénile en tentant de se débarrasser de l’image de celui qui n’aurait pas la carrure de l’emploi.

« J’ai toujours surpris mon monde. On a toujours dit de moi que je n’avais pas les ressources, j’ai prouvé que je les avais », assure-t-il. « Je suis beaucoup plus fort que les gens ne croient ».

Herzog s’est entendu avec Livni pour qu’ils assument chacun deux ans la fonction de Premier ministre en cas de victoire.

Les experts envisagent néanmoins un gouvernement d’union nationale dont la direction incomberait soit à M. Netanyahu, soit à M. Herzog, soit à l’un puis l’autre dans un accord de partage du pouvoir.

Moshé Kahlon, ancien du Likud et aujourd’hui patron d’un nouveau parti de centre-droit (Koulanou), est annoncé comme le possible faiseur de roi après les élections.