Pour la première fois depuis la spectaculaire débâcle en 2001 du gouvernement Ehud Barak, la gauche a une chance de reprendre le contrôle du pays.

Une affirmation qui va à l’encontre de la doxa – sans même mentionner les résultats des urnes. Selon de récents sondages, les intentions de vote en faveur du Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu progressent, avec 30 sièges potentiels à la Knesset (sur un total de 120).

De son côté, le Parti travailliste ne parvient toujours pas à dépasser la barre des 20 sièges, même dans les sondages les plus favorables.

Mais ce sont les 120 députés de la Knesset, et non les quelque six millions d’électeurs inscrits, qui pourraient, à terme, mettre fin à la longue carrière des travaillistes dans l’opposition politique.

Dans le système électoral israélien, la Knesset est élue par le peuple, contrairement à la branche exécutive du gouvernement. Les Premiers ministres et leurs cabinets sont constitués au terme d’âpres négociations entre factions fraîchement élues.

Dans ce système, le Premier ministre qui émerge pourrait ne pas être issu du parti ayant obtenu la majorité des suffrages aux élections, mais tout simplement celui qui aura réussi à fédérer une majorité de députés autour de sa désignation.

A titre d’exemple, prenons les élections de 2009. Le parti Kadima de Tzipi Livni remporte 29 sièges à la Knesset, contre 28 pour le chef du Likud Benjamin Netanyahu.

C’est pourtant ce dernier qui a été désigné au poste de Premier ministre, malgré le score de Livni, car Netanyahu a pu compter sur le soutien de ses alliés de droite issus d’autres formations. Le bloc Netanyahu était ainsi plus large que celui constitué par Livni.

Et c’est là que le bât blesse pour le gouvernement actuel qui risque d’être balayé par le jeu des coalitions, au profit du leader de l’opposition Isaac Herzog. Le député travailliste pourrait bien occuper le fauteuil tant convoité de Premier ministre.

Les tribulations de la Knesset

Les mésaventures des partis ultra-orthodoxes, les plus fidèles alliés du Likud, ont commencé à déstabiliser ces derniers mois l’actuelle Knesset.

Et l’adoption le mois dernier du projet de loi sur la conscription des haredim a cristallisé la colère des ultra-orthodoxes et éloigné les 18 députés du Shas et du Judaïsme unifié de la Torah, les deux partis haredis de la Knesset.

Dans le même temps, le projet de loi sur la gouvernance, adopté par la Knesset le mois dernier, a soulevé l’ire des députés des trois partis arabes de la Knesset.

La législation votée relève le seuil électoral nécessaire pour obtenir un siège au Parlement israélien à 3,25 %. Au moins deux des trois partis arabes de la Knesset pourraient ainsi se voir évincés ​​du parlement.

Si la nouvelle législation ne mènera aucunement à la disparition de la représentation de la minorité arabe israélienne, en revanche, la frustration des partis arabes liée à leur sentiment d’impuissance politique face à leurs homologues sionistes pourrait modifier les règles du jeu.

En effet, ces derniers pourraient décider de mettre de côté leur mépris traditionnel pour le jeu politique et peser activement dans le jeu des négociations autour de la formation d’une nouvelle coalition à la Knesset.

Certains commencent même à se demander si la combinaison de leur pouvoir électoral ne se révélerait pas plus efficace afin d’obliger la partie juive à prendre davantage en compte leurs revendications politiques.

Puis, il y a les colombes, de droite et de gauche. Deux députés Hatnua, l’ancien ténor travailliste Amram Mitzna et l’ex-ministre Likud Meir Sheetrit, ont suggéré cette semaine que leur parti devrait quitter la coalition suite à l’échec apparent des pourparlers de paix. Des annonces similaires se font entendre, souvent à voix basse d’ailleurs, chez certains députés de Yesh Atid.

Et dernier élément du paysage, le joker Moshe Kahlon. L’ancien ministre Likud des Communications jouit d’une popularité exceptionnelle auprès du public pour avoir considérablement fait réduire les factures téléphoniques de tous les Israéliens en mettant un terme aux monopoles et aux pratiques prédatrices des entreprises de télécommunications du pays.

Sans même un nom de parti, de liste parlementaire ni même de prémisses de campagne, une liste dirigée par Kahlon recueillerait déjà 10 sièges à la Knesset, selon de récents sondages.

Les responsables politiques gravitant autour de Netanyahu doutent même que l’actuel Premier ministre, trois fois vainqueur aux primaires du Likud, puisse survivre si Kahlon contestait en interne son leadership.

Cette semaine, et ce n’est pas la première fois, Kahlon a indiqué qu’il n’était pas engagé auprès du Likud.

« A mes yeux, le Likud est le Likud de Menahem Begin, qui avait également une vision sociale : la réduction des disparités entre riches et pauvres, l’investissement dans les quartiers pauvres, la réinsertion sociale et la réforme de l’éducation. C’était un Likud pragmatique qui a su faire la paix en cas de besoin… Mais ce Likud n’existe plus aujourd’hui, et j’ai du mal à accepter certaines choses qui se déroulent au sein du parti », a-t-il confié dans une interview au quotidien Yedioth Ahronoth.

Le parti « a dévié de sa voie ». Et de déplorer en particulier la hausse de la domination de la jeune garde belliciste au sein du parti, qu’il décrit comme « d’extrême droite ».

Selon les rumeurs qui circulent à la Knesset et auprès des analystes politiques, Kahlon est en train de rassembler une liste de personnalités connues pour son nouveau parti, offrant une place de choix à des personnalités telles que le célèbre économiste Manuel Trachtenberg, l’ancien major général Yoav Galant, l’ex chef du Shin Bet, Yuval Diskin, et bien d’autres.

Ces projets révèlent quelques éléments de sa stratégie : se positionner lui-même, un populaire social-démocrate d’origine orientale, au sommet d’une liste réunissant une certaine élite ashkénaze, qui pourrait grappiller, selon les sondages, trois sièges au Shas et une demi-douzaine au Likud.

Cette nouvelle formation pourrait attirer les centaines de milliers d’électeurs qui se sont tournés vers Yesh Atid et Hatnua aux élections de l’an derniers.

Si Kahlon remporte quinze sièges, un chiffre certes optimiste brandi par les stratèges inquiets du Likud, il se verra probablement proposer des offres bien plus alléchantes par les ténors travaillistes désespérés de ne pouvoir reprendre les rênes du pouvoir depuis plus d’une décennie que par un Netanyahu déjà entouré de ses alliés d’Yisrael Beytenu, de Habayit Hayehudi et de Yesh Atid.

Des sources proches de Kahlon ont refusé d’exclure la possibilité de rejoindre un gouvernement travailliste. L’année dernière, les mêmes sources auraient ri ouvertement à l’évocation de cette simple hypothèse.

Ces quatre pôles au sein de la Knesset – les haredim et les Arabes en colère, les colombes et les centristes frustrés – modifient le jeu actuel duquel le gouvernement dépend.

Si les sondages montrent peu de changements radicaux pour les principaux camps dans les futures élections nationales, le glissement éventuel des 18 sièges haredi, des 11 (ou plus) sièges arabes, de quelques députés pacifistes et de 10-15 sièges d’une liste dirigée par Kahlon pourrait aisément décider du prochain gouvernement.

En réalité, les plus de 40 sièges représentés en hypothèse par ces groupes n’ont pas besoin de se joindre à une coalition dirigée par Herzog.

Ils doivent seulement soutenir Herzog dans la bataille qui l’opposera à Netanyahu dans la constitution d’un gouvernement. Et le bureau du Premier ministre pourra enfin être de nouveau occupé par un travailliste.