Israël a donné l’argent des contribuables pour que des firmes d’options binaires s’étendent en Chine
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Israël a donné l’argent des contribuables pour que des firmes d’options binaires s’étendent en Chine

Alors même que le régulateur oeuvrait en faveur de l'interdiction des options binaires, le ministère de l'Economie a remis secrètement la somme de 273 000 dollars à SpotOption, principal fournisseur des plate-formes de trading de cette industrie dorénavant interdite

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Illustration : des billets de 100 Yuan. (Crédit : iStock)
Illustration : des billets de 100 Yuan. (Crédit : iStock)

Alors que le plus haut régulateur israélien travaillait sur une législation visant à mettre hors-la-loi toutes les entreprises d’options binaires israéliennes et que le bureau du Premier ministre recommandait une interdiction mondiale de cette industrie entachée de fraude, le gouvernement israélien donnait l’argent des contribuables à une entreprise qui se trouvait au coeur du secteur du commerce des options binaires pour l’aider à s’étendre à l’étranger, a observé le Times of Israël.

Des subventions gouvernementales pour un montant total de 270 000 dollars ont été versées à l’entreprise SpotOption, dont le siège est à Ramat Gan, entre 2014 et 2016 et les paiements ont continué même après avoir interdit aux entreprises d’options binaires de cibler des clients israéliens au mois de mars 2016.

Au même moment, les régulateurs oeuvraient à l’interdiction de l’industrie toute entière, en raison d’importantes fraudes commises à l’international par un grand nombre de la centaine d’entreprises qui commercialisaient des options binaires dans tout Israël. Des milliers d’Israéliens ont été employés dans ce secteur frauduleux pendant une grande partie de la dernière décennie, dérobant à des milliers de victimes du monde entier des milliards de dollars.

Le ministère de l’Economie a accordé ces subventions pour permettre à SpotOption d’étendre ses opérations en Chine, même si le ministère avait été averti que l’industrie des options binaires était entachée de fraude.

De plus, le ministère, pendant deux ans, n’a pas rendu public cet octroi de fonds, effectuant une brèche dans ses obligations légales jusqu’à ce que le Times of Israël l’interroge à ce sujet. Selon le ministère, il s’agit uniquement d’une négligence.

Adoptant le projet de loi qui a été préparé au cours de l’année passée par l’Autorité israélienne des titres (ATI), la Knesset a voté à l’unanimité l’interdiction de toute l’industrie des options binaires.

La loi, qui rentrera en vigueur à la fin du mois de janvier, est le résultat direct de l’enquête du Times of Israël sur la fraude, à commencer par un article publié en mars 2016 intitulé « Les Loups de Tel Aviv : la vaste arnaque immorale des options binaires d’Israël exposée ».

La loi donne à toutes les entreprises d’options binaires trois mois pour cesser leurs opérations. Après ce délai, quiconque impliqué dans les options binaires sera passible de deux ans de prison.

Vote de la loi interdisant les options binaires à la Knesset, le 23 octobre 2017. (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israël)
Vote de la loi interdisant les options binaires à la Knesset, le 23 octobre 2017. (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israël)

Le gouvernement a continué à payer des subventions à SpotOption alors même que l’ampleur de la fraude aux options binaires apparaissait au grand jour. Suite à des questions spécifiques posées par le Times of Israël sur l’argent apporté par le ministère de l’Economie, SpotOption a demandé lui-même au début de l’année que le financement gouvernemental cesse.

Le ministère avait à l’origine approuvé une subvention de 450 000 dollars (selon le taux de change du 27 octobre 2017, avec la valeur d’un shekel équivalent à 3,54 dollars), qui devait être versée par échelonnement jusqu’à la fin de l’année 2017. Au moment où SpotOption a demandé au gouvernement de mettre un terme aux paiements, 270 000 dollars de fonds appartenant aux contribuables ont d’ores et déjà été versés à SpotOption, les 180 000 dollars restants n’ayant pas été payés.

SpotOption offrait les plate-formes de trading utilisées par la majorité des firmes d’options binaires en Israël et aurait obtenu des commissions substantielles de la part d’un grand nombre d’entre elles.

SpotOption, qui se qualifie comme « fournisseur de plate-forme d’options binaires leader », a fait savoir au Times of Israël l’année dernière, alors qu’on l’interrogeait sur les subventions touchées, que l’entreprise n’avait rien à cacher sur ses opérations, que le ministère de l’Economie savait tout ce qu’il devait savoir sur son travail, et que l’industrie pouvait présenter « une autre facette » – à savoir des « courtiers qui travaillent en respectant la loi ».

Au cours des sessions de la commission de la Knesset, cette année, où la législation portant sur l’interdiction des options binaires avait été débattue, des représentants de SpotOption avaient établi que leur plate-forme était entièrement casher, que la fraude ne relevait que de la responsabilité de ses entreprises-clientes et clamé en vain qu’elle devait être exemptée de toute prohibition. Ils avaient affirmé que la législation viendrait porter un « coup injuste » à l’industrie des technologies israéliennes.

Une attestation du FBI, émise avant l’arrestation le mois dernier, de la directrice-générale israélienne d’une entreprise d’options binaires Lee Elbaz, estimait toutefois que SpotOption « collabore » avec ses entreprises clientes pour « augmenter la probabilité que des clients individuels perdent de l’argent lors d’opérations de trading » et pour « s’assurer que les clients qui enregistrent un fort taux de réussite sur des opérations gagnantes perdront leurs transactions futures ».

De plus, prétend l’attestation, SpotOption s’est engagé « dans le réglage des paramètres de risque » et la « manipulation des retours d’option ».

Malgré ses efforts de lobbying, les activités d’options binaires de SpotOption ainsi que celles des autres fournisseurs de plate-forme de l’industrie des options binaires sont finalement compris dans ce plan d’interdiction.

Comme cela avait été rapporté en septembre 2016 dans un long portrait de l’entreprise et dans le journal financier israélien en hébreu « le Jalon », SpotOption a été fondé par Malhaz Pinhas Patarkazishvili, connu également sous le nom de « Pini Peter », après sa condamnation pour fraude, faux et blanchiment d’argent dans l’affaire Etti Alon, le plus important vol bancaire jamais connu en Israël (Alon avait détourné plus de 250 millions de shekels, soit 70 millions de dollars, et avait passé 14 ans derrière les barreaux).

Patarkazishvili avait été condamné à un an de prison pour ces délits, faisant appel, en vain, devant la Cour suprême, mais sa peine avait été finalement transformée en six mois de service communautaire par le président Shimon Peres. Condamnant Patarkazishvili en 2005, la cour de district de Tel Aviv avait lu un avertissement passionné contre les dangers posés par le « fléau national » du crime organisé « qui se propage comme le cancer » et « met en danger notre société ».

Etablir une présence sur les marchés à l’étranger

SpotOption a remporté la subvention du ministère de l’Economie en 2014 auprès du fonds Inde-Chine, qui offre une aide financière aux compagnies israéliennes cherchant à étendre leurs opérations en Asie. Après un long processus de candidature, l’entreprise a reçu la somme de 1,605 million de shekels (environ 450 000 dollars) sur trois ans pour établir un bureau à Hong Kong.

Des documents consultés par le Times of Israël révèlent que les responsables du ministère avaient été avertis qu’au moins une partie de l’industrie des options binaires était frauduleuse et qu’il y avait un risque conséquent de répression publique et gouvernementale contre l’industrie toute entière, mais ils ont approuvé malgré tout l’octroi des fonds. Les documents montraient également que le ministère avait conscience qu’en raison de régulations laxistes, SpotOption ne devrait probablement pas affronter des difficultés immédiates en établissant une présence commerciale en Chine.

Créé en 2011, le fonds Inde-Chine a été mis en place pour encourager les entreprises israéliennes à étendre leurs opérations en Orient en offrant une aide financière les aidant à ouvrir des bureaux dans ces pays. Renommé le fonds Inde-Chine-Japon en 2015 lorsqu’il s’était élargi pour inclure les entreprises travaillant au Japon, ce fonds de plusieurs millions de dollars a distribué des subventions à 33 entreprises qui tentaient de s’étendre en Chine avant d’être arrêté cette année.

L'immeuble du ministère israélien de l'Economie à Jérusalem (Capture d'écran : Google Maps)
L’immeuble du ministère israélien de l’Economie à Jérusalem (Capture d’écran : Google Maps)

Chani Alkobi, qui administrait le fonds en 2014, a confié au Times of Israël que l’objectif de ce fonds était « d’élargir la présence israélienne sur le marché asiatique et d’augmenter son étendue de production ».

Sur les 32 autres entreprises qui ont reçu l’aide gouvernementale pour établir des bureaux en Chine, neuf relèvent du secteur électronique et de la R&D en robotique, huit du domaine des biotechnologies ou de l’agrotechnologie, et six sont des développeurs de start-ups en ligne. Une autre opère sur le marché du forex tandis que les entreprises restantes fabriquent une série de produits différents, allant de la cosmétique jusqu’aux diamants.

Selon les termes de la subvention, les entreprises peuvent recevoir jusqu’à 2,1 millions de shekels sur trois ans en fonction de leurs besoins, comme c’est décidé par le ministère de l’Economie. En 2014, le ministère a eu un budget total de 14,5 millions de shekels (environ 4 millions de dollars) à distribuer dans le cadre de ce fonds.

Malgré l’obligation légale de rendre publics les destinataires des subventions telles que celles touchées par SpotOption, le ministère de l’Economie, pendant deux ans, n’a pas intégré l’entreprise à sa liste publique. SpotOption, ainsi que plusieurs autres entreprises ayant bénéficié des fonds gouvernementaux, n’a été ajouté à la liste qu’après que le Times of Israël a interrogé le ministère sur les fonds. Ce dernier a alors évoqué une négligence.

Une image composite des deux versions des listes disponibles pour le public des entreprises ayant bénéficié du fonds Inde-Chine en 2014 (sous la lettre en hébreu 'samekh'). A droite, la liste telle qu'elle est apparue jusqu'en juin 2016 et à gauche, la liste apparue à partir du mois d'août 2016, après la demande du Times of Israel d'informations sur l'entreprise Spotoption (surlignée en jaune).
Une image composite des deux versions des listes disponibles pour le public des entreprises ayant bénéficié du fonds Inde-Chine en 2014 (sous la lettre en hébreu ‘samekh’). A droite, la liste telle qu’elle est apparue jusqu’en juin 2016 et à gauche, la liste apparue à partir du mois d’août 2016, après la demande du Times of Israël d’informations sur l’entreprise Spotoption (surlignée en jaune).

Même après que le ministère a reconnu que SpotOption recevait bien une subvention, l’administrateur du fonds, Alkobi, avait refusé de faire savoir le montant qui avait été octroyé à l’entreprise, clamant que le ministère avait l’interdiction de donner des détails financiers sur les sociétés bénéficiaires.

Avec l’aide du Mouvement pour la liberté de l’information, toutefois, le Times of Israël avait établi que la somme de 1,605 million de shekels était en fait une information qui avait été mise à disposition du public et qui avait été déjà publiée dans le cadre d’une base de données du ministère des Finances détaillant toutes les subventions gouvernementales.

Le ministère de l’Economie avait plus tard indiqué au Times of Israël qu’il avait approuvé la subvention en faveur de SpotOption dans la mesure où l’entreprise « répondait aux exigences du programme telles qu’elle étaient définies par les directives du directeur général du ministère à ce moment-là, notamment celles concernant la responsabilité des entreprises ».

Avec l’aide de cette subvention, SpotOption a ouvert un bureau à Hong Kong au mois d’août 2014. « La représentation locale est impérative pour fournir le meilleur service possible aux clients », avait alors déclaré le directeur-général de SpotOption Ran Amiran dans un communiqué de presse. « L’accessibilité et la disponibilité sont des facteurs principaux en termes de service et notre bureau à Hong Kong garantira que nous puissions répondre et même dépasser ces critères ».

Contactée l’année dernière par le Times of Israël, l’entreprise SpotOption avait refusé de répondre à des questions spécifiques sur la subvention mais avait invité le Times of Israël à venir visiter la société et à discuter de tous les aspects de ses opérations.

Lors d’un entretien téléphonique, Patarkazishvili avait indiqué qu’il y a « une autre facette » dans l’industrie et qu’il y a « des courtiers qui travaillent en respectant la loi ». Il avait ajouté que le Times of Israël, en plusieurs mois de reportage sur les fraudes aux options binaires, avait « donné une mauvaise image à l’industrie, comme si elle ne savait raconter que des histoires et des mensonges ». Il avait noté qu’il y a trois firmes majeures qui offrent des options binaires en Europe et aux Etats-Unis.

La rue Jabotinsky de Ramat Gan. Illustration. (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israël)
La rue Jabotinsky de Ramat Gan. Illustration. (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israël)

Alors qu’on lui demandait si les responsables du ministère de l’Economie avaient enquêté sur la condamnation de Patarkazishvili dans l’affaire Etti Alon durant le processus d’étude de la subvention, le fondateur de SpotOption avait indiqué que son passé criminel n’avait rien à voir avec l’entreprise et que cela n’avait aucune pertinence dans le cadre de la subvention. Il avait noté que cette dernière avait été donnée conformément aux directives du ministère et qu’il n’y avait aucune raison que SpotOption, en tant que fournisseur de plate-formes d’options binaires, ne puisse obtenir un financement.

Toutefois, après que le Times of Israël a commencé à s’interroger sur la subvention, SpotOption a demandé au mois de janvier 2017 l’arrêt des paiements et le ministère l’a reconnu cette semaine. Cette requête avait été acceptée par le ministère au mois de février alors que l’entreprise avait déjà reçu la somme de 957 784 shekels sur le montant initialement approuvé de 1,605 million de shekels.

Le ministre de l’Economie Eli Cohen a refusé cette semaine de commenter le fait que son ministère – avant que lui-même ne devienne ministre au mois de janvier – ait financé directement une entreprise se trouvant au coeur de l’industrie des options binaires en Israël alors même que l’ATI oeuvrait à la faire interdire.

Naftali Bennett, qui était ministre de l’Economie au moment où la subvention avait été approuvée, a déclaré n’avoir pas eu connaissance de la subvention et n’avoir pas été impliqué directement dans son approbation.

« Durant la présence du ministre Bennett au ministère de l’Economie, le bureau a offert de nombreuses subventions et a investi du temps et des ressources pour aider de nombreuses entreprises israéliennes, que ce soit localement ou à l’étranger. Il va sans dire que le ministre n’était pas impliqué activement dans chaque décision », a fait savoir un porte-parole de Bennett mercredi au Times of Israël.

Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a servi de facto de ministre de l’Economie du mois de novembre 2015 au mois d’août 2016, a refusé de commenter la subvention et de dire s’il trouvait approprié le financement par les contribuables de l’industrie des options binaires. Au mois d’octobre 2016, en réponse aux reportages du Times of Israël, Netanyahu avait demandé l’interdiction partout dans le monde de l’industrie entière de ce commerce.

Le pouls de l’industrie des options binaires

Après son implication dans l’affaire d’Etti Alon en 2002, la carrière de Patarkazishvili a semblé décoller. Les médias révèlent qu’en 2007, Patarkazishvili était directeur général d’une entreprise high-tech, EIM Telecom, qui avait remporté un contrat lucratif pour développer un réseau de communications au Kazakhstan.

Au mois de septembre de cette année-là, Patarkazishvili avait été cité disant au quotidien économique Globes que l’accord, qu’il avait personnellement signé avec le ministre des Communications du Kazakhstan, devait rapporter la somme de 10 millions de dollars par an. « C’est la première fois qu’une entreprise israélienne est responsable du développement global d’un réseau de communications interne et externe pour un pays d’Asie centrale », avait-il commenté.

Jusqu’à la moitié de l’année 2017, le registre des entreprises israéliennes inscrivait Patarkazishvili comme étant le directeur de SpotOption mais, il y a six mois, il a transféré toutes ses parts de l’entreprise – environ 90 % du stock total – à son épouse, Limor Patarkazishvili, faisant d’elle la gestionnaire principale. Selon le registre, Limor Patarkazishvili est dorénavant l’une des quatre directrices gérant la firme.

Jusqu’à une date récente, et des aveux mêmes de SpotOption, l’entreprise a offert des plate-formes de trading utilisées par environ 250 entreprises d’options binaires dans le monde – une part de marché de 70 %. La compagnie a aussi indiqué l’année dernière que les applications de trading mobile qu’elle a personnalisées pour vendre aux firmes d’options binaires ou aux courtiers ont été téléchargées plus de 5 millions de fois. Mais alors que l’industrie entière se trouve sous la pression des autorités israéliennes et à l’étranger, SpotOption a dû réduire ses activités et n’offre dorénavant ses plate-formes qu’à environ 60 entreprises, a fait savoir le Jalon.

Le site de SpotOption offre une gamme d'outils et de services pour les entreprises d'options binaires, notamment des plateformes de paiement et de gestion de risque (Capture d'écran : Spotoption.com)
Le site de SpotOption offre une gamme d’outils et de services pour les entreprises d’options binaires, notamment des plate-formes de paiement et de gestion de risque (Capture d’écran : Spotoption.com)

Chaque entrepreneur désireux d’ouvrir une société d’options binaires ou de courtage, telle qu’elles sont connues dans l’industrie, est amené à approcher un fournisseur de plate-forme comme SpotOption ou ses concurrents. SpotOption prend souvent une commission sur les bénéfices du courtier, parfois 12,5 %. L’entreprise offre également la comptabilité, le service de traitement de paiement, le traçage et même les comptes de perte et de profit au courtier. Lorsqu’un client fait des opérations de trading sur un site d’options binaires utilisant l’une de ses plate-formes, SpotOption est en mesure de contrôler les activités. SpotOption offre également une fonction aux entreprises appelée la « gestion du risque », décrite sur l’un de ses sites internet comme impliquant le contrôle de toutes les options ouvertes pour tous les courtiers, sept jours sur sept et 24 heures sur 24, qui s’engage dans « l’évaluation des actifs » d’une manière qui aiderait à « la réduction des risques ».

A son sommet, les options binaires brassaient entre cinq et dix milliards de dollars par an. Des centaines d’entreprises ont opéré en Israël, employant des milliers d’Israéliens, arnaquant des clients dans le monde entier.

Les entreprises frauduleuses trompent leurs victimes en leur faisant croire qu’elles proposent des investissements lucratifs à court terme, mais dans l’écrasante majorité des cas, les clients finissent par perdre tout leur argent, ou presque, et ce du jour au lendemain. Les vendeurs de ces entreprises cachent généralement leur localisation, mentent sur ce qu’ils vendent, et utilisent de fausses identités.

Plusieurs sociétés de courtage qui utilisaient les plate-formes de trading de SpotOption ont été condamnées pour fraude ou accusées d’activités illégales par des régulateurs du monde entier, alors même que le gouvernement israélien versait encore des subventions pour que SpotOption soit en mesure d’étendre ses opérations.

Au mois de juillet 2016, par exemple, un tribunal fédéral américain avait ordonné à deux négociants d’options binaires qui utilisaient les plate-formes de SpotOption, Vault Options Ltd. et Global Trader 365, de payer plus de 4,5 millions de dollars pour avoir sollicité et trompé illégalement les consommateurs américains. Les deux sociétés avaient été condamnées à payer la somme de 3 millions de dollars et à verser 1,6 million de dollars en dédommagement aux clients induits en erreur. La Cour avait estimé que non seulement ces deux entreprises avaient sollicité les consommateurs américains sans en avoir l’autorisation, mais qu’elles avaient aussi et de manière délibérée dérobé au moins 1,6 million de dollars à des citoyens américains dans 22 états.

La France a appliqué des amendes similaires à Banc de Binary, qui utilisait aussi une plate-forme de SpotOption.

Cherrytrade, Onetwotrade, Optionrally, RBoptions, Lbinary, Bigoption, Finpari, Magnum Options et IvoryOption figurent parmi les courtiers ayant utilisé des plate-formes de SpotOption ayant fait l’objet d’un avertissement aux investisseurs de la part des régulateurs au Canada, en Australie, à Hong Kong et ailleurs.

Au mois de mai 2016, SpotOption a écopé d’une amende de 10 000 euros de l’autorité financière chypriote Cysec pour « n’avoir pas employé des moyens, des ressources et des procédures appropriés et proportionnés » sur ses plate-formes de trading et pour avoir échoué à « agir honnêtement et professionnellement, conformément aux intérêts de ses clients », selon un communiqué transmis par le régulateur.

En réponse à sa décision, un porte-parole de SpotOption avait indiqué au site internet consacré au forex LeapRate que cette amende se référait « à un dysfonctionnement temporaire du moteur de prix dans un produit récemment introduit au mois de mai 2014. La compagnie a pris toutes les mesures nécessaires pour remédier à ce dysfonctionnement et pour empêcher que de tels événements se reproduisent à l’avenir ».

Le mois dernier, SpotOption avait été accusé par le FBI de conspiration en vue de commettre une fraude lorsque les autorités américaines ont arrêté Lee Elbaz, 36 ans, directrice-générale de Yukom Communications, alors qu’elle descendait de l’avion à l’aéroport JFK.

L’attestation du FBI, que le public peut consulter, et qui explique la cause de son arrestation accusait Elbaz et d’autres employés de Yukom de déclarations mensongères concernant la sûreté des investissements sur les options binaires, de mentir en promettant des retombées élevées, de dire aux investisseurs qu’ils pourraient retirer de l’argent alors que ce n’était pas le cas, de mentir sur la localisation et les qualifications des « courtiers », de n’avoir pas averti que les marques d’options binaires comme leurs négociants ne gagnent de l’argent que lorsque les investisseurs perdent le leur et de n’avoir pas spécifié que l’entreprise et/ou SpotOption manipulaient l’issue des opérations de trading.

Lee Elbaz (Crédit : LinkedIn)
Lee Elbaz (Crédit : LinkedIn)

Le FBI a fait savoir dans son attestation qu’il avait réclamé les documents de comptabilité de Binarybook.com (l’un des noms de marque de Yukom) à SpotOption. « Le commerce des options binaires est facilité par des « fournisseurs de plate-formes », parmi lesquels une entreprise appelée ‘SpotOption’, disait l’attestation du 14 septembre, « qui se qualifie sur son propre site internet comme étant ‘le fournisseur leader de plate-forme technologique aujourd’hui. »

« Les individus qui ont travaillé dans l’industrie des options binaires – notamment un ancien employé de SpotOption – ont rapporté que SpotOption est basé physiquement en Israël », dit encore l’attestation, même si l’onglet de contact sur son site montre des informations de contact pour des lieux au Royaume-Uni, à Hong-Kong et à Chypre, sans aucune mention d’Israël ».

Le FBI a poursuivi en prétendant que SpotOption a réglé ses « paramètres de risque » pour manipuler les opérations de trading. Le FBI est parvenu à retrouver des courriels grâce à une assignation de Google, qui ont révélé la correspondance entre Lee Elbaz et SpotOption dans laquelle les deux interlocuteurs auraient comploté de truquer les opérations des investisseurs.

Une faille dans la loi

SpotOption s’est trouvé au centre des réunions de la commission des Réformes qui, en août 2017, ont délibéré sur le projet de loi visant l’interdiction de l’industrie des options binaires. Des représentants de SpotOption ont alors vivement recommandé aux législateurs de faire en sorte que leur entreprise ne soit pas concernée par l’interdiction.

Les représentants de SpotOption avaient affirmé que la firme ne faisait que fournir une technologie aux sites internet d’options binaires et que le projet de loi pouvait être modifié de façon à ne pas interdire son activité. Des représentants du ministère de la Justice et de la police avaient pour leur part déclaré que les fournisseurs de plateforme, sans nommer directement SpotOption, jouaient un rôle dans le fonctionnement des sites d’options binaires, qu’ils recevaient un pourcentage sur les transactions et devaient donc être impactés par l’interdiction.

Le député David Bitan, avec Moshe Avrahami de SpotOption et la directrice de la commission des Réformes de la Knesset, Ariella Malka, lors d'une réunion du comité de la Knesset pour discuter de l'interdiction de l'industrie des options binaires en Israël, le 7 août 2017 (Crédit : Photo du Times of Israel)
Le député David Bitan, avec Moshe Avrahami de SpotOption et la directrice de la commission des Réformes de la Knesset, Ariella Malka, lors d’une réunion du comité de la Knesset pour discuter de l’interdiction de l’industrie des options binaires en Israël, le 7 août 2017 (Crédit : Photo du Times of Israël)

SpotOption avait bénéficié de l’aide du président de la coalition David Bitan (Likud) qui avait tenté en vain de remanier la version finale du projet de loi à l’occasion d’une réunion de la commission de la Knesset, le 7 août. Une source qui avait accepté de s’exprimer sous couvert d’anonymat avait dit au Times of Israël que Bitan lui-même avait déclaré qu’une famille très impliquée dans SpotOption se trouvait à la tête de la faction géorgienne du comité central du Likud et qu’il avait besoin de son soutien pour conserver sa position au sein de la formation politique.

« J’en ai plus qu’assez de la loi contre le blanchiment d’argent », s’était emporté Bitan devant les législateurs lors de la commission des Réformes après avoir échoué à exempter SpotOption de l’interdiction. « Vous ne pouvez plus rien faire dans ce pays ».

Lors d’un discours qui avait fait l’effet d’une bombe lors d’une rencontre de la commission, le 2 août, le commissaire divisionnaire de la police israélienne Gabi Biton avait expliqué que les parrains israéliens du crime organisé se trouvaient derrière l’industrie des options binaires et que cette pègre, dans le pays, s’était enrichie et renforcée de façon considérable en résultat de l’échec des autorités chargées de l’application de la loi de se saisir de l’ampleur du problème pendant de nombreuses années.

Biton avait promis : « Nous utiliserons les outils à notre disposition pour déraciner ce phénomène ».

Alors que les options binaires sont devenues hors-la-loi, le site internet de SpotOption fait dorénavant la publicité de sa « technologie de trading autonome », déclarant que « l’avenir du trading en ligne est là ». SpotOption se qualifie dorénavant de « fournisseur leader de technologie de trading dérivé » et offre des plate-formes de « forex simplifié », de « trading de CFD » et de quelque chose qui s’appelle « l’échelle japonaise ».

L’esquisse initiale du projet de loi sur l’interdiction des options binaires aurait également exigé que toutes les entreprises de trading en ligne obtiennent des licences dans les pays où elles opèrent. Mais ce projet a été édulcoré par des consultations en coulisses, notamment avec les représentants de certaines des industries qui ont été interdites par la législation, prenant donc le risque de créer une faille à travers laquelle les firmes d’options binaires, en redéfinissant leurs produits financiers, auraient pu continuer à prospérer.

Toutefois, le texte final de la loi qui a été adoptée la semaine dernière permet au ministre des Finances d’ajouter des produits financiers supplémentaires à l’interdiction après consultation avec l’Autorité israélienne des Titres et approbation de la Commission des Finances de la Knesset.

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