Israël admet avoir coulé un bateau de réfugiés libanais en 1982 – médias
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Israël admet avoir coulé un bateau de réfugiés libanais en 1982 – médias

Le capitaine d'un sous-marin israélien pensait que le navire transportait des combattants de l'OLP. ; une enquête a déterminé une erreur qui a été couverte par l'armée

Séquence d'illustration d'un reportage de la Dixième chaîne sur un sous-marin israélien qui a coulé un bateau de réfugiés libanais en 1982, tuant 25 personnes, diffusé le 22 novembre 2018 (Capture d'écran : Dixième chaîne)
Séquence d'illustration d'un reportage de la Dixième chaîne sur un sous-marin israélien qui a coulé un bateau de réfugiés libanais en 1982, tuant 25 personnes, diffusé le 22 novembre 2018 (Capture d'écran : Dixième chaîne)

La Dixième chaîne israélienne a révélé jeudi, après la levée de la censure militaire sur un incident remontant à 1982, qu’un sous-marin israélien a accidentellement coulé un bateau qui transportait des réfugiés et des ouvriers étrangers au large de la côte libanaise pendant la guerre du Liban de 1982, tuant 25 personnes.

Selon la Dixième chaîne, l’incident est survenu au large de Tripoli, au nord du Liban, au mois de juin 1982, alors qu’Israël avait imposé un blocus naval au pays.

Les forces israéliennes avaient pénétré sur le territoire libanais dans une attaque lancée contre des bases de l’OLP qui avaient marqué le début de ce qui était devenu connu sous le nom de Première guerre du Liban. Le sous-marin de type Gal participait à « l’opération Dreyfus », tentative lancée par la marine d’empêcher les forces navales libanaises d’intervenir dans le combat.

Selon la Dixième chaîne, qui a déposé plainte devant la Haute cour de justice contre la censure de sa couverture de l’incident, un navire local aurait apparemment tenté de profiter d’un bref cessez-le-feu et aurait fui la zone, avec un groupe de réfugiés et de travailleurs étrangers à son bord.

Le capitaine du sous-marin israélien, identifié sous le nom de « major A », pensait que le navire transportait des combattants palestiniens fuyant l’armée israélienne et il avait donné l’ordre de lancer deux torpilles en sa direction, le coulant.

Le capitaine avait déclaré ultérieurement aux enquêteurs de l’armée israélienne qu’il était convaincu de la présence de terroristes palestiniens sur l’embarcation et qu’il avait vu 30 à 40 hommes, tous vêtus de tenues similaires, qu’il avait confondues avec des uniformes militaires. Il avait aussi déterminé qu’il n’y avait ni femmes, ni enfants à bord, avait-il témoigné.

« J’ai regardé avec soin le bateau d’un bout à l’autre et j’ai vu qu’il n’y avait aucune femme ni enfant à son bord », avait dit le Major A. Il avait ajouté qu’il avait continué à contrôler le bateau alors qu’il coulait dans la mer et que cette impression avait été confirmée. « J’ai regardé pendant deux heures, jusqu’à ce que l’obscurité soit complètement tombée ».

Des blindés israéliens aux abords de la capitale libanaise de Beyrouth, le 16 juin 1982 (Crédit : AP Photo/Rina Castelnuovo)

Le capitaine du bateau libanais et 24 autres personnes sont morts dans cette frappe israélienne. La Dixième chaîne a dit, jeudi dans la soirée, que le navire transportait 54 personnes en tout et qu’il tentait de rejoindre Chypre. Elle a noté que de nombreux vaisseaux étaient sur la mer, dans le secteur, certains transportant des terroristes et d’autres des civils cherchant à fuir le conflit.

La Dixième chaîne a expliqué qu’il semblait que dans le chaos de la guerre, les Palestiniens et les Libanais n’auront jamais réalisé que le navire avait été coulé par un sous-marin israélien.

Le reportage n’a présenté aucune image de l’incident. Il a été seulement été accompagné d’illustrations et d’une séquence de reconstitution.

Le bateau et ses passagers n’ont pas été identifiés par la chaîne.

Simulation d’une frappe de sous-marin sur un bateau de réfugiés du Liban, en 1982 (Capture d’écran : Dixième chaîne)

L’armée israélienne ne se serait penchée sur cet incident que 10 ans après qu’il se soit produit, après que le chef de l’unité chargée des sous-marins a demandé une enquête pour tirer les leçons opérationnelles de l’événement, selon le reportage.

Les investigations de Tsahal avaient alors déterminé que tandis que le capitaine avait fait une erreur, il avait agi conformément aux ordres d’opération transmis. Elles avaient noté que le sous-marin n’avait pas ouvert le feu sur plusieurs autres bateaux qui auraient transporté des combattants palestiniens, craignant qu’il y ait des civils innocents à bord.

« Ce n’était pas un crime de guerre et il n’y a pas eu de mauvaise conduite, il n’y a pas d’action pénale nécessaire », avait estimé l’armée israélienne à l’époque selon la Dixième chaîne.

Un ancien officier de Tsahal ayant enquêté sur l’incident a confié à la Dixième chaîne ne pas partager le même point de vue.

Le colonel à la retraite Mike Eldar (Capture d’écran : Dixième chaîne)

Le colonel à la retraite Mike Eldar, qui était à la tête de la 11e flotille pendant la guerre, a estimé que le capitaine avait agi de manière inappropriée et il a accusé Israël de tenter de couvrir l’incident.

« Nous avons des règles d’engagement même dans les sous-marins : on n’ouvre pas le feu sur un bateau simplement parce qu’on a peut-être des soupçons », a-t-il déclaré à la Dixième chaîne, ajoutant que le sous-marin aurait dû faire venir un bateau de patrouille pour enquêter.

Eldar a expliqué qu’il avait tenté, depuis des décennies, à faire reconnaître cet incident par Israël.

« Je me suis tourné vers la police, l’armée, le département de la justice et tous m’ont ignoré », a-t-il poursuivi. « C’est insultant, que ce soit au niveau personnel et du pays ».

Il a également souligné le témoignage du commandant en second du sous-marin, le capitaine B. Ce dernier avait témoigné du fait que suite à des incidents antérieurs au cours desquels le sous-marin israélien s’était abstenu d’ouvrir le feu sur des navires suspects, l’humeur s’était transformée en « atmosphère de désir d’attaquer et de tirer quel qu’en soit le prix. Je crois que nous n’aurions pas dû ouvrir le feu parce que l’identification n’avait pas été établie de manière définitive ».

Selon Eldar, plusieurs autres officiers avaient voulu apporter leur témoignage mais n’en avaient pas eu la permission.

La Dixième chaîne a expliqué que l’armée israélienne avait tenté d’éviter la médiatisation de l’incident en partie en raison du scandale autour de cet évènement. Il a précisé que plusieurs officiers de la marine de cette période refusent encore d’être interrogés sur l’incident.

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