Alors que les Etats-Unis affirment que le document présenté au cabinet n’est qu’un avant-projet, ne nécessitant aucun vote et n’aidant aucunement le Hamas, des sources ont confié au Times of Israel qu’il a été demandé aux ministres de voter et qu’ils ont rejeté à 8 voix contre 0 une proposition qui donne au Hamas des avantages particuliers.

Au milieu de tensions entre Israël et les Etats-Unis quant aux démarches diplomatiques pour résoudre le conflit avec le Hamas, des sources officielles israéliennes ont catégoriquement rejeté lundi une série d’affirmations américaines, de dimanche, sur les efforts de cessez-le-feu du secrétaire d’Etat John Kerry.

Lors d’une conférence dimanche soir, un important responsable américain a affirmé à des journalistes Israéliens que le document présenté par Kerry aux autorités israéliennes vendredi n’était pas une proposition de cessez-le-feu mais plutôt « un avant-projet… né de discussions entre plusieurs parties ».

Le responsable, qui a demandé à rester anonyme, a ajouté que le document « devait faire l’objet de commentaires et d’observations et non d’acceptation ou de rejet », et qu’il était « pleinement compatible avec la proposition égyptienne » et qu’il ne visait pas à satisfaire les exigences du Hamas.

Le responsable a également critiqué une partie des médias israéliens pour avoir mal rendu compte du travail de Kerry, ne pas avoir discerné sa stratégie et ses motivations, et avoir lancé des attaques gratuites contre lui, y compris des accusations de trahison.

Des sources très au jus de ce qui s’est passé à la réunion du cabinet de sécurité de vendredi ont pourtant confié lundi au Times of Israel que le document mis en avant par Kerry a été présenté aux ministres comme une proposition de cessez-le-feu, et qu’il leur a été demandé de voter s’ils l’acceptaient ou le rejetaient. Le vote a pris la forme d’un vote formel à main levée, et le résultat en a été un rejet unanime de la proposition.

De plus, ont dit les sources, il était clair pour les ministres que le document affaiblissait la proposition égyptienne de cessez-le-feu qu’Israël avait précédemment acceptée et que le Hamas avait rejetée, et qu’il reflétait la contribution de la Turquie et du Qatar à l’avantage certain du Hamas.

La terminologie marque une amélioration de la position du Hamas, jusqu’à être une entité au niveau équivalent d’Israël, disent les sources. Et il implique des avantages particuliers pour le Hamas au regard du langage évasif s’agissant des besoins sécuritaires d’Israël, ont-elles ajouté.

Il a été rejeté par une majorité écrasante, racontent les sources, 8 contre 0.

Peu de temps après la conférence téléphonique des responsables américains avec les journalistes israéliens tard dimanche, le Président Américain Barack Obama a téléphoné au Premier ministre Benjamin Netanyahu et appelé à « un cessez-le-feu humanitaire immédiat et sans conditions qui mette fin aux hostilités dès à présent et conduise à un arrêt permanent des combats, sur le modèle de l’accord de cessez-le-feu de novembre 2012 ».

Selon la Maison Blanche, le président « a réaffirmé le soutien des Etats-Unis à l’initiative égyptienne ainsi qu’à la coordination régionale et internationale pour mettre fin aux hostilités ».

Obama a également souligné le point de vue des Etats-Unis selon lequel « à la fin, toute solution durable au conflit israélo-palestinien doit assurer le désarmement des groupes terroristes et la démilitarisation de Gaza » – une exigence de plus en plus entendue dans la bouche des autorités israéliennes et qui n’était pas incluse dans le document proposé par Kerry à ces dernières, selon les rapports sur le texte texte qui sont intervenus depuis.

Un responsable Israélien, parlant sous couvert d’anonymat en raison du caractère sensible de la question, a concédé ne pas comprendre pourquoi les Etats-Unis étaient surpris par la critique israélienne de John Kerry et la proposition de cessez-le-feu qu’il a promue.

« Si c’est toi qui l’envoie c’est que c’est la tienne. S’il la propose, c’est son document » a fait remarquer le responsable à propos du papier que Kerry a présenté au cabinet israélien vendredi. Le simple fait que Kerry a présenté cette proposition montre qu’il voulait qu’Israël considère son offre et fasse une offre à son tour. « Personne n’a dit que Kerry a écrit tout ça lui-même. Personne n’a dit qu’il la voyait comme une proposition à prendre ou à laisser. Mais ce que les Israéliens ne peuvent comprendre une seconde est comment il a pu même penser à proposer cela au cabinet pour en discuter. C’est le scandale. C’est offensant qu’il ait envoyé ça ».

Le fait que les analystes et observateurs Israéliens de tous bords politiques – du journal Israel Hayom proche de Netanyahu jusqu’au Haaretz bien ancré à gauche – condamnent sans équivoque la proposition devrait faire comprendre aux Américains que « peut-être Kerry s’est loupé cette fois-ci », a dit le responsable. « Si les Israéliens venant de bords politiques si éloignés rejettent unanimement cette idée, peut-être qu’il est temps pour un peu d’introspection ».

Même l’Autorité palestinienne a rejeté le plan et exprimé sa déception quant à l’attitude de John Kerry, a ajouté le responsable. « Dans leurs déclarations publiques, ils ont repris les mêmes arguments que les Israéliens, qui servent bien à montrer qu’il y a des lacunes incroyables dans ce plan ».

L’Administration américaine devrait apprendre comment « prendre la critique avec une attitude plus sport » a continué le responsable, se demandant à voix haute si le responsable important qui, dimanche, avait critiqué les médias israéliens pour avoir attaqué Kerry, avait déjà entendu parler de la liberté de la presse.

« Ceci étant dit, il ne faut bien évidemment pas tomber dans la diffamation. Nous sommes outrés par cette proposition de cessez-le-feu, mais Kerry et les Américains demeurent nos meilleurs amis et personne n’oublie cela » a-t-il dit.