AFP – Le gouvernement et les milieux d’affaires israéliens tentent de trouver une parade à la campagne internationale de boycottage, prémisse de possibles sanctions de l’Union européenne (UE), principal partenaire commercial d’Israël.

Jeudi 30 janvier, la star américaine Scarlett Johansson, a abandonné son statut d’ambassadrice pour l’ONG britannique Oxfam, jugé « incompatible » avec sa promotion de l’entreprise israélienne SodaStream.

Le quotidien israélien Haaretz rapporte que le gouvernement, très divisé sur cette question, doit tenir une réunion extraordinaire la semaine prochaine.

Le Yediot Aharonot, a publié une liste comportant une dizaine de compagnies publiques et privées ayant récemment rompu avec des sociétés israéliennes en raison de leur implication dans les implantations.

Le ministre israélien des Finances Yaïr Lapid a prévenu que le pire serait à venir en cas d’échec des négociations de paix avec les Palestiniens, révélant les conclusions d’un rapport de ses services sur les conséquences d’un boycottage partiel de l’UE, qui représente un tiers des échanges d’Israël.

« Nous sommes à un moment charnière du boycott, nous devons agir d’urgence », a-t-il plaidé, évoquant le précédent du régime d’apartheid en Afrique du Sud.

Le ministre du Renseignement, des Relations internationales et des Affaires stratégiques Yuval Steinitz, officiellement en charge contre la lutte contre le mouvement de « Boycott, désinvestissement, sanctions » (BDS) a en revanche assuré qu' »Israël avait les instruments pour empêcher un boycott ».

Une centaine d’hommes d’affaires israéliens ont récemment pressé le Premier ministre Benjamin Netanyahu de saisir l’occasion des efforts américains pour conclure la paix avec les Palestiniens, certains s’alarmant de la progression du boycottage.

Plusieurs sociétés ont discrètement rapatrié en Israël leurs activités controversées en Cisjordanie, mais cette tendance reste limitée pour le moment, selon les médias israéliens.

Dans un rapport sur SodaStream datant de 2011, juste après l’introduction de l’entreprise sur la Bourse américaine, l’ONG Who Profits The Israeli Occupation Industry [Qui profite de l’industrie d’occupation israélienne] souligne les nombreux avantages financiers, notamment fiscaux, accordés à la production dans les implantations.

L'actrice Scarlett Johansson lors d'une soirée promotionnelle de Sodastream, le 10 janvier 2014 à New York  (Crédit : Getty/AFP/Archives Mike Coppola)

L’actrice Scarlett Johansson lors d’une soirée promotionnelle de Sodastream, le 10 janvier 2014 à New York
(Crédit : Getty/AFP/Archives Mike Coppola)

Intitulé « un cas d’école pour l’activité des entreprises dans les colonies israéliennes », ce document cite une interview du fondateur de Sodastream, Peter Wiseburgh, expliquant le choix en 1996 du site de Mishor Adoumim, en Cisjordanie, pour sa principale usine, par le fait qu’il s’agissait « d’une bonne affaire, pas d’un acte politique ».

La demande d’enregistrement de la société auprès des autorités boursières américaines reconnaît d’ailleurs les risques de boycott et de « publicité négative » dus à cette localisation mais explique qu’un déménagement entraînerait des coûts et « réduirait certains des avantages fiscaux dont nous bénéficions actuellement ».

L’organisation humanitaire juive B’nai Brith a apporté son soutien à Scarlett Johansson, diffusant une lettre de ses dirigeants qui saluent sa « défense de la coopération économique entre Israël et les Palestiniens ».

Comme le Congrès juif mondial, qui a accusé Oxfam de « s’aligner sur le mouvement dénué de morale et antisémite BDS », le B’nai Brith dénonce une « campagne malveillante, animée par l’antisémitisme et visant à diaboliser et délégitimer l’Etat juif ».

Mais l’historien israélien Zeev Sternhell, spécialiste du fascisme européen, estime dans Haaretz que « ce n’est pas l’antisémitisme qui motive le boycott des colonies qui se développe en Europe. Le boycott est avant tout une forme de soulèvement contre le colonialisme et l’apartheid qui dominent les Territoires » palestiniens.

« Cette opinion est partagée par des gens de tout le spectre politique, y compris ceux qui méprisent l’antisémitisme et soutiennent totalement Israël », souligne-t-il, considérant que « piétiner les droits des Palestiniens au nom de notre droit exclusif à la terre (…) risque d’aboutir à un ostracisme international d’Israël, et si cela se produit, ce ne sera pas de l’antisémitisme ».