Avec des cavités vides et des mâchoires grandes ouvertes, ils vous défient du regard comme des crânes de morts. Ce sont des masques vieux de 9000 ans retrouvés dans le désert et les collines de Judée, et ils vont être exposés pour la première fois la semaine prochaine au musée d’Israël à Jérusalem.

Ouvrant ses portes à l’approche de la fête juive de Pourim, qui est traditionnellement célébrée par des déguisements, l’exposition « Face à face : les plus vieux masques du monde » propose de découvrir 12 masques de roche calcaire datant de l’âge néolithique qui n’ont jamais été présentés ensemble.

Pesant entre un et deux kilogrammes par pièce, chacun des objets anciens représente un visage ovale avec des cavités oculaires et des figures rugueuses impressionnantes, ainsi qu’une série de trous le long du bord extérieur.

Dans l’Antiquité, ils étaient très probablement peints, mais un seul a encore des traces de pigments. Chacun des 12 masques est unique, et représente peut-être des individus.

Certains visages sont anciens, tandis que d’autres semblent jeunes. L’un est une miniature de la taille d’une broche. Ils représentent peut-être des ancêtres vénérés dans une religion de l’Âge de pierre primaire.

« Il est important de dire que ce ne sont pas des personnes vivantes, mais des esprits », explique Dr Debby Hershman, conservatrice pour le département des cultures historiques au musée d’Israël qui a organisé l’exposition. Elle était réticente à placer un masque de l’exposition sur son visage par respect pour les traditions passées.

En l’espace d’une décennie, Hershman et sa collègue, le professeur Yuval Goren, experte en micro-archéologie comparative à l’Université de Tel Aviv, ont fait équipe pour réunir les masques pour la première fois et analyser leurs origines et leurs significations afin de comparer leurs caractéristiques et leurs fonctions.

Des analyses additionnelles des masques ont été menées par le Laboratoire archéologique numérique à l’Université hébraïque de Jérusalem par le Dr Leore Grosman et son équipe.

Les personnes qui ont créé cette œuvre d’art étaient parmi les premiers humains à abandonner le nomadisme et établir des colonies permanentes.

Puisque les masques précèdent l’écriture d’au moins 3 500 années, il n’y a aucun témoignage de leur usage.

Se fondant sur des années d’analyse caractéristique de leur iconographie, Hershman croît cependant que les masques taillés en roche calcaire étaient usés pour le culte des ancêtres, les shamans ou les chefs tribaux portaient des masques lors d’une mascarade rituelle pour honorer les morts.

« On retrouve les premiers scintillements de la réflexion existentielle, explique James Snyder, le directeur du musée. » Il a souligné que les masques possédaient un « lien frappant » avec les œuvres d’art du 20ème siècle, soulignant la ressemblance avec des œuvres que Picasso aurait pu créer.

Le docteur Debby Hershman, la conservatrice du département de la culture préhistorique du musée d’Israël, tient un des masques dans les laboratoires du musée (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israel)

Le docteur Debby Hershman, la conservatrice du département de la culture préhistorique du musée d’Israël, tient un des masques dans les laboratoires du musée (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israel)

Grâce à l’examen du type de pierre et de la patine à la surface des masques, Goren a pu établir que toutes les pièces provenaient de la région du désert et des collines de Judée dans un périmètre d’environ 50 km.

« D’autres groupes ont très probablement réalisé d’autres masques avec des matériaux différents » qui n’ont pas supporté l’épreuve du temps, précise Hershman. Ces quelques masques ont été faits en pierre et bien conservés grâce au climat aride du désert.

Deux pièces viennent des collections du musée d’Israël (y compris celle donnée par Moshe Dayan qui a toujours son nom écrit à l’encre à l’intérieur) tandis que les 10 autres restantes ont été prêtées par des collectionneurs privés, Judy et Michael Steinhardt de New York.

Certains masques ont été trouvés par l’archéologue israélien Ofer Bar Yosef au cours de fouilles dans la grotte Nahal Hemar en 1983.

La grotte, perchée dans les montagnes de roche calcaire sur les hauteurs des bords de la mer Morte, abritait des œuvres d’art vieilles de 9 000 ans au moins, qui incluaient des paniers, des perles et la colle et les masques les plus anciens du monde. Un autre masque a été trouvé à Horvat Douma, un site dans les collines de Judée près d’Hébron.

Après une décennie d’étude, « cela constitue vraiment une opportunité pour une enquête, une recherche, une réflexion et des conjectures », a déclaré Snyder.

Les douze masques seront à découvrir du 11 mars au 13 septembre dans l’aile archéologique du musée d’Israël. En gardant le thème du néolithique, Snyder a comparé l’exposition au site de Stonehenge en Angleterre. Douze piliers de verre disposés en cercle tiendront les masques à la hauteur des yeux de telle sorte que les visiteurs pourront les voir de tous les côtés.

« Ce sont des trésors intemporels et inestimables, » a conclu Hershman.