« Israël devrait envisager d’intervenir en Syrie en réponse à l’assassinat en masse de civils, et pas seulement en réaction à des menaces stratégiques », a affirmé lundi au Times of Israel l’ancien chef du renseignement militaire israélien.

Amos Yadlin, qui a dirigé le renseignement militaire entre 2006 et 2010 après avoir servi comme commandant-adjoint de la Force aérienne israélienne, a déclaré qu’Israël devrait réfléchir à une attaque militaire contre la Syrie dans la mesure où le régime d’Assad utilise, à grande échelle, des armes chimiques contre sa population civile.

« Nous avons des lignes rouges quant à l’intervention. Nos lignes rouges sont les tirs sur Israël et le transfert d’armes au Hezbollah. Je crois que nous devrions ajouter à ces lignes rouges les assassinats de civils à un niveau où nous ne pouvons plus rester les bras croisés » a affirmé Yadlin.

Une action unilatérale ne doit être en aucun cas la première option d’Israël a déclaré le major-général à la retraite, qui dirige actuellement l’Institut d’études de sécurité nationale à l’Université de Tel Aviv.

« La meilleure des éventualités serait une opération de l’OTAN menée par les Etats-Unis avec la Turquie en tant que membre-clé pour mettre en œuvre – au minimum – une zone d’exclusion aérienne sur la Syrie. La concertation internationale devrait également inclure l’ouverture de couloirs humanitaires et la possibilité de repérer des points de frappe stratégiques pour les avions de l’OTAN ».

« Si Assad se réveille un jour et découvre que tous ses hélicoptères ont disparu, puis le lendemain, qu’il n’a plus de marine, puis le lendemain que son quartier général de sécurité a été attaqué, il se rendrait compte qu’il y a un prix à payer pour ses actions » a déclaré Yadlin. « Il doit pouvoir comprendre que, chaque jour qui passe, il perd quelque chose ».

« Je ne recommande pas une opération terrestre, mais je recommande d’influer sur le changement de perception d’Assad quant à la future évolution de la situation » a t-il ajouté.

Un officier supérieur de l’armée israélienne a déclaré au Times of Israel la semaine dernière que le régime d’Assad a utilisé des armes chimiques plus de trente fois depuis que la Syrie a adhéré à la Convention sur les armes chimiques l’an dernier.

Les armes ont été « tactiquement déployées » avec des mortiers et des roquettes à courte portée, à base de gaz plus faible tel que le chlore.

Yadlin a déclaré que si Israël découvre que des atrocités à grande échelle sont commises – similaires aux génocides perpétrés en Bosnie et au Rwanda au milieu des années 1990 – il devrait agir, et ce même en dehors du cadre d’une coalition internationale.

« En faisant cela, Israël apporterait aussi à Assad le soutien du monde arabe. Mais l’étendue des victimes en Syrie crée un impératif moral pour que nous prenions nous-mêmes les choses en mains, même si ce n’est pas notre préférence initiale » a-t-il ajouté.

« Si Israël découvre que Assad utilise des armes chimiques contre son peuple dans des attaques de masse, il faut pouvoir intervenir militairement ».

Dimanche, un membre de l’Armée syrienne libre dans la ville méridionale de Daraa a indiqué au Times of Israel que ses forces ont lancé un appel aux pays donateurs pour récupérer des armes. Ils ont subi d’importants revers ces derniers mois et doivent faire face à la fois à l’armée du régime et aux groupes djihadistes comme Al-Nusra.

Yadlin a déclaré que le suivi des armes une fois qu’elles sont livrées dans les mains des rebelles est
« extrêmement difficile », ce qui explique pourquoi l’intervention internationale reste préférable.

« Si vous utilisez la force aérienne contre la Syrie, vous n’êtes pas en train de livrer des armes (aux rebelles) qui pourront finir dans les mains de Al-Qaïda », a-t-il dit.

« Si vous utilisez la force aérienne contre l’armée syrienne, vous donnez aux rebelles un avantage militaire qu’ils n’avaient pas avant … c’est la meilleure façon de les aider ».

Les avions israéliens auraient frappé des sites syriens plusieurs fois au cours des deux dernières années, frappant également des livraisons d’armes pour les terroristes libanais du Hezbollah selon des rapports étrangers.

Israël aurait également lancé des missiles sur les positions syriennes pour répondre à des tirs d’artillerie à la frontière. Mais Jérusalem n’a jamais admis ces frappes aériennes et a voulu garder un profil bas par rapport à la guerre civile.

S’adressant au Times of Israel le 30 avril, le dissident syrien Kamal Labwani a critiqué les dirigeants israéliens pour leur manque de cohérence quant à leur attitude envers Bashar el-Assad.

Yadlin a admis que les dirigeants israéliens sont clairement divisés sur la question de savoir si l’éviction d’Assad pourrait contribuer à la sécurité d’Israël. Mais il estime qu’en termes stratégiques, cette option serait préférable.

« Cela compliquerait certes la vie du commandant de la brigade sur le Golan ou du commandant responsable de garder les frontières. Mais du point de vue du Premier ministre et du ministère de la Défense, l’éviction de Assad aurait des conséquences stratégiques très positives ».

« Les sunnites qui se font tuer pendant que nous parlons ne rejoindront jamais une coalition avec l’Iran et le Hezbollah, et il est extrêmement important d’affaiblir cet axe radical. Hassan Nasrallah [Chef du Hezbollah] affirme lui-même que si Assad tombe, ce serait une grande victoire pour Israël et pour les Etats-Unis. Et il a raison ».