La division entre Israéliens ultra-orthodoxes et laïcs fait la couverture de tous les quotidiens au lendemain de la gigantesque manifestation des haredim contre la conscription militaire.

« Nous n’irons pas à l’armée ». C’est le titre à la une de Yediot Aharonot, qui explique que les organisateurs sont satisfaits de la participation. L’éditorialiste Nahum Barnea, qui s’est rendu sur place, écrit que le but de la marche était de consolider le soutien contre le projet de loi au sein de la communauté ultra-orthodoxe.

Il relate également une discussion symbolique des divisions culturelles qu’il a eue (c’est un laïc) avec un des manifestants. Quand l’ultra-orthodoxe explique à Barnea que la communauté haredi n’écoutera que ses rabbins et non le gouvernement, Barnea lui rétorque : « Mais les rabbins vivent dans leur monde, ils ne sont pas liés à la réalité. »

Barnea regrette de voir la communauté ultra-orthodoxe gâcher un si grand potentiel. « J’ai pensé à ceux qui ont du talent, aux prix Nobel qui n’iront jamais à Stockholm, aux génies des technologies qui ne créeront jamais d’application… Tellement de potentiel, si peu de réussite pour eux-mêmes et pour la société. »

Maariv consacre quatre pages à la manifestation, dont un article sur les femmes ultra-orthodoxes qui ont participé. Le quotidien décrit le profil de ces femmes en sous-titre : « Elles sont venues en nombre – des jeunes, des vieilles, des mères avec leur enfants, des séminaristes… Elles sont venues faire ce qu’elle connaissent le mieux : prier de tout leur cœur. »

L’une des femmes donne au quotidien ses arguments contre le projet de loi. « Pourquoi ne faut-il pas envoyer tout le monde à l’armée ? Parce que dans chaque guerre, il y a eu un groupe d’élèves de yeshiva, qui étudiait. Il y a une chose qui est négligée dans ce débat, et Lapid le sait bien : dès le moment où nous n’aurons plus personne pour étudier la Torah, nous perdrons Israël. »

Toutefois, dans la page suivante, Maariv cite le chef d’état-major Benny Gantz, en visite dimanche dans une unité ultra-orthodoxe de l’armée. Parmi les déclarations faites aux soldats, le quotidien retient celle-ci : « À Auschwitz, ils ne faisaient pas de différence et nous allions tous aux fours crématoires, que nous portions ou non la kippah. »

Gantz poursuit en affirmant que les défis auxquels Israël doit faire face exigent l’enrôlement de tout le monde, d’autant qu’ « il est possible de servir au sein de l’armée et de rester ultra-orthodoxe. »

Dans Israel Hayom, l’éditorialiste Yehuda Schlesinger estime que la manifestation a été à la fois un succès et un échec.

Un succès, car elle a permis d’unir la communauté ultra-orthodoxe sans incident majeur. Mais, la manifestation est un échec dans le sens où la communauté haredi n’a pas su parler aux laïcs.

Schlesinger écrit que n’importe quel Israélien laïc serait en colère s’il « entendait les mots du rabbin Zilberman, qui a conclu le rassemblement en expliquant que les manifestants ne devraient aller à l’armée en aucune circonstance. » L’éditorialiste conclut en disant que la manifestation « n’a fait qu’illustrer la division entre deux sociétés. »

Tic-tac, tic-tac

L’autre sujet au centre de toutes les attentions est l’interview que Barack Obama a donnée au journaliste de Bloomberg Jeffrey Goldberg, dans laquelle le président américain a des mots très durs sur Bibi.

Haaretz en fait son article principal de une, avec un titre qui résume à lui seul le ton de l’interview : « Obama à Netanyahu : le temps est compté pour faire la paix. » Le quotidien note le timing bien pesé de l’interview, à la veille d’une rencontre avec le dirigeant israélien.

L’éditorial de Haaretz s’intéresse à cette rencontre et qualifie Obama de « partenaire. » Malgré la diplomatie secrète et les exigences israéliennes (un référendum national et la reconnaissance d’Israël comme État juif), le président américain n’a pas abandonné Israël. Le journal s’inquiète ouvertement de la perte des États-Unis comme partenaire pour la paix et exhorte Netanyahu à agir. « Il [Netanyahu] doit comprendre qu’un accord-cadre n’est pas une déclaration de guerre contre Israël, et certainement pas une trahison américaine. Il ne doit pas le saboter. »

Israel Hayom évoque également l’interview sous la plume de son éditorialiste Dan Margalit, qui écrit que le cœur de l’Amérique est actuellement à l’est – avec une attention particulière portée à l’Ukraine – et non au Moyen-Orient. « Il est dans l’intérêt d’Israël de ne pas donner l’impression qu’il met des bâtons dans les roues du chariot américain. Considérez seulement cette interview comme une énumération des doutes, mais nul besoin de faire des déclaration enflammées sur la poursuite des constructions dans les implantations », écrit Margalit. L’Ukraine va être au centre de tous les débats dans les prochains jours et les prochaines semaines, estime l’éditorialiste. Quand les États-Unis sont affaiblis en Europe, ils le sont aussi au Moyen-Orient.

Dans Yediot, Orly Azoulay qualifie l’interview de « dernière chance pour venir en aide » à Israël. Elle écrit qu’ « aujourd’hui [lundi], Obama va offrir sa dernière chance avant de refermer la fenêtre d’opportunité qu’il a créée. » Elle ajoute que si Obama ne parvient pas à convaincre Netanyahu d’accepter l’accord-cadre, ce sera fini : il n’y aura pas d’autre opportunité, du moins pas jusqu’à la fin du mandat d’Obama.