Israël élit mardi son dixième président, tournant la page Shimon Peres, assuré de rester dans l’Histoire pour son rôle au service de la paix.

Le successeur du président Peres sera désigné à la suite d’un vote à bulletin secret par les 120 députés de la Knesset..

Le scrutin doit débuter à 11H00 locales et les deux candidats qui auront rassemblé le plus de suffrages seront départagés par un deuxième tour qui pourrait, comme lors des élections présidentielles passées, réserver des surprises.

Il ne reste plus en lice que cinq des six candidats qui s’étaient déclarés le 27 mai, le travailliste Binyamin Ben Eliezer, accusé de corruption, ayant dû se retirer de la course.

Aucun, de l’avis général, n’a la stature du président nonagénaire sortant, ultime survivant de la génération des « pères de la nation ».

Les candidats

Le favori est Reuven Rivlin, 74 ans, ex-président de la Knesset et membre du Likud, à la fois partisan du « Grand Israël » et ardent défenseur de la démocratie israélienne, qui s’est taillé une carrure de futur président en multipliant les arbitrages politiques complexes durant sa carrière parlementaire.

M. Rivlin a le soutien du Likud, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a fini par appuyer sa candidature du bout des lèvres, l’inimitié personnelle et idéologique entre les deux hommes étant de notoriété publique.

M. Netanyahu avait d’ailleurs tenté de convaincre le prix Nobel de la paix et survivant de l’Holocauste Elie Wiesel de se porter candidat pour contrer M. Rivlin.

Autre chouchou des sondages, mais pas forcément des députés, le prix Nobel de Chimie 2011 Dan Shechtman, 73 ans, un « outsider » qui espère se hisser jusqu’au second tour, ce que les médias israéliens jugent toutefois peu probable.

Le député centriste Meïr Shitrit, 65 ans est un transfuge du Likud élu sur la liste de la ministre Tzipi Livni.  Il a été ministre des Finances, de la Justice, des Transports et de l’Education. Il bénéficie d’une image d' »homme du peuple ».  

L’ex-présidente de la Knesset Dalia Itzik, 61 ans, est une ancienne député travailliste qui connait toutes les coulisses du Parlement et qui a été la première femme à devenir présidente de la Knesset.

L’ex-juge à la Cour suprême Dalia Dorner, 80 ans, n’appartient pas à la classe politique. Ses chances de parvenir au second tour sont « quasi nulles » selon les médias.

Changement de cap

En Israël, le poste de président est largement honorifique et les pouvoirs exécutifs restent aux mains du Premier ministre. Le chef de l’Etat a toutefois pour tâche de nommer après les élections législatives la personnalité chargée de former une coalition et appelée à devenir Premier ministre.

Mais, fort de sa notoriété internationale, Shimon Peres, élu président en 2007, a su adroitement utiliser une fonction essentiellement protocolaire pour promouvoir un message politique en faveur de la paix.

Il n’a pas craint de donner de sérieux coups de canif au devoir de réserve dans lequel est censé se cantonner le chef de l’Etat, au point d’apparaître souvent comme le seul opposant de M. Netanyahu.

« L’élection du 10e président israélien annonce un changement de direction pour la présidence : elle va passer de la politique internationale aux questions intérieures », a prédit le quotidien de gauche Haaretz.

Sur des dossiers aussi sensibles que le processus de paix avec les Palestiniens, les relations stratégiques avec l’allié américain ou le programme nucléaire iranien, Shimon Peres n’a cessé de faire entendre sa propre voix.

Ainsi, le mois dernier, le prix Nobel de la paix 1994 a accusé publiquement M. Netanyahu d’avoir fait capoter en 2011 la conclusion d’un accord qu’il avait négocié secrètement avec les Palestiniens.

« Nous devons réaliser que le prochain président ne sera pas un Peres. La présidence va retrouver sa fonction naturelle, de représentation et de cérémonial », a estimé l’éditorialiste Nahum Barnéa.

Shimon Peres doit quitter ses fonctions fin juillet, avant son 91e anniversaire.