D’élégantes mosaïques et sculptures complexes ornant le palais de l’un des premiers califes pourraient retrouver leur ancienne gloire si l’Autorité des parcs nationaux d’Israël s’engageait dans un projet de restauration de l’un des plus importants sites islamiques du pays.

L’Autorité israélienne pour la nature et les parcs nationaux envisage en effet de prendre part à un projet visant à préserver les ruines de Khirbat al-Minya, un complexe de palais omeyyade sur la rive nord du lac de Tibériade contenant une des plus anciennes mosquées du pays, a déclaré un de ses porte-parole au Times of Israel.

Il est l’un des seuls sites de patrimoine exclusivement islamique dirigés par l’Autorité des parcs israélienne.

Le palais a été construit par al-Walid 1er, un calife omeyyade au cours de la première moitié du 8e siècle, et est « l’un des sites islamiques les plus importants du pays », selon le docteur Gideon Avni, un spécialiste en archéologie islamique qui dirige la division d’archéologie au sein de l’Autorité israélienne des Antiquités.

Plus tôt ce mois-ci, l’université Johannes Gutenberg de Mayence a annoncé avoir reçu 30 000 euros du gouvernement allemand pour aider à restaurer le palais, qui est situé sur des terres gérées par l’Autorité des parcs nationaux (APN).

La proposition au service des parcs reste encore à l’étape de planification et d’approbation.

Des archéologues à Khirbat al-Minya, sur les rives du lac de Tibériade (Autorisation: fouillesde Minya , Université hébraïque de Jérusalem)

Des archéologues à Khirbat al-Minya, sur les rives du lac de Tibériade (Autorisation: fouilles de Minya , Université hébraïque de Jérusalem)

Selon Tsvika Tsuk, en charge de l’archéologie à l’Autorité israélienne pour la nature et les parcs nationaux, le projet pourrait commencer dès octobre ou novembre.

« Le site a une valeur exceptionnelle, une valeur spéciale, la valeur du patrimoine », a dit Tsuk au téléphone. « Vraiment, ce site est digne de conservation. »

Walid était le sixième souverain de la dynastie des Omeyyades. Il a régné à Damas de 705 à 715 de notre ère et a étendu les frontières de l’islam dans la péninsule ibérique et jusqu’au fleuve Indus en Extrême-orient. Il est surtout connu pour la construction de la Grande Mosquée de Damas et pour avoir achevé celle de la mosquée al-Aqsa de Jérusalem, commencée par son père Abd al-Malik.

Le palais a peut-être servi de résidence d’été pour le calife, ou plus probablement son fils Omar, le gouverneur de Tibériade, la capitale provinciale la plus proche.

Alors que sa mosquée était décorée simplement, le portail du palais avait des apparences plus royales. Des rosettes et des grenades majestueusement sculptées dans du calcaire de couleur fauve ornaient autrefois ses murs avec des lambris de marbre.

« Des mosaïques de verre coloré et doré décoraient le sommet de la coupole, alors que des mosaïques de pierre imbriquées avec des cubes de verre et mis en motifs géométriques comme des tapis sur le sol des cinq pièces au sud témoignent du caractère officiel et représentatif de cette section », est-il ecrit dans l’Encyclopédie de l’islam.

Quelques siècles plus tard, après être tombé en désuétude suite à un séisme majeur en 1068, les Croisés ont établi une usine de canne à sucre sur le site. Un des fours à briques de l’usine a été déterré en parfait état.

Pour Avni, « il s’agit de l’un des sites les plus impressionnants en Israël ». « Il est l’un des rares sites en Israël [de cette époque] qui ait été parfaitement préservé. »

Katia Cytryn-Silverman, une archéologue de l’université hébraïque qui a dirigé les fouilles les plus récentes à Khirbat al-Minya, affirme que les mosaïques trouvées sont uniques dans leur conception et leur préservation, mais, depuis leur découverte en 1937, se sont considérablement dégradées.

« Khirbat al-Minya est un jalon important dans le développement de ce type de bâtiment », dit-elle.

Un des mosaïques omeyyades à Khirbat al-Minya,  sur les rives du lac de Tibériade (Autorisation: fouilles de Minya , Université hébraïque de Jérusalem)"

Un des mosaïques omeyyades à Khirbat al-Minya, sur les rives du lac de Tibériade (Autorisation: fouilles de Minya , Université hébraïque de Jérusalem) »

Avni espère que l’initiative allemande va aider à susciter plus de financement pour le projet. Il a estimé qu’il faudrait de 800 000 à un million de dollars pour rendre le site montrable au public.

Pour le moment, le projet ne vise qu’à protéger le site contre les éléments naturels et débutera avec la restauration de l’une de ses arcades monumentales.

Cytryn-Silverman a déclaré qu’aujourd’hui les ruines sont complètement ouvertes au public, et que les visiteurs endommagent involontairement les rares mosaïques.

Khirbat al-Minya n’a pas non plus d’entretien régulier de jardinage, et des palmiers envahissants font des ravages sur le monument ancien. Le four de l’usine de sucre des Croisés, magnifiquement restauré lorsqu’il fut déterré par une expédition allemande en 1937, est maintenant dans un état préoccupant.

Elle a insisté sur la nécessité de commencer à préserver Khirbat al-Minya avant que des dommages supplémentaires soient infligés, exprimant son inquiétude que la nouvelle initiative arrive déjà trop tard.

Cette inquiétude est partagée par Hans-Peter Kuhnen, le professeur allemand qui a dirigé le projet de conservation. Pour lui, « il n’y a plus de temps à perdre ».

« Nous devrions le partager avec le public, il doit être ouvert, mais il ne peut être ouvert qu’une fois les conditions remplies. Sinon, il risque d’être encore plus endommagé qu’il ne l’est déjà. »