Le ministre des Finances Moshe Kahlon chercherait à supprimer les exonérations fiscales dont bénéficient les donateurs d’Amnesty International Israel, suite aux appels de l’association à la communauté internationale pour boycotter les produits des implantations israéliennes de Cisjordanie.

Supprimer les exonérations fiscales pour Amnesty International serait la première action qu’Israël prendrait contre une organisation qui viole une loi de 2011, la Loi sur le boycott, qui autorise Israël à refuser des avantages gouvernementaux à des groupes ou des particuliers qui encouragent le boycott de l’État juif.

C’est le quotidien Israel Hayom qui a publié, la semaine dernière, un article sur la décision de Kahlon. Il y est indiqué que des représentants de l’organisation seront convoqués pour une audience au ministère des Finances dans les jours à venir, avant que Kahlon ne prenne une décision finale.

En réaction à cet article, Amnesty International a accusé Israël de mener une campagne de « persécution systématique » contre ceux qui s’opposent à la présence israélienne en Cisjordanie.

Le ministre des Finances, Moshe Kahlon, lors d'une réunion de la commission du Travail, de l'assistance publique et de la Santé à la Knesset à Jérusalem, le 19 juin 2017 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Le ministre des Finances, Moshe Kahlon, lors d’une réunion de la commission du Travail, de l’assistance publique et de la Santé à la Knesset à Jérusalem, le 19 juin 2017 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

« C’est une question qui dépasse l’approbation des exonérations fiscales », peut-on lire dans Haaretz, qui cite les propos du groupe. « La question porte sur la persécution systématique par Israël des groupes de défense des droits de l’Homme et des militants qui critiquent les actions du gouvernement en Israël et dans les territoires palestiniens occupés. »

« Israël doit réfléchir à son intérêt à être membre d’un club contestable de pays dont les gouvernements persécutent les militants d’Amnesty International et leur impose des sanctions, comme la Turquie, la Thaïlande, la Russie et l’Iran », poursuit le groupe.

Un porte-parole de la branche israélienne d’Amnesty International a indiqué que le groupe avait reçu de nombreux appels de la part de donateurs potentiels depuis la publication de l’article d’Israel Hayom.

« Depuis la publication de l’article [mardi] sur le projet du ministère des Finances, qui prévoit de supprimer notre statut fiscal particulier, nous sommes submergés d’appels de sympathisants qui veulent faire des dons », a déclaré Gil Naveh à Haaretz.

Il a également déclaré que l’écrasante majorité de donateurs d’Amnesty International en Israël n’ont jamais demandé d’exonérations fiscales dont ils pourraient bénéficier, balayant ainsi l’idée que la suppression des exonérations fiscales causerait une chute des dons.

L'implantation d'Eli, dans le centre de la Cisjordanie. (Crédit : Dror Etkes)

L’implantation d’Eli, dans le centre de la Cisjordanie. (Crédit : Dror Etkes)

Selon Israel Hayom, la décision de Kahlon pour punir Amnesty International a été motivée par la campagne de l’association, qui encourageait les sociétés et les gouvernements étrangers à interdire les produits fabriqués dans les implantations en Cisjordanie.

Prévue pour coïncider avec le 50è anniversaire de la conquête de la Cisjordanie et de la bande de Gaza lors de la guerre des Six jours en 1967, la campagne appelle également les états à empêcher leurs entreprises d’opérer depuis les implantations.

« Depuis des décennies, le monde regarde Israël détruire des maisons palestiniennes, piller leurs terres et leurs ressources naturelles pour les exploiter. L’économie palestinienne a subi un coup d’arrêt, en raison de 50 ans de politique abusive, une activité de colonisation prospère a été construite sur la base d’une oppression systématique de la population palestinienne », a déclaré Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.

Les implantations juives, au-delà des frontières de l’armistice de 1949, sont considérées par la majorité des dirigeants de la communauté internationale comme illégale. Israël conteste cela, dans la mesure où il n’y avait aucune souveraineté légale en vigueur avant qu’il n’en prenne le contrôle, et revendique également des liens historiques avec la Judée et Samarie des temps bibliques.

Sues Surkes a contribué à cet article.