L’Armée de Dieu – le Hezbollah – est poussée dans des directions différentes, soulevant, de fait, une foule de questions pour Israël alors que les tensions éclatent le long de la frontière nord.

Dimanche soir, après deux frappes aériennes en Syrie attribuées à Israël, les forces postées sur le Golan syrien, agissant apparemment sous les ordres du Hezbollah, ont tenté de déposer une mine le long de la clôture de la frontière afin de cibler les soldats de Tsahal. L’équipe a été découverte et éliminée par un avion de l’armée de l’air israélienne.

Les questions qui se posent après cette frappe et cette contre-attaque se rapportent à la guerre clandestine menée dans l’ombre de la guerre civile syrienne. Dans quelle mesure les actions secrètes risquent-elles de déboucher sur une guerre à grande échelle ? Est-ce qu’une telle évolution, en ce moment-même, joue en faveur d’Israël ? Et quelles sont, précisément, les limites ?

L’Iran, qui a réussi à se placer au centre de la guerre civile syrienne, a poussé le Hezbollah au combat en Syrie sunnite, l’a forcé à enterrer des centaines de ses hommes et a terni la partie libanaise de son identité. Mais le groupe terroriste chiite a agi avec une certaine retenue dans sa réponse aux actions israéliennes présumées, affirment plusieurs anciens officiers militaires.

En janvier, après qu’un général iranien et plusieurs membres du Hezbollah ont été tués, apparemment par Israël, dans le Golan syrien, le commandant de la Force Qods de l’Iran, Qassem Soleimani, s’est envolé pour Beyrouth.

Beaucoup ont supposé qu’il était là pour s’assurer que la réponse du Hezbollah à l’action supposée d’Israël soit suffisamment ferme. Le brigadier général (à la retraite) Shimon Shapira, ancien agent de liaison militaire détaché auprès du Premier ministre Benjamin Netanyahu et chercheur au Centre de Jérusalem pour les Affaires publiques, a affirmé que c’était l’inverse.

« Il y est allé pour les retenir, a-t-il affirmé. Pour s’assurer qu’on ne donne à Israël aucun prétexte pour agir par la force. »

Il a affirmé que la notion de dissuasion vis-à-vis du Hezbollah est, en fait, « une illusion » et que la seule raison de cette retenue est l’Iran, qui veut s’assurer que son soutien au Hezbollah – financier et militaire (armes) – garantisse son véritable objectif : être un moyen de dissuasion contre une éventuelle attaque israélienne visant les installations nucléaires de l’Iran.

L’ancien conseiller en sécurité nationale, le major Général Yaakov Amidror, aujourd’hui chargé de cours au Centre BESA pour les études stratégiques de l’université Bar-Ilan, confirme cette théorie.

Yaakov Amidror (Crédit : Flash 90)

Yaakov Amidror (Crédit : Flash 90)

Il a expliqué que du point de vue iranien, si le Hezbollah déclenche une guerre avec Israël et est contraint de retirer ses troupes du combat en Syrie, « il n’y aura pas de moyen pour sauver [le président syrien] Bashar [Assad] », parce que l’Iran, qui a envoyé des conseillers en Syrie, n’est pas sur le point d’envoyer le nombre nécessaire de troupes.

En outre, il y a bien sûr l’objectif primordial de servir de facteur de dissuasion contre une attaque israélienne sur les installations nucléaires, poursuit Amidror avant d’ajouter qu’une emprise trop ferme sur les rênes, réduisant la capacité du Hezbollah à agir, pourrait le transformer en « un tigre de papier », ce que l’Iran peut difficilement se permettre.

Militairement, poursuit Amidror, « il y a des avantages énormes » à ce qu’Israël lance une guerre préventive.

Citant la campagne 1956 dans le Sinaï – au cours de laquelle Israël a pris le contrôle du désert fortifié en une semaine – et la guerre du Liban en 1982 – dans laquelle quatre divisions ont traversé le Liban, atteignant la périphérie de Beyrouth dans un laps de temps similaire – il a ajouté qu’il connaît « au moins une personne » dans l’establishment de la sécurité d’Israël qui est désireux que le Hezbollah outrepasse ses limites en réponse aux présumées frappes aériennes israéliennes.

Israël, dans un tel cas, dit-il, pourrait capitaliser sur ce fait, comme il l’a fait en juin 1982, après la tentative d’assassinat à Londres de l’ambassadeur israélien Shlomo Argov, et frapper alors un Hezbollah à bout de souffle.

Cependant, nuance-t-il, le prix diplomatique qu’Israël paierait pour une guerre préventive qui laisserait le Liban en lambeaux serait douloureux.

Au lieu de cela, ce qui semble avoir été mis en place, c’est une bataille périphérique dans laquelle les deux parties adhèrent aux « règles du jeu », a déclaré le brigadier général (à la retraite) Yossi Kuperwasser, un ancien chef de la Direction de la division de recherche des renseignements militaires et un chercheur au JCPA.

Quant à savoir si de telles actions pourraient ou non involontairement faire pencher la balance délicate vers un conflit ouvert, Amidror et Kuperwasser conviennent qu’Israël et le Hezbollah effectuent un exercice d’équilibriste au-dessus d’un précipice élevé.

« C’est un risque, reconnaît Amidror, qui chaque fois se renouvelle. »