Israël et les Palestiniens apparaissaient lundi déterminés à consommer leur rupture, à la veille de la date butoir des négociations de paix parrainées par l’administration américaine, une échéance de toute façon jugée depuis plusieurs mois irréaliste.

Tirant la leçon de neuf mois d’efforts infructueux et de multiples navettes, le secrétaire d’Etat américain John Kerry a mis en garde Israël contre le risque de devenir un « Etat d’apartheid avec des citoyens (arabes, NDLR) de seconde classe » en cas d’échec de la solution à deux Etats.

M. Kerry, qui a fait ces déclarations lors d’une réunion à huis clos vendredi, a néanmoins estimé prématuré d’enterrer le processus de paix, rapporte le site d’information américain Daily Beast.

Les Palestiniens ont eux aussi pris acte de l’échec des discussions, suspendues par le gouvernement du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu le 24 avril, au lendemain de la conclusion d’un nouvel accord de réconciliation entre l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) du président Mahmoud Abbas et le Hamas, au pouvoir à Gaza, qui ne reconnaît pas Israël.

« Pendant les pourparlers, la division était une arme utilisée tous les jours par Israël qui demandait ce que nous ferions au sujet de Gaza », a expliqué le négociateur palestinien Saëb Erakat à la radio officielle Voix de la Palestine.

« Quand nous avons commencé à y remédier par la réconciliation, Israël a exploité cela en disant que les efforts de paix étaient incompatibles avec la réconciliation. Si on ne peut faire la paix ni sans Gaza ni avec Gaza, c’est qu’il y a un objectif d’Israël: ne pas faire la paix. Ils veulent tuer la solution à deux Etats », a-t-il accusé.

Le Conseil central palestinien, une instance dirigeante de l’OLP, a adopté dimanche un plan prévoyant la poursuite des démarches d’adhésion à une soixantaine d’instances de l’ONU et accords internationaux, après l’admission de la Palestine début avril à 15 conventions et traités internationaux.

La direction palestinienne estime que le refus d’Israël de libérer le 29 mars comme prévu un dernier contingent de prisonniers, exigeant désormais une prolongation des négociations au-delà du 29 avril, l’a déliée de son engagement à suspendre toute initiative de ce type jusqu’à la fin des pourparlers.

– ‘Agir avec retenue’ –

Israël a pour sa part gelé les projets de construction de logements palestiniens dans les 60 % de la Cisjordanie occupée sous son contrôle total pour sanctionner les démarches des Palestiniens sur l’arène internationale.

Le général Yoav Mordehaï, chef de l’administration militaire israélienne, a confirmé dimanche devant une commission parlementaire ce gel, qui concerne une série de projets précédemment avalisés par le ministre de la Défense Moshé Yaalon.

« Ces projets portaient sur la construction d’environ 600 logements ainsi que sur la légalisation d’habitations érigées sans permis », a précisé un officier du ministère israélien de la Défense.

L’administration militaire a également gelé cinq projets non autorisés soutenus par des fonds étrangers. Ces programmes portaient sur un terrain de jeux financé par le gouvernement italien, la modernisation de puits avec un financement suédois, la distribution dans deux cas de tentes par l’ONU ainsi que d’abris par une ONG française.

« Nous suivons une nouvelle politique qui consiste à arrêter tout projet illégal financé par des dons étrangers et à porter immédiatement plainte auprès des consulats et ambassades des pays concernés », a ajouté ce responsable.

Le député Tzahi Hanegbi, un proche de M. Netanyahu, a affirmé que le président américain Barack Obama avait raison de vouloir une « pause » dans les discussions. « Il faut attendre de comprendre la signification de l’accord de réconciliation palestinien », a déclaré M. Hanegbi à la radio militaire.

« Israël doit agir avec retenue, intelligemment et ne pas faire le jeu des Palestiniens en les aidant à sortir du piège dans lequel ils sont tombés », a-t-il ajouté.

Il a ainsi rejeté l’idée d’une annexion des 60% de la Cisjordanie sous contrôle total israélien prônée par Naftali Bennett, ministre de l’Economie et chef du « Foyer juif » un parti pro-colon, ainsi que par le ministre des Communications Gilad Erdan, un autre proche de M. Netanyahu.

Selon le commentateur de la radio publique, le Premier ministre « joue désormais la carte du Congrès américain pour empêcher toute possibilité de dialogue des Etats-Unis et des Européens avec le futur gouvernement palestinien censé être composé de technocrates et reconnaître Israël ».