Des Commandos de la marine israélienne sont montés dans la nuit de dimanche à lundi à bord d’un navire qui se dirigeait vers la bande de Gaza et ont pris le contrôle du navire.

L’interception s’est déroulée sans incident et il n’y a pas ,eu de blessés (d’après l’armée israélienne).

La Marianne de Göteborg va maintenant être escorté vers le port d’Ashdod, après quoi les activistes se trouvant à son bord seront probablement expulsés, comme les responsables israéliens ont averti.

« En accord avec le droit international, la marine israélienne a demandé à plusieurs reprises au navire de changer de cap », précise le communiqué de l’armée.

« Après leur refus, la marine a intercepté le navire dans les eaux internationales pour l’empêcher de briser le blocus de la bande de Gaza. Les forces ont signalé que l’utilisation de la force était inutile, et que le processus se déroulait sans incident. Le navire est actuellement escorté vers le port d’Ashdod et devrait y arriver d’ici 12 à 24 heures », a-t-il poursuivi.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a félicité les commandos pour « leur action déterminée et efficace dans l’interpellation des passagers du navire qui a essayé d’atteindre la côte de Gaza, en violation de la loi ».

« Cette flottille n’est rien d’autre qu’une démonstration d’hypocrisie et de mensonges qui ne fait qu’aider le Hamas et qui ignore toutes les horreurs dans notre région. La prévention de leur entrée par la mer a été faite en conformité avec le droit international et a même reçu le soutien d’une commission du Secrétaire général de l’ONU », a déclaré Netanyahu dans un communiqué.

Plus tôt, les organisateurs de la flottille ont indiqué que trois autres bateaux accompagnant le Marianne étaient retournés vers leurs ports d’origine, sans expliquer pourquoi, et que le Marianne naviguait vers Gaza en solo.

Peu après 4h de matin, heure locale, les organisateurs ont dit qu’ils avaient perdu le contact avec le Marianne quand il était à environ 100 miles nautiques de la côte de Gaza. Au moins trois bateaux de la marine israélienne se trouvaient à proximité à cet instant, selon les organisateurs.

Il y avait 18 militants et journalistes à bord du Marianne, dont l’ancien président tunisien Moncef Marzouki et le député arabe israélien Basel Ghattas.

Les militants avaient promis de ne pas utiliser la violence contre les forces de Tsahal, mais de pratiquer une « résistance passive » lorsque le bateau serait arraisonné, selon un journaliste de Deuxième chaîne israélienne qui naviguait avec eux.

Dimanche, le bureau de Netanyahu avait préparé une lettre pour les militants à bord de la flottille, dénonçant l’hypocrisie de la mission humanitaire du groupe à Gaza :

« Bienvenue en Israël ! Il semble que vous vous soyez perdus. Peut-être vouliez-vous vous rendre dans un endroit proche d’ici, la Syrie, où le régime (du président Bachar al-) Assad massacre quotidiennement son peuple avec le soutien du régime meurtrier de l’Iran. »

« En revanche, ici, en Israël, nous avons affaire à une situation où des organisations terroristes comme le Hamas tentent de nuire à des civils innocents. Face à ces tentatives, nous protégeons les citoyens d’Israël, conformément au droit international. »

Le communiqué appelle l’attention sur le transfert par Israël de 1,6 millions de tonnes d’aide humanitaire vers l’enclave côtière, qui tente de se reconstruire après la guerre de l’été dernier. La lettre dit qu’Israël a facilité le transfert des approvisionnements, qui, est-il noté, équivaut à environ une tonne pour chaque habitant de Gaza.

Israël, poursuit la lettre, participe régulièrement à des projets humanitaires bénéficiant aux Palestiniens, mais ne tolérera pas l’importation d’armes pour des groupes terroristes. « Il y a un an, nous avons déjoué une tentative de contrebande par la mer de centaines d’armes destinées à être utilisées contre des civils innocents. »

« Il n’y a pas blocus sur la bande de Gaza, et vous êtes invités à transférer des fournitures humanitaires par l’intermédiaire d’Israël. Empêcher l’accès par la mer est fait en conformité avec le droit international, et nous avons même reçu le soutien d’une commission du secrétaire général de l’ONU.

« Si les droits de l’homme vous intéressaient vraiment, vous ne navigueriez pas en solidarité avec un groupe terroriste qui exécute sans procès les Gazaouis et utilise les enfants de Gaza comme boucliers humains », poursuit la lettre du Premier ministre.

Le communiqué conclut en déplorant que les militants aient choisi de ne pas se rendre en Israël ; ils auraient ainsi été « impressionnés » par la démocratie défendue par l’Etat juif qui offre l’égalité et les libertés religieuses à tous ses citoyens.

Des Israéliens issus de divers milieux politiques mettent en doute le bien-fondé de l’insistance d’Israël à empêcher les flottilles ostensiblement pacifiques d’atteindre Gaza. La détention ou une blessure potentielle de l’ancien président tunisien Moncef Marzouki, qui est à bord de la flottille, serait vécu comme un outrage public à Tunis et plus loin encore, a précisé la Deuxième chaîne.

L’ancien vice-Premier ministre Dan Meridor (Likud), par exemple, qui était un membre de l’entourage du Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de la crise du Mavi Marmara, a suggéré qu’il n’y avait pas de problème à laisser les navires passer s’ils ne transportent qui puisse être utilisé contre Israël.

« Quel est le but du blocus ? Voilà la question que j’ai posée à l’époque ; c’est la question que nous devons nous poser aujourd’hui », a-t-expliqué au Times of Israel. « Quel est le but qu’on est censé atteindre ? Si le but est de vous assurer qu’il n’y a pas d’armes ou d’explosifs à bord, nous pouvons facilement vérifier les bateaux et le voir. Quoi qu’il en soit, la plupart de la contrebande [d’armes] se fait via des tunnels. »

Si ce que disent les militants – que les vaisseaux ne contiennent que des biens humanitaires inoffensifs – est vrai, ils devraient être autorisés à entrer à Gaza, a-t-il poursuivi. « J’espère que nous avons appris les leçons de la flottille précédente. »

Uri Avnery, un ancien député et éminent militant d’extrême-gauche, a lui aussi soutenu que la flottille actuelle ne pose pas de danger pour Israël et que l’envoi des troupes pourrait donner inutilement l’image d’Israël comme un Etat agresseur.

« Quatre petits bateaux, chargés de matériel médical et de panneaux solaires pour générer de l’électricité, ne constituent pas la moindre menace pour la sécurité d’Israël », a-t-il ajouté dans un communiqué.

« L’arrivée des bateaux avec leur cargaison humanitaire à Gaza serait un geste de bonne volonté modeste de l’État d’Israël. Inversement, l’envoi de commandos armés pour reprendre les bateaux en mer serait une action de force qui ancrerait l’image d’Israël comme un Goliath agressif et violent – une image qui est la principale raison de l’augmentation du boycott contre Israël dans le monde. »

Les leçons à tirer de 2010

L’armée israélienne reste résolument secrète sur ses plans opérationnels et pourtant les principales leçons apprises peuvent se résumer en trois points. Les renseignements pourraient être d’une importance cruciale dans la préparation d’une éventuelle opération. Israël doit savoir qui est sur les bateaux et dans quelle mesure ils sont engagés dans la protestation non-violente. Les cinq navires qui ont mis les voiles vers gaza en mai 2010, dont le Mavi Marmara, sont entrés pacifiquement au port sans vies perdues. Le Marmara, cependant, avait à son bord un noyau de militants turcs qui avaient stocké des armes à bord et qui étaient très désireux de recourir à la violence.

En outre, il y a des leçons à tirer de l’abordage raté de 2010. La façon progressive et lente dont les commandos de marine israéliens ont été descendus sur le pont bouillonnant du Marmara fut une erreur fatale. Les premiers commandos sur la corde rapide devaient se rendre compte qu’ils étaient en danger de mort, malgré le briefing qui auraient dû les préparer à faire face à des militants pacifiste, selon un documentaire datant de 2011 de la Deuxième chaîne.

Si l’image qui se dessine aux yeux des renseignements montre qu’il existe une chance pour que la violence éclate et qu’Israël décide de recourir à la force pour empêcher la flottille d’atteindre Gaza, les commandos doivent monter à bord rapidement et à l’unisson, de sorte que la violence puisse être réprimée. L’assaut progressif des troupes a conduit les manifestants à croire qu’ils pourraient infliger des dommages mortels sur les commandos et à poursuivre leur mission.

Les troupes ont besoin d’une image claire de ce qu’ils pourraient rencontrer en termes de militants et d’armes. En supposant qu’il n’y a pas d’armes à feu à bord, les soldats doivent être équipés avec des armes non létales efficaces – des armes leur permettant de freiner les ardeurs des militants, tels que des balles avec des bouts en mousse utilisées par la police des frontières – et ils doivent être descendus à bord, dans la mesure du possible, en une seule fois.

Fondamentalement, le Marmara a enseigné à l’armée qu’elle devait fournir  sa version de la vérité face aux versions des vidéos de militants – sinon l’Histoire sera irrévocablement façonnée par d’autres. Les heures qui ont passé jusqu’à ce l’armée révèle les images de ses commandos violemment agressés furent le principal catalyseur de la mise en place du programme de formation des soldats à l’utilisation de la vidéo opérationnelle.