Il y a suffisamment d’événements avec Bordure protectrice que chaque article trouve un aspect différent de l’opération à traiter (à l’exception, triste, que les trois montrent la photo des cinq soldats tués depuis la nuit de jeudi).

Yedioth Ahronot utilise sa Une pour répondre à ceux qui demandent
« Quel est le but de tout ça ? » avec le gros-titre « Le but : un cessez-le-feu temporaire sans quitter Gaza ». Nahum Barnea écrit qu’Israël veut un cessez-le-feu qui permet aux forces armées de détruire les tunnels que le Hamas a construits. « Israël est prête à arrêter de tirer, mais veut que ses forces continuent à agir contre les tunnels et leurs entrées ».

Yedioth fournit également son instantané quotidien des nombres de la veille. Le journal affirme qu’au moins 300 terroristes ont été tués jusque là, il y a eu plus de 28 tunnels trouvés, et 80 missiles ont été tirés sur Israël mercredi.

Haaretz, dans son article principal, se concentre sur la réaction mondiale à l’opération Bordure protectrice. « Le conseil des droits de l’Homme de l’ONU forme une commission pour enquêter en Israël sur les crimes de guerres à Gaza ; Kerry quitte le Caire sans percée » peut-on lire en long titre.

L’article détaille le va-et-vient du Secrétaire d’Etat américain John Kerry avec Netanyahu et Abbas dans sa tentative de parvenir à un cessez-le-feu mais malgré les « déclarations optimistes » de Kerry, les conditions ne sont pas tout à fait réunies.

Le papier mentionne aussi la réaction de Netanyahu à la décision de l’ONU d’établir une commission pour enquêter sur Israël pour crimes de guerre. Il a appelé cette décision « un simulacre qui devrait être rejeté par les toutes personnes décentes ».

Israël Hayom a décidé de mettre en avant dans ses premières pages des histoires pour booster le moral de la population. « Israël, le beau », déclare la une en première page.

Les deux premières pages sont consacrées aux funérailles de Max Steinberg, le « soldat solitaire » de Los Angeles qui a été tué à Gaza.
« Toute la nation est une famille », affirme l’article alors qu’il fait l’éloge des 30 000 personnes qui ont participé aux funérailles de Steinberg. Steinberg était un « soldat seul » (terme désignant un soldat dont la famille vit hors d’Israël).

Funérailles de Max Steinberg au Mont Herzl à Jérusalem (Crédit : Miriam Alster/Flash 90)

Funérailles de Max Steinberg au Mont Herzl à Jérusalem (Crédit : Miriam Alster/Flash 90)

Boaz Bismuth a rédigé une opinion louant Israël à laquelle il a donné le titre patriotique : « Israël est fort et beau ». Bismuth écrit que ces dernières années, nous avions oublié à quel point Israël pouvait être fort. Au lieu de nous disputer et nous bagarrer, ce conflit nous a rappelé le pouvoir d’Israël. Bismuth loue Israël et souligne que les premiers morts israéliens montrent à quel point Israël est fort.

« Drer Khenin est mort au croisement d’Erez alors qu’il amenait de la nourriture aux soldats stationnés là-bas », écrit-il.

Il conclut en affirmant, « soudainement, nous découvrons, avec tout le respect que je dois aux producteurs d’émissions de télé-réalité, que cette réalité est le meilleur de nous ».

Blocus aérien d’Israël

Alors que la Federal Aviation Administration (FAA) [l’agence fédérale d’avion américaine] a levé l’interdiction des vols à destination d’Israël, les journaux racontent le cauchemar de certains voyageurs à cause de l’interdiction.

Sur la première page d’Israel Hayom, en dessous d’ « Israël, le beau », il y a un autre titre sur une autre histoire. « Israël, le pas si beau : pourquoi les billets d’avions coûtent-ils aussi chers ? ». Le journal s’attaque à El Al, le transporteur national israélien, qui a augmenté le prix de ses vols pour les passagers bloqués.

Dans un article titré : « Retour à l’époque du Monopoly », le journal écrit : « Combat ? Crise nationale ? Des milliers d’Israéliens bloqués à l’étranger ? Cela n’intéresse pas El Al Airlines. Au lieu de cela, il garde ses prix élevés même pour ceux qui sont coincés [à l’étranger] à cause de l’annulation des vols ». Le papier cite le président d’El Al, David Maimon, qui maintient que le prix des billets est bloqué à l’avance en prévision de la haute-saison touristique (actuelle).

Yedioth raconte les histoires de différents voyageurs israéliens qui se sont retrouvés coincés dans divers endroits du monde. Il parle, entre autres, de Daniel Lewin qui était sur un vol Delta en provenance de New York. L’interdiction de vol a pris effet pendant le trajet et l’avion a atterri à Paris au lieu d’Israël. Lewin a expliqué au journal qu’il a dû payer 750 dollars pour pouvoir prendre un vol sur la compagnie El Al et venir en Israël.

Haaretz présente aussi un article sur l’interdiction de vol. Il écrit qu’Israël rejoint la liste des pays tristement célèbres qui ont fait l’objet d’une interdiction de vol de la FAA.

Cette liste inclut la Syrie, l’Irak, l’Iran et la petite dernière : l’est de l’Ukraine. (Haaretz a quand même décidé de rajouter une pointe d’humour au fiasco en publiant dans son édito une caricature montrant deux Israéliens bloqués dans un aéroport qui se « high five » parce que le duty-free est encore ouvert)

L’inquiétude quant à l’avenir

Yedioth expose un article sur des frères jumeaux, lieutenants de l’infanterie, qui opèrent dans différentes parties de Gaza. Nimrod est un lieutenant chez les parachutistes et son frère jumeau, Ophir, est lieutenant dans la brigade Golani.

Nimrod a été blessé le premier jour de l’opération. Sa famille n’a aucune nouvelle d’Ophir qui est toujours à Gaza. Le papier fait vibrer les cordes sensibles en écrivant : « Leur mère reste assise à l’hôpital [auprès de Nimrod] en espérant recevoir une bonne nouvelle ».

Alors que Yedioth décrit les inquiétudes d’une mère, les opinions dans Haaretz s’inquiètent de l’état de la relation entre les Juifs et les Arabes d’Israël. Le papier raconte à quel point le lien a été endommagé en 2000 lorsque 13 Israéliens arabes ont été tués.

Ces morts n’ont pas seulement endommagé la relation entre Juifs et Arabes, mais elles ont aussi « miné la confiance des Israéliens arabes dans les institutions étatiques ». Le journal salue les investissements d’Israël dans le secteur arabe qui ont été faits depuis.

Mais il critique aussi le gouvernement actuel qui incite et propose continuellement des « lois nationalistes ». « Quand le conflit sera fini, les Juifs et les Arabes devront vivre ensemble à nouveau », écrit Haaretz.

« Nous ne pouvons pas laisser les forces obscures renforcer la droite et déchirer ce partenariat important, qui est la base de la vie de l’Etat d’Israël ».