Parallèlement à l’opération militaire en cours pour localiser les trois jeunes enlevés et affaiblir le Hamas, Israël mène également une campagne diplomatique internationale à objectif double : délégitimer le gouvernement palestinien d’union nationale et justifier les actions de l’armée israélienne en Cisjordanie.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu saisit chaque occasion pour appeler les dirigeants mondiaux à condamner l’enlèvement, dont Israël accuse le Hamas, et dans le même souffle, faire pression sur le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pour qu’il annule son contrat avec le groupe extrémiste islamique basé à Gaza.

La communauté internationale, a déclaré Netanyahu mardi, « doit condamner le Hamas pour ses activités terroristes et selon moi doit soutenir le droit d’Israël à la légitime défense. Je crois aussi qu’il faut exhorter le président Abbas à mettre fin à son pacte avec le Hamas. »

Les partisans de paix « doivent dire à l’Autorité palestinienne qu’elle ne peut former de gouvernement soutenu par des ravisseurs d’enfants et des assassins d’innocents ».

Le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman s’est attelé ces derniers jours à appeler ses homologues d’Allemagne, de France, de Grande-Bretagne, et de nombreux autres pays, pour les remercier de leur condamnation de l’enlèvement jeudi de Gil-ad Shaar, Naftali Frankel et Eyal Yifrach. Il a également affirmé à ses homologues qu’Israël fera tout en son pouvoir pour obtenir la libération des adolescents, et « punir sévèrement » les responsables de l’enlèvement.

Liberman a chargé la délégation israélienne à l’ONU à New York de s’assurer que la question de l’enlèvement soit examinée lors de la prochaine réunion du Conseil de sécurité le 24 juin.

Jusqu’à présent, presque tous les gouvernements occidentaux ont officiellement dénoncé l’enlèvement. Néanmoins, depuis jeudi matin, des appels à la retenue se sont fait entendre, sans aucune critique des opérations de Tsahal en Cisjordanie – y compris l’arrestation de quelque 300 hommes du Hamas et d’autres mesures prises par l’Etat juif pour faire pression sur l’organisation.

Pourtant, Netanyahu a parlé mercredi d’une « opération d’envergure » qui « inclurait de nombreuses actions » contre le Hamas. Des sources militaires israéliennes ont ajouté que même le début du mois du Ramadan, le 28 juin, ne dissuadera pas Israël de terminer sa mission.

Le soutien de la communauté internationale va-t-il s’essouffler ?

Il est déjà manifeste que la communauté internationale n’adhère pas nécessairement à l’argument d’Israël selon lequel le Hamas est responsable de l’enlèvement.

Dans leurs condamnations écrites soigneusement élaborées, les dirigeants mondiaux évitent de mentionner leur hypothèse sur l’auteur probable de ce crime. Si l’implication du Hamas paraît incontestable, il est peu probable qu’ils fassent pression sur Abbas pour démanteler le gouvernement d’union, qu’ils considèrent comme un corps technocratique.

Tandis que les politiciens et les diplomates s’abstiennent de spéculer sur les ravisseurs, la société civile et les médias européens émettent un doute sur la responsabilité du Hamas.

Sur le site Spiegel Online, le plus grand support de nouvelles allemand, la correspondante basée à Tel Aviv Julia Amalia Heyer estime la probabilité de la participation du Hamas « relativement faible ».

Dans son article, publié en évidence sur la page d’accueil du site, elle accuse Netanyahu de faire une « propagande bon marché » en accusant Abbas de l’enlèvement. Elle cite l’argument de l’organisation des droits de l’Homme B’Tselem, selon lequel les actions israéliennes en Cisjordanie s’apparentent à une punition collective.

La réaction de la communauté internationale à l’opération de longue haleine en Cisjordanie dépendra de l’habileté de l’action israélienne, selon Jonathan Rynhold, politologue et chercheur principal au Centre Begin-Sadate pour les études stratégiques de l’université Bar-Ilan.

« Israël a obtenu toute légitimité dans son action contre le Hamas. Mais cette légitimité durera jusqu’au moment où la réponse israélienne dépassera une certaine ligne », affirme-t-il. « Personne n’essayera d’empêcher Israël d’agir contre le Hamas, parce que l’Etat juif est parvenu à convaincre la communauté internationale que l’organisation est responsable l’enlèvement. »

Mais si le gouvernement prenait des mesures drastiques, telles que l’expulsion des membres du Hamas de Cisjordanie à Gaza, comme Itzhak Rabin l’a fait au début des années 1990, Jérusalem perdrait une partie de son capital politique international, prédit Rynhold.

Ironie du sort, peut-être, Israël a plus de marge de manœuvre dans les territoires palestiniens, car les États-Unis, et dans une certaine mesure les pays européens, sont préoccupés de l’aggravation de la situation sécuritaire en Syrie et en Irak, affirme-t-il.

Evidemment, ils trouveront toujours le temps de condamner les actions israéliennes si celles-ci devaient franchir une certaine ligne, poursuit Rynhold, mais c’est à peu près tout ce qu’ils peuvent faire.

« Il existe différents niveaux de condamnation et de pressions. L’UE peut exprimer verbalement beaucoup de choses, mais les appuyer par une volonté politique est une autre affaire. Cela donne Israël une plus grande marge de manœuvre que celle qu’il aurait autrement », ajoute Rynhold.

Tant que l’armée israélienne poursuit son opération dans son envergure actuelle, personne dans la communauté internationale ne sévira trop.« Cela dépend des lois et des normes internationales et dans quelle mesure Israël les étire. »

Après tout, les démocraties occidentales comprennent l’humeur de l’Etat juif ; personne ne veut voir des adolescents enlevés par des terroristes, a-t-il affirmé.

D’autres observateurs, toutefois, mettent en garde contre le lancement d’une trop vaste opération – moins en raison d’une possible réaction internationale que pour la propre cause d’Israël.

L’histoire a montré que le déploiement d’une campagne militaire de grande envergure, avec des objectifs stratégiques à long terme, comme réaction à un seul incident terroriste, peut être dangereux, selon Alon Liel, ancien diplomate israélien de haut rang.

« En élargissant une opération militaire après une réaction instinctive à un acte terroriste spécifique, vous créez une politique pas vraiment planifiée à l’avance », explique-t-il.

« Les première et deuxième guerres du Liban se sont déclenchées par des réactions israéliennes à des attentats isolés, qui se sont transformées en grandes campagnes. L’opération en cours, officiellement nommée Shouvou Ahim [Retour des frères], a de même commencé comme une réaction spontanée à l’enlèvement. Sans la disparition des adolescents, Israël n’agirait pas de la sorte en Cisjordanie », pointe-t-il.

« Cette décision stratégique doit être examinée avec soin, non seulement par l’armée, les services de renseignement et la police, mais par l’ensemble du gouvernement, qui doit examiner une telle campagne, avec toutes ses implications juridiques et régionales », déclare Liel. Ce sont également les recommandations de la commission Winograd, qui s’est penchée sur les échecs de la seconde guerre du Liban, rappelle-t-il.

Israël n’a pas beaucoup de marge de manœuvre dans un soutien international pour une campagne de longue haleine, d’autant plus qu’il est tenu responsable de l’échec des pourparlers de paix, ajoute Liel.

« Mais vous ne pouvez pas demander à Israël d’arrêter de rechercher les garçons, même pendant le Ramadan. Quel que soit le coût sur l’arène internationale, nous devons poursuivre, jusqu’à les trouver. »