Israël a envoyé des troupes dans la ville de Gaza pour faire sauter les tunnels terroristes, avec le « coût » que cela constitue.

Ce qui chiffonne un scientifique, c’est la question de savoir pourquoi l’armée israélienne n’a pas utilisé la technologie pour trouver les tunnels de la même façon qu’elle a exploité les capacités de haute technologie pour le plus grand succès de ce conflit – le Dôme de fer.

Paul Bauman, un Canadien qui est l’un des plus grands experts au monde sur la découverte de tunnels souterrains, insiste sur le fait que la technologie existe et qu’elle a été utilisée aux États-Unis, au Canada, en Corée, et dans d’autres endroits.

« En fait, nous avons travaillé avec l’armée israélienne il y a quelques années, en leur montrant comment marche la technologie que nous avons développé », a dit Bauman au Times of Israel dans une interview. « Ils étaient intéressés, mais ils n’ont pas donné suite. Pourquoi ? Je ne sais pas ».

L’armée israélienne a déclaré qu’elle ne donnerait aucun commentaire sur la question.

Si l’armée avait travaillé avec Bauman, en utilisant les méthodes sophistiquées qu’il a développées avec succès et utilisées au cours de la dernière décennie, les choses auraient pu être différentes.

Bien qu’il n’existe pas de solution technique à toute épreuve, pour découvrir des tunnels, une combinaison de plusieurs techniques – radar, tomographie, et mesure sismique – pourrait donner à Israël un avantage technologique sur le Hamas, permettre la création d’une carte de ce qui se passe sous la surface, et de trouver les tunnels avec plus de facilité, ainsi que les terroristes qui les creusent.

Bauman connait tout sur l’exploration souterraine. Avec l’archéologue de l’université de Hartford Richard Freund, il est devenu célèbre en découvrant la cité perdue de l’Atlantide – ou du moins ce que pourrait être l’Atlantide, située sous un marais sous-marin à l’extérieur du détroit de Gibraltar au large des côtes espagnoles.

Utilisant la tomographie [une technique d’imagerie utilisée dans l’imagerie par résonance magnétique médicale] et plus exactement l’ERT (Electrical Resistivity Tomography), Bauman et Freund ont trouvé des artefacts, y compris les statues de bronze, qui ont été datées au carbone 14 comme datant d’environ 4 000 ans, correspondant au compte de la vie et de la mort de l’Atlantide, si l’on suit le philosophe grec Platon. Selon Freund, il est probable qu’un tsunami ait détruit la ville, et qu’elle ait été enterrée sous l’eau. La saga a été immortalisée dans un documentaire de 2011 intitulé « A la recherche de l’Atlantide » et qui a été diffusé sur la chaîne National Geographic.

Bauman, directeur technique du groupe de géophysique à Calgary, et qui est consultant pour la firme australienne Worley Parsons, a également travaillé avec Freund sur de nombreux projets d’exploration souterraine en Israël, y compris la découverte d’une grotte à Qumrân, en utilisant la technique de l’ERT pour cartographier le plancher des grottes (dans lesquelles quelques-uns des manuscrits les plus importants de la mer Morte ont été trouvés), permettant aux archéologues de découvrir de nouveaux objets et de développer une meilleure connaissance de la révolte juive à l’époque du Second Temple.

Dans un de ses voyages d’exploration en Israël, Bauman a pu montrer à l’armée israélienne, certaines des techniques qu’elle pourrait utiliser pour découvrir des tunnels souterrains.

Parallèlement, en 2009, une équipe du Technion avait mis au point, elle aussi, une technique basée sur la fibre optique. Il n’est pas clair de savoir si l’armée a estimé qu’elle souhaitait vraiment donner suite à ces systèmes de détection… et dans un e-mail cette semaine, le Dr Raphael Linker du Technion a fait savoir que leur propre système était encore en développement.

Une chose qu’Israël a considéré dans le passé pour empêcher la propension des terroristes de Gaza à construire des tunnels est un fossé. Le plan de construction du fossé, proposé pour la première en 2004, avant qu’Israël se retire de Gaza, aurait pu permettre à l’eau de mer de circuler et empêché ainsi le creusement de tunnels – le rendant nettement plus difficile.

À l’époque, la principale préoccupation d’Israël était d’empêcher les habitants de Gaza de faire de la contrebande de matériaux de fabrication de roquettes dans le Sinaï. Le problème des tunnels souterrains terroristes en Israël n’était pas encore dans l’agenda de l’armée israélienne.

Un fossé, estime Bauman, est le type-même de la fausse bonne idée. Parce que ce serait polluer l’aquifère côtier sur lequel Israël et la bande de Gaza dépendent pour l’eau. L’idée d’une technique ressemblant à un radar souterrain serait beaucoup plus intéressante, explique-t-il, pour trouver les tunnels.

« Israël s’est montré très intéressé par cela, et les entreprises israéliennes travaillent sur ces systèmes de radar souterrains » déclare-t-il. « Dans un système de radar souterrain, explique Bauman, vous devez percevoir les ondes au-dessous du sol, et quand vous obtenez en retour un signal qui est une anomalie – qui indique qu’il y a quelque chose de différent par rapport aux autres endroits – vous savez que vous tenez quelque chose d’intéressant dans l’enquête ».

Mais il y a des limites au système. Même si l’on peut voir jusqu’à 100 mètres de profondeur. Tout dépend de la fréquence de l’onde radar… Et le béton et le métal ne réagissent pas comme le sol…

Le radar est juste une technique que Bauman utilise dans son exploration des tunnels souterrains, un travail qu’il fait tous les jours dans l’ouest du Canada, où il cherche d’anciennes mines et des étangs artificiels, afin de s’assurer que les nouveaux bâtiments ne sont pas construits au mauvais endroit. Outre le radar, Bauman utilise la tomographie avec l’ERT.

« Vous placez les électrodes dans ou sur le sol, et envoyez du courant faible. Vous pouvez ensuite mesurer la tension qui revient, la mesure de la résistance de la terre. Encore une fois, une anomalie indique qu’une enquête plus approfondie est nécessaire » dit Bauman.

Pour Israël, l’ERT serait probablement une technique intéressante. « Israël a déjà une clôture autour de la bande de Gaza, de sorte que les électrodes pourraient juste être ajoutées à la base existante de la clôture. Vous pourriez mettre en place un système automatisé qui enverrait des sondes toutes les quelques secondes, et le déclenchement d’une alarme dès qu’une anomalie a lieu, indiquant un tunnel ou un mouvement en sous-sol ».

Pourtant, une troisième technique que Bauman a utilisé avec succès dans le passé est une technique de détection sismique appelé AMOS – Analyse Multicanale des Ondes de Surface – qui mesure la vitesse des ondes. « Vous utilisez une source acoustique, comme un marteau, frappez le sol et créez des ondes sonores. Quand il y a une anomalie dans les ondes par rapport à une zone, c’est qu’elle est différente des autres et que l’anomalie doit être étudiée ».

Israël est loin d’être seul dans le traitement des tunnels. Les techniques décrites par Paul Bauman ont été utilisées avec plus ou moins de succès pour découvrir les tunnels creusés par les contrebandiers et les trafiquants de drogue sous la frontière américano-mexicaine, et sur ​​la frontière entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. « Vous devez garder à l’esprit que les tunnels, de la contrebande au terrorisme, ne sont pas seulement un problème israélien », estime le scientifique canadien.

« D’autres pays ont des problèmes similaires, et sont à la recherche de solutions de technologie de détection de tunnels ».

Le secret de la réussite dans la détection de tunnels serait de ne pas compter sur une seule technologie, mais sur une combinaison. Paul Bauman conclut : « Malheureusement, il n’y a pas de solution miracle, mais en gardant un oeil attentif sur ce qui se passe dans le sous-sol, je crois qu’on pourra résoudre bien des problèmes, mais le chemin est encore long ».