Israël ouvre une route avec un mur séparant le trafic israélien et palestinien
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Israël ouvre une route avec un mur séparant le trafic israélien et palestinien

Pour Israël, la nouvelle route facilitera la circulation et les liens entre Jérusalem et les implantations ; pour les Palestiniens, elle "incarne la discrimination la plus totale"

La Route 4370, avec un mur séparant le trafic israélien et palestinien, le 10 janvier 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)
La Route 4370, avec un mur séparant le trafic israélien et palestinien, le 10 janvier 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Israël a ouvert une route en Cisjordanie jeudi matin avec une barrière physique séparant la circulation israélienne et palestinienne, la première du genre, qui suscite des accusations de racisme de la part des autorités palestiniennes.

Le ministère israélien des Transports a déclaré que la route, y compris ses dispositions en matière de sécurité, offrait « une solution pour toutes les populations, israéliennes et palestiniennes ».

La route 4370, nouvellement inaugurée, d’une longueur de cinq kilomètres, est divisée sur toute sa longueur par un mur de béton surmonté d’une clôture. Deux voies de la route relient l’implantation de Geva Binyamin, également connue sous le nom d’Adam, au nord de Jérusalem, au quartier French Hill de la ville – et sont ouvertes aux véhicules israéliens et aux Palestiniens qui ont un permis d’entrée pour Jérusalem. Les deux autres voies bifurquent et contournent l’est et le sud de la ville, sans accès à Jérusalem elle-même, et sont réservées aux véhicules des Palestiniens qui n’ont pas de permis d’accès à Jérusalem, selon un communiqué du Conseil régional de Binyamin.

Il y a d’autres routes séparées en Cisjordanie, mais aucune avec un mur séparant les deux communautés.

L’ouverture de la route a été rapidement condamnée par les ONG, l’Autorité palestinienne et l’OLP.

« C’est un exemple de l’apartheid israélien et de la séparation raciste qui a existé en Afrique du Sud. Tout Israélien qui croit en la démocratie devrait avoir honte de cette nouvelle route », a déclaré Ahmad Majdalani, membre du Comité exécutif de l’OLP au Times of Israel.

La police des frontières israélienne monte la garde à un nouveau poste de contrôle ouvert sur la route 4370, qui sépare la circulation israélienne et palestinienne par un mur de huit mètres de haut. Le 10 janvier 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Les autorités israéliennes ont indiqué que la route 4370 est destinée à désengorger le poste de contrôle de Hizme, à l’entrée nord de Jérusalem, et à renforcer la liaison entre les implantations du conseil régional de Mateh Binyamin et la capitale.

« Outre les problèmes de congestion routière que nous résolvons aujourd’hui, nous renforçons également Binyamin et inaugurons le lien naturel et souhaité entre la région de Binyamin et Jérusalem », a déclaré le maire de Jérusalem, Moshe Lion, mercredi lors de la cérémonie d’inauguration.

Le président du Conseil régional de Binyamin, Yisrael Gantz, a déclaré que la route n’était « rien de moins qu’une bouffée d’oxygène pour les habitants de Binyamin et des environs, qui travaillent, étudient et se distraient dans la capitale ».

La société d’infrastructure Moriah de la municipalité de Jérusalem a réalisé les travaux sur la route, même si elle n’est pas située dans les limites de la municipalité et ne devrait pas desservir principalement les habitants de la capitale. La glissière entre les voies mesure huit mètres de haut, a rapporté Haaretz.

Les deux voies sans accès à Jérusalem ont été ouvertes il y a deux semaines. Les deux autres voies, inaugurées mercredi, ne sont actuellement ouvertes que de 5 heures à midi, mais seront ouvertes en permanence ultérieurement.

La route avait été initialement construite il y a des années, mais son ouverture a été retardée en raison de désaccords entre Tsahal et la police sur le choix des agents de contrôle, selon un rapport de Haaretz. Les autorités ont finalement décidé que la police des frontières serait responsable des postes de contrôle.

Les autorités israéliennes ont salué l’ouverture de la route comme une aubaine pour les Israéliens et les Palestiniens.

La route est « un exemple [témoignant] de la capacité de créer les conditions d’une cohabitation entre Israéliens et Palestiniens, tout en relevant les défis sécuritaires existants », a déclaré le ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan.

Des responsables de l’Autorité palestinienne et des ONG de défense des droits ont déclaré que cette route soulignait la discrimination à l’égard des Palestiniens.

« Quiconque a des yeux ouverts comprend qu’il est impossible de maintenir un tel régime de séparation pendant des années – c’est immoral et peu pratique », a déclaré Aviv Tatarsky de l’ONG Ir Amin, défenseur des droits.

« Toutes les routes dans l’Etat de Palestine [sic] devraient être accessibles aux Palestiniens », a déclaré Mohammad Hamdan, porte-parole du ministère des Transports de l’AP, au Times of Israel. « Cette nouvelle voie est absolument inacceptable et incarne une discrimination flagrante contre le peuple palestinien. »

Jacob Magid et Adam Rasgon ont contribué à cet article.

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