Malgré des pertes élevées dans les rangs de l’armée et les rumeurs de cessez-le-feu, les Israéliens font front pour le moment avec leurs soldats car ils ne veulent pas d’une guerre « pour rien ».

« On sert les dents et on se bat », proclamait en une mardi le quotidien gratuit pro-gouvernemental Israel Hayom, affichant sous le titre les portraits de cinq jeunes soldats tombés la veille au combat.

Avec 53 militaires tués depuis le début de l’incursion terrestre à Gaza le 17 juillet, Tsahal essuie ses plus lourdes pertes depuis le conflit entre Israël et le Hezbollah libanais pendant l’été 2006.

Les proches et camarades, mais aussi des milliers d’anonymes, assistent chaque jour à travers tout le pays aux funérailles des soldats, certaines retransmises en direct à la télévision.

Les Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas, ont publié mardi une vidéo montrant leur attaque via un tunnel lundi contre une tour de guet de l’armée dans le sud d’Israël, qui a fait cinq morts israéliens.

Mais en Israël, l’atmosphère de deuil s’accompagne d’une énergique mobilisation patriotique pour soutenir les soldats et réservistes appelés au front.

Les initiatives pour cajoler les « enfants du pays », les troupes, se multiplient, comme la livraison de nourriture et de vêtements de rechange pour le front ou des concerts organisés par des stars de variété locales au chevet des blessés.

« Nous devons être prêts à une longue campagne jusqu’à ce que notre mission soit remplie », a assuré le Premier ministre Benjamin Netanyahu. « On ne terminera pas cette opération sans avoir neutralisé les tunnels » qui servent aux brigadistes du Hamas pour lancer des opérations derrière les lignes israéliennes, ne cesser de répéter « Bibi » Netanyahu.

Toutefois, l’objectif affiché d’obtenir une « démilitarisation de Gaza » et de détruire l’arsenal de roquettes et les tunnels d’attaque du Hamas est encore loin d’être atteint.

Changer de stratégie ?

Car au quotidien, les infiltrations palestiniennes en Israël se poursuivent, une menace de tout instant pour les soldats postés à la frontière avec Gaza.

Mais confrontée à cette nouvelle capacité opérationnelle du Hamas et aux combats portés en territoire israélien, qui coûtent la vie à de nombreux soldats, l’opinion publique semble acquise à la nécessité de poursuivre les opérations militaire.

Une écrasante majorité (86,5 %) des Israéliens se déclarent ainsi opposés à une trêve, selon un sondage publié mardi par le journal Maariv, et les opposants à la guerre sont quasi inaudibles.

« Je pense que dans les jours à venir, si nous ne voyons aucune solution politique, l’armée devra changer de stratégie et s’avancer davantage à l’intérieur de la bande de Gaza pour augmenter la pression sur le Hamas », estime un ancien chef du renseignement militaire, le général Israël Ziv.

Mais s’avancer jusqu’où ? et à quel prix ?, s’interroge l’éditorialiste du quotidien Yediot Aharonot, Nahum Barnéa, s’inquiétant qu’Israël, après s’être avoir été entraîné dans une guerre dont il ne voulait pas, se laisse désormais « attiré chaque jour un peu plus loin dans les combats à Gaza ».

L’armée israélienne affirmé avoir tué plus de 300 combattants du Hamas et frappé quelque 3 900 « sites terroristes » depuis le début du conflit. Mais aucun chef important des Brigades al-Qassam, qui revendiquent 20 000 combattants, ne semble avoir été éliminé.

La hantise des commentateurs israéliens est la perspective d’une confrontation sanglante « pour rien ».

Pour Ben Caspit, éditorialiste du Maariv, le coup porté au Hamas n’est pas suffisant et les atermoiements du gouvernement Netanyahu face à la communauté internationale qui pousse à un cessez-le-feu durable, sont en train de « virer à la farce ».