Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclenché de nouvelles rumeurs d’élections anticipées samedi, en revenant sur un accord conclu avec son ministre des Finances pour la mise en place de la nouvelle corporation de radiodiffusion publique.

Si le ministre des Finances, Moshe Kahlon, refuse d’abandonner le nouveau radiodiffuseur, Netanyahu aurait dit samedi chez lui à des ministres du Likud que « nous organiserons des élections ». Pendant ces élections, aurait-il ajouté, le parti Koulanou de Kahlon sera effacé de la carte politique, et il fera ensuite adopter une législation pour annuler la nouvelle corporation.

Furieux, Kahlon aurait contacté le chef de l’opposition, Isaac Herzog, et discuté avec lui de la possibilité de demander une motion de censure du gouvernement. « Si Netanyahu veut des élections, nous aurons des élections », aurait déclaré Kahlon, le président de Koulanou, à ses collègues.

« Netanyahu n’a aucune honte et se comporte de manière irresponsable », a déclaré un responsable de Koulanou à la radio militaire samedi soir. « Il a décidé que cela lui convenait d’organiser de nouvelles élections, le radiodiffuseur n’est qu’une excuse. »

Les analystes politiques de la Deuxième chaîne ont suggéré que les accusations de corruption dont Netanyahu fait l’objet pourraient être un des facteurs de ses tactiques, et qu’il pourrait estimer utile d’avoir la possibilité de recourir rapidement à des élections alors que les enquêtes policières sur sa conduite atteignent un point critique. Son parti, le Likud, se porte également plutôt bien dans les enquêtes d’opinion. Le parti de centre droit de Kahlon, Koulanou, perd au contraire du terrain.

L'Autorité de radiodiffusion d'Israël, à Jérusalem, le 6 mars 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’Autorité de radiodiffusion d’Israël, à Jérusalem, le 6 mars 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Netanyahu a expliqué sur Facebook qu’il a « changé d’avis » sur la mise en place du nouveau radiodiffuseur après avoir rencontré vendredi des représentants du radiodiffuseur actuel, l’Autorité de radiodiffusion d’Israël (IBA). « Pendant la rencontre, il est devenu évident que, contrairement aux chiffres du Trésor, maintenir l’IBA coûte des millions de shekels de moins que de mettre en place la nouvelle corporation. Alors pourquoi mettre en place la nouvelle corporation ? »

Il a également déclaré que « pendant cette réunion, j’ai entendu des histoires déchirantes sur des employés dévoués et expérimentés qui sont licenciés à cause du nouveau radiodiffuseur. »

Le changement d’avis du Premier ministre signifie qu’il revient sur un accord conclu lundi avec Kahlon pour lancer le nouveau radiodiffuseur au 30 avril.

Netanyahu, qui partait pour la Chine samedi soir, a consulté plusieurs de ses ministres du Likud, notamment Miri Regev, Yariv Levin et Tzahi Hanegbi, et le président de la coalition David Bitan, député du Likud, sur les conséquences politiques probables de ce changement de position.

Samedi soir, pendant l’émission « Rencontre avec la presse » de la Deuxième chaîne, Bitan a confirmé que le Premier ministre « a changé d’avis » sur son accord avec Kahlon, et reconnu la possibilité d’élections anticipées.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le député du Likud David Bitan, à la Knesset, le 18 novembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le député du Likud David Bitan, à la Knesset, le 18 novembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Si la situation actuelle continue, et que [d’autres partis de la coalition] continuent de nous imposer des politiques que nous ne voulons pas, alors nous pourrions nous diriger vers des élections », a déclaré Bitan.

Bitan a affirmé qu’il était inacceptable que d’autres politiciens de la coalition soient constamment « en demande de leurs propres agendas », et a certifié que le Likud gagnerait facilement de nouvelles élections, avec au moins 30 sièges à la Knesset, le nombre de mandats remportés aux dernières élections, en 2015.

« Plus d’un million d’électeurs du Likud nous ont fait confiance et attendent de nous que nous demandions que les accords de coalition soient respectés, a déclaré Bitan plus tard samedi. La balle est dans le camp du ministre des Finances. Nous attendons que nos partenaires de la coalition nous soutiennent sur les sujets qui sont importants pour le Likud, tout comme nous les soutenons sur les sujets qu’ils proposent. L’IBA a fini l’année fiscale de manière responsable et équilibrée, et il n’y a pas de raison d’autoriser 1 000 familles [des employés de l’IBA] à perdre leur salaire à la veille de Pessah. »

Dimanche, Netanyahu a lui aussi évoqué de possibles élections anticipées. « Il ne peut y avoir une situation dans laquelle le Likud respecte tous les accords de coalition, tandis que les petits partis ne respectent pas leurs engagements sur des points importants pour le Likud et pour moi. C’est inacceptable », a affirmé le Premier ministre. Ces propos tenus avant son départ pour la Chine ont été diffusés par la radio publique.

Herzog, qui dirige l’Union sioniste, a déclaré sur Twitter que son objectif était de déloger le gouvernement, mais, selon certains médias, il préfèrerait la mise en place d’une autre coalition plutôt que de nouvelles élections, dans lesquels son parti perdrait probablement des plumes.

Isaac Herzog, chef de l'opposition, à la Knesset, le 17 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Isaac Herzog, chef de l’opposition, à la Knesset, le 17 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« L’Union sioniste, que je dirige, coopérera avec un bloc sioniste modéré, social et responsable pour remplacer le Premier ministre, a affirmé Herzog. Nous faisons des efforts pour gagner un large soutien pour une motion de censure constructive contre le gouvernement. »

Un sondage publié vendredi soir par la Dixième chaîne a conclu que le Likud remporterait 26 sièges si les élections avaient lieu aujourd’hui, et que le parti centriste Yesh Atid en obtiendrait 25. L’Union sioniste, alliance du Parti travailliste et du parti Hatnua de Tzipi Livni, poursuit son déclin avec une projection à seulement dix sièges. Koulanou, le parti de Kahlon, obtiendrait six sièges. Il en détient actuellement dix.

Selon ce sondage, le Likud pourrait facilement rassembler une coalition en s’associant avec HaBayit HaYehudi, Yisrael Beytenu, Yahadout HaTorah, Shas et Koulanou, ce qui lui assurerait un total de 65 sièges sur les 120 que compte la Knesset. Actuellement, la coalition est composée de ces mêmes partis et possède la même majorité.

Yaakov Litzman, ministre de la Santé, a déclaré au site d’information Walla que son parti, Yahadout HaTorah, n’avait pas aucun intérêt sur la question du radiodiffuseur, « mais s’ils décident de lancer des élections pour cela, nous irons. A mon avis, c’est inutile, mais comme je l’ai dit, nous ferons face à toute conséquence. »

Yaakov Litzman, député du parti Yahadout HaTorah, à la Knesset, le 15 septembre 2014 (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Yaakov Litzman, député du parti Yahadout HaTorah, à la Knesset, le 15 septembre 2014 (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Netanyahu, qui détenait jusqu’à récemment le portefeuille des Communications, tente depuis longtemps d’annuler la nouvelle corporation de radiodiffusion, avant même qu’elle ne commence à diffuser ses programmes. Kahlon s’est pour sa part battu pour sa mise en place, comme cela a été légiféré, et pour une réduction de l’intervention gouvernementale.

Samedi matin, à Beer Sheva, Bitan a déclaré que le Likud « ne sera pas contraint […], ni par Koulanou, ni par HaBayit HaYehudi. Si les menaces et les déclarations continuent, il y a de bonnes chances que nous nous dirigions vers de nouvelles élections. »

Il a ajouté que les députés de « HaBayit HaYehudi disent que le gouvernement dépend d’eux. Si le Likud et le Premier ministre en ont assez, nous le démantèlerons et irons aux urnes. »

D’autre part, le parti Yahadout HaTorah de Litzman a menacé de ne pas voter avec la coalition cette semaine, à moins qu’une commission supervisant les autorisations des écoles ne soit mise en place d’ici lundi. Les accords de coalition entre Netanyahu et le parti ultra-orthodoxe de 2015 stipulent que cette commission devait être mise en place dans les 60 jours suivant la formation du gouvernement.

Avec les enquêtes policières dont Netanyahu fait l’objet dans plusieurs affaires entraînant des incertitudes sur son avenir politique, tous les partis semblent se préparer pour de nouvelles élections dans un futur proche.

L’AFP a contribué à cet article.