Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a signé mardi un accord pour rejoindre la nouvelle Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB), basée en Chine, malgré la position négative des États-Unis face à cette initiative.

Les analystes estiment que les tendances géopolitiques conduisent Israël à miser de plus en plus vers l’Asie, étant donnée l’hostilité croissante de la part de ses principaux partenaires commerciaux en Europe à son encontre.

La tension personnelle dans les liens entre le dirigeant israélien et le président Barack Obama peut être également un facteur de cette stratégie : Obama a déclaré les Etats-Unis allaient « réévaluer » ses relations avec l’Etat juif suite à des déclarations litigieuses de Netanyahu lors de sa campagne électorale.

La banque dirigée par les Chinois cherche à rivaliser avec des organisations similaires telles que le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement.

Plus de 49 pays ont adhéré à l’institution, en dépit des appels américains et japonais pour la boycotter – Washington voit le fonds comme un coup porté à l’hégémonie américaine dans la finance mondiale.

« L’adhésion d’Israël à la banque ouvrira des opportunités d’intégration de nos entreprises dans divers projets d’infrastructures, qui seront financés par la banque », a déclaré mardi le ministère israélien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Notre décision manifeste la « conscience de l’importance de rejoindre les principales organisations asiatiques sur le continent », poursuit le communiqué, qui annonce que, dans les prochains mois, le ministère des Finances devrait participer aux négociations relatives aux documents fondateurs de la banque.

La banque a été créée en octobre 2014 par le président chinois Xi Jinping, avec l’intention d’investir dans un premier temps 100 milliards de dollars dans des projets d’infrastructures à travers l’Asie ; la Chine envisage de fournir la moitié de la somme.

Un grand nombre de pays en Europe et au Moyen-Orient souhaitent rejoindre le fonds, dont la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Australie, Singapour, Taiwan, la Jordanie, le Koweït, Oman et le Qatar, entre autres.

La AIIB risque d’empiéter sur le rôle de la Banque mondiale. Le secrétaire général du Cabinet nippon Yoshihide Suga a affirmé qu’il reste « sceptique » sur son mode de gouvernance.

Les États-Unis sont également préoccupés par les normes de la nouvelle banque, a déclaré le secrétaire au Trésor américain Jacob Lew devant des journalistes, à Pékin, ajoutant que « la prudence est recommandée » compte tenu de la mauvaise réputation de la Chine dans le passé.

« Les décisions initiales sur le type de projets dans lesquels la banque investira seront évidemment un signal très important sur la façon dont la banque va travailler », a déclaré Lew.

« L’historique des prêts de la Chine dans des endroits comme l’Afrique et l’Amérique latine est, disons, en dents de scie, au mieux », a expliqué à l’AFP Christopher Balding de la HSBC Business School de l’université de Pékin .

« [Ils ont] investi dans des projets qui ont été en défaut de paiement ou sont très précaires » a affirmé Balding, en citant en particulier un contrat de plusieurs milliards de dollars dans le pétrole vénézuélien .