Se voir tous les mercredis sur les bancs de l’Assemblée nationale n’a pas arrangé les relations entre l’ex-Premier ministre Manuel Valls et Jean-Luc Mélenchon, chef de la France insoumise (LFI), dont l’inimitié a atteint cette semaine un nouveau sommet.

Le gong du dernier round en date a été sonné par Jean-Luc Mélenchon qui a claqué la porte de la commission « Nouvelle Calédonie » de l’Assemblée nationale, parce que présidée par « l’ignoble Valls », explique-t-il dans un tweet, un homme qui n’hésite pas à s’afficher auprès de personnalités de l’extreme-droite israélienne. Dans un autre, il explique son geste par le fait que l’ex-Premier ministre aurait « totalement intégré la facho-sphère et sa propagande ».

Depuis, sur Twitter, les noms d’oiseaux fusent : « Islamo-gauchistes » contre « gauche cassoulet »; « ignoble Valls » accusé de flirter avec l’extrême-droite contre une France insoumise qui aurait accepté le soutien de Soral et Dieudonné lors des dernières législatives dans l’Essonne.

Ce nouvel épisode de la bataille rangée entre « la bande de Valls » et celle de Mélenchon vient cristalliser encore un peu plus cette opposition qui existe au sein même de la gauche et qui s’est aggravée durant le quinquennat de François Hollande.

D’un côté celle qui dénonce farouchement, Manuel Valls en tête, les accommodements de certains élus avec l’islamisme et les compromissions sur la laïcité (un combat auquel adhèrent des personnalités telles que Caroline Fourest, Mohammed Sifaoui ou Laurent Bouvet); de l’autre celle qui met davantage en avant les valeurs de vivre-ensemble, et qui refuse de concentrer son combat sur la progression de l’influence islamiste en France.

Début septembre, un précédent accrochage avait eu lieu lorsque Manuel Valls apostrophait à l’Assemblée Alexis Corbière, député LFI. Il avait alors « dénoncé des « liens » selon lui entre LFI et « les Indigènes de la République et avec tous ceux qui aujourd’hui, dans les quartiers, représentent un vrai danger, parce que précisément, derrière cela, il y a l’islamisme radical et l’islam politique » rappelle Le Point.

Retour de manivelle il y a quelques jours : Alexis Corbière, prenant la défense de Jean-Luc Mélenchon, accuse à son tour Manuel Valls de flirter avec l’extrême droite.

La preuve, selon le député de Seine Saint-Denis : la récente visite de Manuel Valls en Israël et la photo sur laquelle il pose aux côtés de d’Ayelet Shaked, députée de Habayait Hayehudi et ministre de la Justice, prouve ses accointances avec l’extrême-droite, justifiant les accusations de Jean-Luc Mélenchon.

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Et même si l’attaque provient d’Alexis Corbière, un élu ayant ouvertement combattu la tenue d’un spectacle de Dieudonné dans sa ville, l’ayant récemment qualifié de « salopard d’antisémite« , l’accusation de connivence avec Israël attire toujours les sympathies d’une frange extrême de l’opinion, que la France insoumise a su attirer par son populisme assumé, et qui semble souvent guider les orientations du parti.

Dans ce contexte, le soutien de Dieudonné, candidat malheureux aux législatives dans l’Essonne face à Manuel Valls en juin dernier qui apporta son soutien à la candidate LFI, Farida Amrani, sans que celle-ci ne la rejette, apparaît significatif. Surtout dans un contexte de campagne agressive, sur fonds de prospectus antisémites ayant visé Manuel Valls.

In fine, ce combat est sans doute gagnant-gagnant pour les deux parties: la France insoumise a besoin de combats épiques pour contenter ses éléments d’extrême-gauche avides de combattre le fascisme. De l’autre, Manuel Valls, député un peu solitaire à l’Assemblée nationale, recherche des causes attirant les projecteurs sur sa personne.