Israël va rouvrir au fur et à mesure le complexe du mont du Temple aux fidèles musulmans dans la journée de dimanche, après avoir fermé le site pour la première fois depuis 1969, en raison d’un attentat commis par trois Arabes israéliens qui ont tué deux policiers israéliens vendredi matin.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a pris la décision de rouvrir le site après une conversation téléphonique samedi soir avec les directeurs de la police, du Shin Bet, et Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure.

La fermeture a été vivement critiquée par la plupart du monde arabe, ainsi que par le Waqf musulman jordanien, qui administre le complexe et la mosquée AL-Aqsa. Elle a entraîné une manifestation en Jordanie. Israël, qui a fermé le site vendredi et samedi, a déclaré chercher des armes et des informations liées à l’attentat.

Israël avait également restreint l’accès de la Vieille Ville aux non-résidents samedi, mis en place de nouveaux checkpoints à Jérusalem Est, et limité le trafic sur certaines routes proches de la Vieille Ville.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet, dans ses bureaux, à Jérusalem, le 9 juillet 2017. (Crédit : Ohad Zweigenberg/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet, dans ses bureaux, à Jérusalem, le 9 juillet 2017. (Crédit : Ohad Zweigenberg/Flash90)

« Il a été décidé de rouvrir le site au fur et à mesure demain [dimanche] aux fidèles, aux visiteurs et aux touristes », a annoncé samedi soir un communiqué du bureau de Netanyahu. Il a également été décidé d’installer des caméras, des capteurs et des détecteurs de métaux à toutes les portes menant sur le site, précisait le communiqué, promettant « d’autres mesures de sécurité supplémentaires. »

Israël avait déjà proposé d’installer des caméras sur le complexe, ce que la Jordanie avait refusé. Pour l’instant, des détecteurs de métaux ne sont présents qu’à l’entrée de la porte de Mughrabi du mont du Temple, qui est utilisée par les visiteurs non musulmans.

La Deuxième chaîne a annoncé samedi soir que trois fonctionnaires du Waqf étaient en détention. Ils sont soupçonnés d’avoir aidé ou encouragé les terroristes, qui ont tiré sur deux policiers près du complexe vendredi matin, les blessant mortellement. Les trois hommes auraient stocké leurs armes dans le complexe, plusieurs jours avant l’attentat de vendredi. L’un des trois fonctionnaires du Waqf, dont l’arrestation a été annoncée vendredi, aurait été filmé en train d’agir de manière suspecte par des caméras de sécurité.

Les forces israéliennes ont fouillé vendredi et samedi les bâtiments religieux et administratifs du mont du Temple.

Un responsable du Waqf a dit vendredi à l’agence de presse palestinienne Maan que les forces israéliennes avaient initialement arrêté 58 employés qui étaient sur le mont du Temple au moment de l’attentat. Selon Firas Dibs, les employés ont été interrogés pour savoir s’ils avaient pris des photographies ou des vidéos de l’attentat. Presque tous n’ont été que brièvement détenus, a-t-il précisé.

Samedi, des responsables du Waqf ont tenu une conférence de presse, pendant laquelle ils ont déploré qu’Israël ait pris le contrôle du lieu saint. Yoram Halevi, le chef de la police de Jérusalem, a cependant affirmé que les fouilles avaient été menées « avec des escortes du Waqf […]. Personne ne devrait nous accuser de choses que nous n’avons pas faites. ».

Israël a conquis la Vieille Ville, dont le mont du Temple, à ses occupants jordaniens en 1967. Israël garde le contrôle sécuritaire global sur le lieu le plus saint du judaïsme, l’emplacement des Temples bibliques, qui est aussi le troisième lieu saint de l’islam, le site de la mosquée Al-Aqsa. Israël permet au Waqf jordanien de maintenir sur le complexe une autorité religieuse et administrative, et interdit aux Juifs d’y prier.

Prière de fidèles musulmans dans une rue proche de la porte des Lions, près du mont du Temple, le 14 juillet 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Prière de fidèles musulmans dans une rue proche de la porte des Lions, près du mont du Temple, le 14 juillet 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Netanyahu compte également interdire les visites sur le lieu saint contesté aux députés arabes et juifs dans un futur proche, a annoncé la Deuxième chaîne samedi.

Ayman Odeh, qui préside le groupe parlementaire arabe, la Liste arabe unie, a prévenu pendant une interview télévisée que la fermeture du mont du Temple pouvait déclencher une troisième intifada.

Il a souligné son opposition « absolue » à l’usage des armes à feux, mais ajouté que « l’occupation est la racine de tous les maux ».

Juste après lui, pendant le même programme de la Deuxième chaîne, le ministre de la Défense Avigdor Liberman a déclaré que « l’incitation sauvage [à la violence] » était responsable des attentats comme celui de vendredi, et qu’Odeh faisait partie des responsables.

Le cheikh arabe israélien Raed Saleh, chef de la Branche nord du Mouvement islamique en Israël, un mouvement radical, avec ses partisans à Umm al-Fahm, après sa libération de prison, le 17 janvier 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Le cheikh arabe israélien Raed Saleh, chef de la Branche nord du Mouvement islamique en Israël, un mouvement radical, avec ses partisans à Umm al-Fahm, après sa libération de prison, le 17 janvier 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Liberman a également vivement critiqué Raed Saleh, chef du mouvement illégal de la Branche nord du Mouvement islamique qui est basé à Umm al-Fahm. Liberman a déclaré que Saleh, qui a purgé plusieurs peines de prison en Israël pour incitation à la violence et connexions terroristes, « n’est pas différent de l’Etat islamique et d’Al-Qaïda ».

Les trois terroristes de vendredi habitaient à Umm al-Fahm. Plusieurs de leurs proches ont été arrêtés pendant le week-end, soupçonnés d’être impliqués dans l’attentat. Les tentes de deuil mises en place par les familles des tueurs ont été démantelées vendredi soir sur ordre des autorités israéliennes.

Liberman a rejeté les plaintes sur la gestion des suites de l’attentat par Israël, notamment sur la fermeture du mont du Temple, en rappelant que ce n’était pas Israël qui avait « transformé un lieu saint en scène de terrorisme. »