Israël a décidé jeudi de nouvelles sanctions contre les Palestiniens, gelant le transfert des taxes qu’il perçoit pour leur compte, après une nouvelle réunion fleuve entre négociateurs des deux camps sous médiation américaine, qui n’a pas permis de surmonter la crise du processus de paix.

« Il a été décidé de geler le reversement des taxes collectées par Israël pour le compte de l’Autorité palestinienne », en représailles aux demandes d’adhésion de la Palestine à 15 traités et conventions internationaux, a annoncé à l’AFP un responsable israélien sous couvert de l’anonymat.

Ces taxes, dont le montant s’élève en moyenne à quelque 80 millions d’euros par mois, représentent plus des deux tiers des recettes budgétaires propres de l’Autorité palestinienne.

Les deux parties multiplient les gestes d’hostilité depuis qu’Israël a refusé de libérer comme prévu le 29 mars un quatrième et dernier contingent de prisonniers, réclamant désormais une prolongation des négociations de paix au-delà du 29 avril.

Israël a également suspendu sa participation à un projet de développement d’un champ gazier palestinien au large de la bande de Gaza et va plafonner les dépôts bancaires palestiniens dans ses établissements financiers, a ajouté ce responsable israélien.

Le négociateur palestinien Saeb Erakat a condamné « la piraterie israélienne et le vol des fonds du peuple palestinien », dans une déclaration à l’AFP.

Rencontre infructueuse

Auparavant, une nouvelle rencontre entre négociateurs israéliens et palestiniens, sous la houlette de l’émissaire américain Martin Indyk, s’était tenue dans un hôtel de Jérusalem pour tenter de surmonter la crise des pourparlers de paix.

Elle a réuni, côté israélien, la ministre de la Justice Tzipi Livni et l’avocat Yitzhak Molcho, représentant personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, et, côté palestinien, M. Erekat et le chef des services de renseignement Majed Faraj.

« Il y a encore des divergences importantes. La rencontre n’a débouché sur aucune percée », a déclaré Erekat, précisant qu’elle avait duré sept heures.

La délégation palestinienne a insisté sur la libération du quatrième et dernier contingent de prisonniers, selon une source palestinienne proche des discussions.

Adhésions validées par l’ONU

Côté américain, le département d’Etat s’est félicité de « négociations intenses » à trois. « Les écarts se réduisent, mais il est prématuré à l’heure qu’il est de spéculer sur un accord », a déclaré la porte-parole de la diplomatie américaine Jennifer Psaki.

Elle a précisé que M. Indyk allait rentrer à Washington dans les prochains jours pour des « consultations », mais qu' »il retournerait dans la région la semaine prochaine ».

Malgré ces résultats peu prometteurs, le ministre israélien de l’Economie Naftali Bennett, a prévenu jeudi que sa formation quitterait la coalition gouvernementale en cas d’accord prévoyant la libération de prisonniers appartenant à la minorité arabe d’Israël.

Israël exige de son côté « que les Palestiniens reviennent sur leurs actions à l’ONU », a indiqué un responsable sous le couvert de l’anonymat.

L’ONU a annoncé jeudi avoir jugé conformes aux procédures internationales les demandes palestiniennes d’adhésion à 13 traités ou conventions internationales dont les Nations unies sont dépositaires.

Les demandes d’adhésion prennent en principe effet 30 jours après leur dépôt.

Les Palestiniens ont par ailleurs demandé à la Suisse d’adhérer à la IVe Convention de Genève d’août 1949 sur la protection des civils en territoire occupé et aux Pays-Bas l’adhésion à la Convention de la Haye d’octobre 1907 sur les lois et coutumes de la guerre sur terre.

Selon des responsables palestiniens, la « Palestine » est officiellement devenue jeudi une « haute partie contractante » de la IVe Convention de Genève, qui interdit à la puissance occupante de transférer sa population en territoire occupé, un texte considéré par les organisations de défense des droits de l’Homme comme une interdiction de la colonisation israélienne.

Selon l’entente conclue en juillet 2013 sous l’égide du secrétaire d’Etat américain John Kerry, Israël s’était engagé à libérer en quatre phases 104 prisonniers incarcérés avant 1993.

En contrepartie, la direction palestinienne avait consenti à suspendre jusqu’à la fin des pourparlers toute démarche d’adhésion aux organisations internationales, y compris les instances judiciaires à compétence mondiale susceptibles de poursuivre Israël.

Les pourparlers de paix relancés le 29 juillet 2013 après trois ans de suspension ont apparemment piétiné sur l’ensemble des questions au cœur du conflit: les frontières, les colonies, la sécurité, le statut de Jérusalem et les réfugiés palestiniens.