Israël s’est dit prêt à accepter « l’accord-cadre » proposé par John Kerry Secrétaire d’Etat américain, en charge des négociations entre Israéliens et Palestiniens. Cet accord-cadre va servir de base aux négociations jusqu’à la fin de l’année 2014, a rapporté Channel 2 dans la soirée du samedi 1er février.

Selon la chaîne d’informations israélienne, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le ministre de la Défense Moshe Yaalon et le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman se sont tous accordés pour accepter les conditions américaines.

Certaines conditions ont été reprises en détails par Martin Indyk, l’émissaire du Secrétaire d’Etat américain, lors d’une conférence téléphonique avec les dirigeant Juifs américains, jeudi 31 janvier.

L’accord-cadre devra être finalisé dans les prochains jours, en marge d’une quatrième et dernière libération de prisonniers prévue en mars. Bien que les termes de cet accord ne soient pas définitifs, ils serviront de base pour poursuivre les pourparlers.

L’accord-cadre prévoit des discussions pour créer un futur Etat palestinien fondé sur les frontières d’avant 1967. Il prévoit également des échanges de terre qui permettront à 75-80% des résidents israéliens des implantations juives, d’être sous autorité israélienne.

En outre, il fait référence à l’Etat d’Israël comme étant l’Etat juif, il prévoit des indemnisations pour les réfugiés, mais n’envisage pas le « droit au retour » des Palestiniens. En ce qui concerne le statut de la ville éternelle, l’accord-cadre ne lui règle pas son sort.

Il semblerait que l’Autorité palestinienne désire rejeter cet accord, mais cette information n’a pas été encore confirmée.

Ce week-end, le négociateur en chef palestinien Saeb Erekat a de nouveau écarté la reconnaissance d’Israël comme Etat Juif par les Palestiniens. S’exprimant lors d’une conférence donnée à Munich, à laquelle Tzipi Livni participait aussi, a qualifié cette exigence d’inacceptable. « Quand vous dîtes ‘accepter Israël comme l’Etat juif’, vous êtes en train de me demander de changer l’Histoire », a-t-il revendiqué, tout en affirmant que ses ancêtres avaient vécu dans la région ; « 5 500 ans avant que Joshua Bin-Nun (Yehoshua, successeur de Moise) n’arrive et ne brûle ma ville de Jéricho. »

Plusieurs politiciens de la droite israélienne ont fustigé Kerry, pour ses propos prononcé depuis le même endroit. En effet, il a prévenu Israël des terribles conséquences si les pourparlers en cours venaient à échouer. Kerry est tout à fait certain que le statu quo actuel « ne pouvait pas durer… C’est illusoire. Il y a une prospérité provisoire, il y a une paix momentanée. » Mais ce serait la fin si les pourparlers échouaient, a-t-il répété, rappelant qu’Israël était déjà confronté à des menaces de boycott et de délégitimation.

Ces derniers jours, des banques et des fonds de pension de pays scandinaves et des Pays-Bas ont prévu d’arrêter de travailler avec des banques et des entreprises israéliennes en raison de leurs activités en Cisjordanie.

Kerry a prévenu qu’un échec affecterait Israël et sa capacité à être « un Etat démocratique pourvu de son caractère juif, élément central de son Histoire et de son avenir. »

Le Secrétaire d’Etat américain a aussi répondu aux critiques acerbes, dont il a été la cible durant le mois de janvier, de la part du ministre de la Défense, Moshe Yaalon, qui s’est excusé après avoir qualifié le comportement de Kerry « d’obsessionel et de messianique ». Kerry s’est dit « surpris » de ces accusations et plutôt qu’être fanatique et obsessionnel, lui et son équipe « travaillaient dur, pour éviter un échec qui s’avèrerait être inacceptable ».

En réponse aux avertissements concernant les menaces de boycott à l’encontre d’Israël, le ministre de l’Economie et du commerce israélien Naftali Bennett, a accusé Kerry d’inciter et de servir, tel un « porte-parole » des éléments antisémites qui cherchent à boycotter Israël.

Bennett s’est adressé à Kerry « et à l’ensemble de ses conseillers », via sa page Facebook, en publiant : « le peuple Juif est plus fort que ces menaces qui pèsent contre lui, » ajoutant que les Juifs « ne céderaient pas leur terre » en raison de la pression économique.

« Seule la sécurité apportera une stabilité économique, pas un Etat terroriste proche de l’aéroport de Ben Gurion. Nous attendons de nos amis du monde entier qu’ils restent à nos côtés pour affronter les menaces antisémites de boycott contre Israël et de ne pas être leur porte-parole. Dans tous les cas, nous avons su rester forts par le passé et nous le sommes toujours aujourd’hui, » a-t-il conclu.

Le ministre de la construction et du Logement Uri Ariel a rapidement répondu aux propos de Kerry. « Kerry a dit aujourd’hui que la prospérité et l’économie de l’Etat d’Israël sont une illusion, et que si les pourparlers de paix venaient à échouer, Israël serait boycotté. Mais la vérité, c’est que les seules illusions [qui existent] sont les slogans de paix que Kerry tente de vendre en Israël. Des slogans qui couvre Israël d’une menace existentielle, » peut-on lire sur sa page Facebook. « Les Palestiniens ne savent pas à quel point ils ont de la chance d’avoir un pareil médiateur aussi « impartial.» « Voilà à quoi ressemble la provocation. »

Pendant ce temps, la député du Likoud Tzipi Hotovely, a qualifié « les menaces [de Kerry] d’un boycott sans précédent », comme une manière « d’intimider Israël pour faire un effort afin d’imposer un accord dangereux et contraires aux positions israéliennes. »  Un tel accord, « compromettrait la sécurité d’Israël, » et serait « pire qu’un boycott économique. »

Ofir Akunis, député et speaker du Likoud à la Knesset, a aussi fustigé les remarques de Kerry – représentatives de « la politique agressive de Washington vis-à-vis d’Israël. » Il ajoute : « nous étions là avant Kerry, nous le serons aussi après son départ. »

Des sources gouvernementales israéliennes, citées par Channel 2, encouragent vivement Kerry à exercer une pression sur les Palestiniens, pas sur Israël, affirmant que les avertissements destinés à Israël ne faisaient que rendre la position palestinienne plus endurcie.