Vendredi prochain, les ministres des Affaires étrangères de certains des pays les plus puissants du monde, dont les Etats-Unis, la Russie et l’Allemagne, ainsi que d’une poignée d’états arabes, se rassembleront à Paris pour discuter de comment réanimer le processus de paix israélo-palestinien.

Les deux parties au cœur du conflit n’enverront pas de représentants à la conférence de cette semaine, qui précèdera un second rassemblement, qui aura lieu plus tard cette année, et où Israéliens et Palestiniens sont appelés à participer.

Comment Jérusalem se prépare-t-il pour un évènement qui entraînera probablement des demandes supplémentaires à Israël pour faire des concessions pour un accord de paix ?

Les fonctionnaires israéliens ont refusé cette semaine de parler de manière officielle de leurs préparations avant la conférence, mais ont indiqué en privé que Jérusalem est opposé à l’initiative, n’y a pas été invité, et par conséquent ne fait rien à son propos.

L’approche attentiste nonchalante de la conférence de paix de Paris est emblématique de la politique palestinienne d’Israël depuis que le Premier ministre Benjamin Netanyahu est revenu au pouvoir en 2009. Refusant de lancer toute initiative diplomatique lui-même, le Premier ministre critique régulièrement tout projet pour relancer le processus de paix moribond qui n’est pas centré sur des négociations bilatérales directes.

Parallèlement, Netanyahu continue à appeler à des négociations bilatérales, évoquant souvent le rapprochement discret d’Israël avec les états sunnites modérés de la région comme catalyseur possible pour une réconciliation israélo-palestinienne.

Lundi soir, le Premier ministre a accepté (au moins partiellement) l’initiative de paix arabe, proposant d’en négocier les termes avec le monde arabe, et saluant la récente ouverture du président égyptien pour aider Israéliens et Palestiniens à relancer le processus de paix.

Cette déclaration spectaculaire était destinée à repousser les critiques sur sa nomination du belliqueux Avigdor Liberman au ministère de la défense, et à évaluer si des paroles chaleureuses sur l’initiative de paix de 2002 pourraient lancer une approche régionale du conflit.

Pour en être certain, alors qu’il accueillait Liberman au gouvernement et promettait à maintes reprises de poursuivre frénétiquement toutes les voies vers la paix, il n’a pas dit un seul mot de la conférence internationale en France.

Quelle que soit la réaction du monde arabe à l’ouverture de Netanyahu, la conférence de vendredi et ses conséquences attendues – plus de pression sur Israël, ce qui rencontrera une obstination froide à Jérusalem – pourraient augmenter l’isolement international d’Israël. Alors que les objectifs de la conférence ne sont toujours pas définis, elle pourrait entraîner une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU demandant le retrait d’Israël de Cisjordanie et de Jérusalem Est, ou demander des pressions diplomatiques et économiques plus importantes contre l’Etat juif.

L’initiative française est une « attaque très sérieuse et dangereuse » au standing d’Israël dans le monde, a déclaré Dan Meridor, ancien Premier ministre adjoint du Likud, le parti de Netanyahu. La rejeter sans proposer d’alternative crédible pour progresser dans le processus de paix pourrait avoir des conséquences sévères pour Israël, a-t-il évalué.

Outgoing Minister of Intelligence and Atomic Energy Dan Meridor (photo credit: Yossi Zamir/Flash 90)

Dan Meridor (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)

« Nous devons lancer notre propre initiative diplomatique. Le gouvernement doit déterminer ce qu’il veut en Judée et en Samarie [Cisjordanie] », a continué Meridor, qui est aujourd’hui le président du Conseil des relations étrangères d’Israël. Si Israël déclarait où il voudrait tracer la frontière avec un futur État palestinien, cela pourrait radicalement changer la perception publique sur son obstination et placer la balle dans le camp de Ramallah, a-t-il affirmé.

« Ce n’est pas une question de hasbara [diplomatie publique]. Nous ne pouvons pas expliquer notre politique tant que nous n’avons pas de politique claire. »

Espoir d’un revirement français

Israël a été catégorique dans son rejet de l’initiative française, affirmant que des conférences multilatérales ne pouvaient pas se substituer à des négociations bilatérales directes.

Le président Reuven Rivlin reçoit le Premier ministre français Manuel Valls à Jérusalem, le 23 mai 2016. (Crédit : Mark Neiman / GPO)

Le président Reuven Rivlin reçoit le Premier ministre français Manuel Valls à Jérusalem, le 23 mai 2016. (Crédit : Mark Neiman / GPO)

« Au Moyen Orient, il n’y a pas de raccourci », a dit la semaine dernière à Jérusalem le président Reuven Rivlin au Premier ministre français Manuel Valls. « Atteindre une compréhension et un accord nécessite des négociations directes et de la confiance mutuelle, les deux parties voulant vraiment vivre côte à côte en paix sur cette terre. »

Netanyahu, lui aussi, a dit à Valls que la paix ne se faisait pas dans les conférences internationales, « style ONU », comme il les a appelées. « Elle ne vient pas à maturité par des diktats internationaux ou des commissions de pays du monde entier qui s’assoient et cherchent à décider de notre destin et de notre sécurité alors qu’ils n’y ont aucun intérêt direct. »

Essayant de ne pas donner l’impression qu’il fermait la porte à une possible chance de relancer le processus de paix, Netanyahu a professé sa volonté à prendre des « décisions difficiles » et a imploré Valls de l’aider à lancer des négociations directes avec l’Autorité palestinienne. Il aurait « accepté avec plaisir une initiative française différente », une qui le verrait, Abbas et lui, « s’asseoir seuls » et discuter de tous les sujets cruciaux, a déclaré Netanyahu pendant une conférence de presse commune au bureau du Premier ministre.

« Chaque sujet difficile sera sur la table : reconnaissance mutuelle, incitations [à la haine et à la violence], frontières, réfugiés, et oui, implantations – tout, avait déclaré Netanyahu. Cette initiative peut toujours avoir lieu à Paris, parce que cela serait un endroit merveilleux pour signer un accord de paix. »

Aux côtés de Netanyahu, un Valls peu dissuadé avait répété le désir de Paris de « remobiliser la communauté internationale » avec une conférence internationale, mais avait aussi promis de relayer la proposition de Netanyahu au président François Hollande. « Tout ce qui pourrait contribuer à la paix et aux négociations directes, nous y sommes favorables », avait répondu Valls.

Dans le bureau du Premier ministre, les paroles de Valls ont été prises au pied de la lettre. Netanyahu et ses conseillers pensent toujours que repenser l’initiative française actuelle est possible. Mais en dehors de ce bureau, peu d’observateurs partagent l’opinion que Paris pourrai être dissuadé de son approche multilatérale.

« Les Français ne sont pas intéressés par cela. Ils savent que cela [des discussions bilatérales initiées par les deux parties] n’arrivera pas », a déclaré Daniel Shek, ancien ambassadeur israélien à Paris. La France n’a pas encore donné d’informations sur la conférence, comme le lieu ou une liste de participants, mais quiconque espérant une annulation sera cruellement déçu, selon Shek.

« Ne retenez pas votre respiration », a-t-il déclaré.

Parallèlement, l’Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas a étreint de toutes ses forces l’initiative française. Dans une note d’information qui circulait cette semaine, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) expliquait son soutien à la conférence en exprimant son espoir qu’elle puisse « ouvrir un horizon politique » pour aider à résoudre les problèmes sur le statut final.

« Nous avons fait tout ce qui était possible pour faire avancer des négociations bilatérales avec Israël et parrainées par les Etats-Unis. Cependant, en raison des politiques israéliennes pour renforcer son occupation belliqueuse et la colonisation de la Palestine en toute impunité internationale, les efforts de négociation ont échoué. L’insistance de la communauté internationale à proposer des formules de négociations vouées à l’échec n’a pas porté de fruit », établit le document.

Les « violations » israéliennes en cours et le « manque d’action » de la communauté internationale font comprendre que l’insistance de Jérusalem pour des négociations bilatérales « perpétuent simplement la violation israélienne systématique des droits palestiniens », affirme l’OLP. La conférence est vue comme un remède pour « l’échec du processus de négociations bilatérales ».

Alors que Jérusalem ignore l’initiative française, une nuisance, vouée à échouer comme tant d’autres efforts multilatéraux auparavant, Ramallah voit de la valeur dans la proposition, même si elle ne mène pas immédiatement au succès. Pour les Palestiniens, la conférence est une autre étape de leurs efforts pour internationaliser le conflit, et ainsi « modifier la dynamique inéquitable du pouvoir entre Israël et la Palestine ».