Les soldats tombés au front de l’Etat juif, commémorés en ce Yom HaZikaron mercredi, comprennent de nombreux non-Juifs. Dans les villes et villages à travers le pays, ce ne sont pas uniquement les Juifs qui ont effectué le long pèlerinage dans les cimetières militaires du pays pour rendre hommage à leurs proches.

Quelque 600 soldats tombés au combat – et des victimes de la terreur – étaient issus des communautés arabe, druze, bédouine et circassienne.

Les Druzes, une secte dissidente de l’islam, sont la seule minorité qui a pris à son compte le service militaire obligatoire d’Israël ; ils servent en grand nombre aux côtés des soldats juifs dans certaines unités d’élite de l’armée israélienne.
Des centaines de Bédouins arabes du Néguev servent aussi, beaucoup expliquant qu’ils considèrent le service militaire comme l’occasion de progresser personnellement et de renforcer la réputation de leur communauté parmi les Israéliens.

Deux frères Arabes musulmans, Milad et Muhammad Atrash, avaient fait les Unes des journaux en 2013 quand ils ont choisi de servir dans l’armée israélienne, et ce malgré le fait de ne pas y être obligé en vertu du droit israélien et malgré la désapprobation de leurs voisins.

« Je veux m’enrôler dans l’armée afin de défendre mon village, mon pays », avait déclaré Muhammad Atrash au site d’informations Mako.

Les soldats de plusieurs de ces communautés minoritaires sont respectés pour leur dévouement et leur courage, et plusieurs ont atteint les échelons supérieurs de l’armée israélienne.
Yusef Mishleb est devenu en 2001 le premier Druze à être élevé au rang de général de division et a servi à de nombreux postes, y compris au poste de chef du Commandement de la Défense passive, jusqu’à sa retraite en 2008.
Le colonel Ghassan Alian est actuellement le plus haut gradé de la communauté druze. Alian commande la brigade d’infanterie Golani, une unité chargée d’histoires.

Les Druzes ont servi en tant que pilotes, que guerriers dans l’unité d’élites Sayeret Matkal, et dans d’autres unités de combat de Tsahal.

Tamir Nevuani a été le premier Druze à intégrer l’unité Sayeret Matkal, l’une des meilleures unités militaires du monde, en 2007. Un an plus tard, Nevuani est mort lors d’un exercice d’entraînement dans le sud d’Israël.

Un soldat de 'Herev', l'unité de Tsahal exclusivement druze (Crédit : CC BY-kickasso / Flickr)

Un soldat de ‘Herev’, l’unité de Tsahal exclusivement druze (Crédit : CC BY-kickasso / Flickr)

Alors que les soldats issus des minorités servent dans des unités « classiques » de l’armée, certains choisissent de servir dans des bataillons avec les membres de leur propre communauté.

Le Bataillon Herev est principalement composé de soldats druzes, même si les soldats arabes et musulmans peuvent également servir dans cette unité.

Parmi les Bédouins qui servent dans l’armée israélienne, la majorité sont des pisteurs, membres du Bataillon de la Reconnaissance du Désert du commandement sud.

Le major général Sami Turgeman, le chef du Commandement Sud de Tsahal, a salué en 2013 l’unité de reconnaissance.

« Les soldats bédouins à travers la terre d’Israël font un travail saint », a déclaré Turgeman lors d’une cérémonie de remise de décoration pour service distingué. « Vos capacités et votre engagement professionnels… ont empêché et déjoué plus d’un attentat terroriste. »

Les Bédouins et les Druzes servent aussi dans d’autres forces sécuritaires comme la police israélienne, l’administration pénitentiaire et la police des frontières.

Le président Reuven Rivlin, le ministre de la Défense Moshe Yaalon et le chef d’état-major de l’époque Benny Gantz ont pris part, en septembre 2014, aux côtés de 15 000 personnes, à un événement rendant hommage aux soldats tombés de la communauté druze. Gantz a souligné l’importance de se souvenir du « partenariat, de l’amitié, du respect et de l’unité [qui existent] parmi la société israélienne ».

Moshe Yaalon (g) à une cérémonie à la mémoire des soldats druzes (Crédit : Ofer Idelbici)

Moshe Yaalon (g) à une cérémonie dédiée à la mémoire des soldats druzes (Crédit : Ofer Idelbici)

En novembre, un policier druze, Zidan Saif, a été abattu alors qu’il tentait d’arrêter deux terroristes qui étaient entrés dans une synagogue dans le quartier de Har Nof de Jérusalem et avaient commencé à assassiner les Juifs présents. Saif a reçu en décembre, à titre posthume, la Médaille du mérite, la troisième plus haute distinction de la police israélienne.

Un couple juif de New York a même nommé leur enfant en mémoire de Saif.

Un soldat Bédouin du bataillon de la Reconnaissance du Désert a été grièvement blessé, à peine un mois plus tard, le 24 décembre, lorsque des Palestiniens ont ouvert le feu sur une patrouille de Tsahal à la frontière de Gaza.

Mohammad Abou Khdeir (Crédit : AFP via la famille)

Mohammad Abou Khdeir (Crédit : AFP via la famille)

En plus du personnel de sécurité des minorités qui sont morts ou qui ont été blessés cette année, le gouvernement a également reconnu l’adolescent Muhammed Abu Khdeir de Jérusalem-Est comme une victime de la terreur.

Abu Khdeir a été brutalement assassiné par des Juifs israéliens lors d’une attaque motivée par la vengeance suite à l’enlèvement et au meurtre de trois adolescents juifs par des Palestiniens affiliés au Hamas l’été dernier.
Début juillet 2014, trois hommes avaient enlevé l’adolescent âgé de 16 ans, un résident palestinien de Jérusalem-Est, et emmené dans la forêt de Jérusalem où ils l’ont battu avec des démonte-pneus et – alors qu’il était inconscient – mortellement brûlé.

Yom Hazikaron – le terme hébreu pour le Jour du Souvenir – est observé dans tout le pays par le biais de symboles, de prières et de cérémonies en usage aussi lors des fêtes juives. Mais peut-être plus que tout autre jour du calendrier juif, c’est une journée qui unit les familles endeuillées de toutes les communautés de l’Etat d’Israël.