JTA – Alors que la journée de mardi dernier prenait fin, on a eu le sentiment que la communauté gay d’Israël avait fait un bond en avant.

Le 23 février, huit commissions parlementaires israéliennes distinctes se sont réunies pour discuter d’un large éventail de problèmes auxquels sont confrontés les lesbiennes, les gays, les bisexuels et les transgenres du pays.

Les législateurs de divers partis ont parlé de la protection des LGBT israéliens dans les salles de classe, à la maison, dans les bureaux du gouvernement et dans l’armée. Cet après-midi là, le Parlement a officiellement reconnu la « Journée des droits des homosexuels à la Knesset ».

Mais 24 heures plus tard, l’atmosphère était nettement différente.

Le 24 février, la Knesset a voté contre un ensemble de projets de loi visant à accroître les droits des LGBT. Les propositions de loi qui ne sont pas passées lors du vote – comprennent des mesures visant à établir des unions civiles, fournir des prestations du gouvernement aux partenaires de même sexe pour les soldats tombés au combat, interdire la thérapie de conversion et un mandat pour la formation de professionnels de la santé sur les questions LGBT – ont toutes été proposées par les législateurs de l’opposition et ont toutes été rejetées par la coalition gouvernant Israël.

« C’est historique qu’un jour nos problèmes soient discutés en profondeur dans toutes les commissions », a déclaré Chen Arieli, le co-président d’Aguda, un groupe de défense des droits de la communauté israélienne LGBT. « Ce qui est arrivé le lendemain était très triste ».

Payam Feili à Jérusalem le 29 février 2016 (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Payam Feili à Jérusalem le 29 février 2016 (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Ce contraste souligne la dissonance sur la façon dont Israël traite sa communauté LGBT et leurs droits juridiques. Pendant des années, les dirigeants israéliens ont affirmé que le climat en Israël est accueillant envers les gays et les lesbiennes, surtout par rapport aux voisins d’Israël. Tel Aviv en particulier, est connue pour être un paradis pour les gays, avec une plage gay et un défilé annuel de la fierté gaie. A tel point qu’un poète iranien fait des pieds et des mains pour y rester.

Mais dans les couloirs du gouvernement, les Israéliens gays font depuis longtemps face au pare-feu des partis religieux qui ont bloqué la législation pro-LGBT. Les couples gays peuvent se marier, adopter des enfants ou avoir accès à la procéation médicalement assistée en Israël, bien que le gouvernement ne reconnaîsse pas les adoptions et les mariages homosexuels célébrés à l’étranger.

Prenant la parole le 24 février à la Knesset, le ministre de la Santé israélien, l’ultra-orthodoxe Yaakov Litzman, a invoqué l’histoire biblique du veau d’or pour exprimer son rejet des propositions de lois pro-LGBT.

Mickey Gitzin, le fondateur de Be Free Israel, qui fait la promotion de la liberté religieuse, a parlé d’ « un grand écart entre la situation juridique et la situation sociale ».

« Socialement, Israël est un Etat libéral. Faire partie [de la communauté] LGBT n’est pas une mauvaise chose ou quelque chose de terrible », a-t-il dit. « Mais légalement, nous sommes parmi les Etats les plus arriérés du monde ».

Le jeune député Amir Ohana, qui a été visé par une grande partie de la critique pour la volte-face de la semaine dernière à la Knesset, incarne bien cette tension.

Le député Likud, Amir Ohana (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Le député Likud, Amir Ohana (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Ohana, qui est gay et qui vit à Tel Aviv avec son partenaire et ses deux enfants, est déjà considéré comme un exemple de la réussite LGBT. Ancien officier de l’armée, responsable du Shin Bet et avocat, Ohana est entré en décembre à la Knesset avec le parti majoritaire de la coalition au pouvoir, le Likud. Il est le seul législateur ouvertement gay dans la coalition, et l’un des deux seuls à la Knesset qui comptent 120 sièges.

Mais, bien qu’il soutient les droits accrus pour la communauté LGBT en Israël, Ohana a quitté la Knesset lors du vote du 24 février. Lorsque les militants LGBT l’ont accusé d’hypocrisie, Ohana a attribué la responsabilité de ce tournant à la coalition.

Sur Facebook ce jour-là, Ohana s’est défendu en se présentant comme un combattant pour les droits LGBT, décrivant sa décision de quitter la Knesset comme une décision de principe pour éviter de voter contre les projets de loi qui allaient de toute façon vers un échec.

« Les membres de la coalition sont tenus d’observer la discipline de la coalition », a-t-il écrit. « Ils ne sont pas maîtres de leur propre destin. Israël n’a presque pas de liberté de vote, il n’y pas non plus de liberté d’être absent ».

Le ministre de la Santé Yaakov Litzman (à gauche) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu après avoir été assermenté comme ministre à la Knesset le 2 septembre 2015 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Le ministre de la Santé Yaakov Litzman (à gauche) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu après avoir été assermenté comme ministre à la Knesset le 2 septembre 2015 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Dans le système parlementaire d’Israël, chaque député est légalement libre de voter comme il le souhaite, mais une série de procédures parlementaires et les coutumes informelles ont pris racine au cours des années qui limitent considérablement la marge de manœuvre politique d’un député. Un député qui vote contre une coalition ou une faction dont il ou elle est un membre est susceptible de se retrouver expulser des commissions ou de voir leurs propres propositions de loi retirées de l’ordre du jour législatif par leurs collègues.

La responsabilité pour déterminer quels projets ou propositions de loi obtiennent le soutien de la coalition incombe à la commission des Lois, un panel de ministres constitués par les représentants des partis de la coalition. La commission détermine les projets de loi à amener à l’ordre du jour à la Knesset et quelle proposition de l’opposition ou d’un député soutenir.

Parce que la coalition représente la majorité des législateurs, l’autorisation officielle de la commission est généralement suffisante pour déterminer quels projets de loi prendront la force de lois.

Hovav Yannai, le coordinateur de la Knesset pour la Garde sociale, une organisation à but non lucratif visant à accroître la responsabilité de la Knesset sur les questions sociales, a noté que cela était la raison pour laquelle les lois d’Israël ne correspondaient pas avec à sa réputation sur les questions gay.

La majorité des Israéliens soutiennent la réforme pro-LGBT et Yannai estime qu’au moins deux tiers des membres de la Knesset soutiendraient l’égalité des droits pour les Israéliens LGBT s’ils avaient la liberté de le faire.

Mais le fait qu’une poignée de ministres détermine quels projets ou propositions de lois auront le soutien de la coalition donne une influence hors normes aux petits partis, ce qui peut faire tomber un gouvernement si on ne les laisse pas en faire à leur tête. L’actuelle coalition au gouvernement d’Israël comprend les parties ultra-orthodoxes du Shas et de Yahadout HaTorah, qui s’opposent aux droits des LGBT.

« Les gouvernements travaillent selon les accords politiques et non pas pour la population », a déclaré Yannai. « Je ne vois pas de changement positif à venir pour la communauté LGBT dans un proche avenir aussi longtemps que le gouvernement israélien comprend des partis religieux non-libéraux ».

L’absence d’améliorations dans les droits des homosexuels, suggère Arieli, démontre que les membres de la coalition à la Knesset sont hypocrites en faisant l’éloge de la communauté LGBT tout en bloquant leur programme législatif.

« Vous vous tenez sur nos scènes, défilez dans nos défilés, faites des discours » a-t-elle dénoncé. « Il est temps de joindre le geste à la parole. Nous voulons des actions, pas seulement des mots ».