Israël serait responsable de l’assassinat en 2008 du général syrien Mohammed Sleiman, un homme de l’ombre très proche de Bashar el-Assad, selon un document de l’agence de renseignement américaine NSA cité par le site internet The Intercept.

La scène, qui semble tout droit sortie d’un film d’espion, décrit comment des commandos de la marine auraient assassiné un collaborateur sécuritaire de haut rang du président Bashar el-Assad pendant qu’il recevait des invités lors d’un diner organisé dans sa villa au bord de l’eau dans la ville côtière de Tartous en 2008.

Le général Sleiman a été tué dans la nuit du 1er août 2008 par des snipers dans sa villa. Bashar el-Assad se trouvait ce jour-là en visite officielle à Téhéran.

Le général Muhammad Suleiman a été tué après avoir été touché par plusieurs balles à la tête et au cou alors qu’il était assis autour d’une table bondée pendant l’été 2008, a précisé The Intercept mercredi.

Citant des documents de la NSA récemment divulgués, l’article indique que les commandos d’élite de la marine israélienne, Shayetet 13, ont fait irruption par la mer dans la maison de vacances de Suleiman près de la plage et ont tiré sur le général avant de repartir rapidement à la mer.

L’attribution à Israël figure dans un document interne de la NSA, fourni par l’ex-consultant Edward Snowden, selon The Intercept.

Le document de la NSA, un extrait d’Intellipedia, une base de données interne au service de renseignement, indique que l’assassinat a été commis par des commandos de marine israéliens, dans la ville côtière de Tartous.

Cet assassinat est le premier exemple connu d’une attaque d’Israël contre « un responsable d’un gouvernement légitime », ajoute le document de la NSA.

Capture d'écran du document de la NSA impliquant Israël dans l'assassinat du général syrien Muhammad Suleiman le 1er avril 2008 (Crédit : Capture d'écran)

Capture d’écran du document de la NSA impliquant Israël dans l’assassinat du général syrien Muhammad Suleiman le 1er avril 2008 (Crédit : Capture d’écran)

Selon l’article, les documents des renseignements confirment pour la première fois que Suleiman a été la cible d’une opération militaire israélienne, mettant fin à des années de spéculation que c’était en fait un conflit interne qui avait entrainé l’assassinat du général.

Le document a été fourni par l’ancien employé de la NSA, Edward Snowden, qui a, par intermittence, laissé fuité des milliers de documents classifiés de l’agence des renseignements américaine à partir de 2013.

Dans une entrée interne top-secrete de la NSA d’Intellipedia, l’assassinat a été attribué à « des commandos de marine israéliens ». L’entrée intitulée « Manhunting Timeline » décrit la frappe comme le « premier cas connu où Israël vise un responsable légitime d’un gouvernement ».

L’article a souligné que l’entrée a été marquée comme « SI », ce qui signifie que les Etats-Unis ont obtenu le renseignement en surveillant les signaux de communication.

« Nous avons eu accès aux communications militaires israéliens pendant un certain temps », a déclaré un ancien officier du renseignement américain qui a été cité par Intercept.
Le général Sleiman était réputé pour être un homme de liaison du régime syrien avec le Hezbollah au Liban.

Il était aussi lié au complexe d’Al-Kibar, qui selon les Américains était une centrale nucléaire en construction, et que les Israéliens avaient détruit en septembre 2007.

Mohammed Sleiman était l’interlocuteur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dans l’enquête sur les ambitions nucléaires syriennes, avait révélé quelques mois après sa mort l’AIEA.

En plus de servir de principal conseiller militaire et l’intelligence d’Assad, Suleiman était en charge de la construction et de la sécurité de l’installation nucléaire syrienne de Deir ez-Zor.

Les flèches pointant vers des éléments clés de l'installation nucléaire de la Syrie après qu' Israël a bombardé le site en 2008. (Crédit : Capture d'écran YouTube)

Les flèches pointant vers des éléments clés de l’installation nucléaire de la Syrie après qu’ Israël a bombardé le site en 2008. (Crédit : Capture d’écran YouTube)

L’installation avait été détruite par Israël dans un raid aérien 11 mois plus tôt.

Le gouvernement syrien avait mis plusieurs jours pour confirmer la mort de cet homme de l’ombre, peu connu mais très proche du dirigeant syrien avant de pointer du doigt Israël.

Un autre document secret qui a fuite a révélé que les enquêteurs syriens avaient trouvé 80 millions de dollars dans la maison de Suleiman, ce qui a réorienté l’enquête de son assassinat sur la façon dont il a obtenu l’argent.

Cet argent a jeté le doute sur la loyauté de Suleiman envers Assad et a suscité les rumeurs selon lesquelles il avait été tué en raison d’un conflit interne.

L’assassinat de Suleiman serait la deuxième frappe israélienne à l’intérieur de la Syrie cette année-là.

En février 2008, le chef des opérations internationales du Hezbollah a été tué lors d’une opération conjointe israélo-américaine dans la capitale syrienne. Imad Moughnieh a été tué dans un attentat à la voiture piégée.

Tant la NSA que le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu n’ont pas répondu favorablement aux demandes de commentaires d’Intercept.

Le gouvernement israélien avait nié son implication dans cet attentat. Mais le quotidien américain Washington Post a confirmé en janvier l’implication du Mossad et de la CIA, en citant des sources anonymes du renseignement américain.