Le grand favori de l’élection présidentielle en Ukraine, Petro Porochenko, vient d’effectuer une visite ces derniers jours en Israël dont la grande discrétion illustre la prudente neutralité affichée par Israël dans l’épreuve de force entre la Russie et l’Ukraine.

« M. Porochenko a rencontré ce week-end Avigdor Liberman pour discuter de la crise entre son pays et la Russie », a déclaré mercredi à l’AFP le porte-parole du ministre israélien des Affaires étrangères, qui s’est refusé à faire le moindre commentaire.

Au cours de son séjour, M. Porochenko s’est également entretenu avec le président Shimon Peres.

Selon le quotidien Haaretz, le milliardaire ukrainien pro-européen et ancien ministre a pressé ses interlocuteurs israéliens de soutenir le maintien de l’intégrité territoriale de l’Ukraine face à Moscou.

Les dirigeants israéliens ont jusqu’à présent refusé de prendre parti dans la crise ukrainienne.

Cette position est avant tout due à la crainte qu’inspirent les « capacités de nuisances non négligeables » de la Russie, a expliqué à l’AFP un diplomate israélien qui a requis l’anonymat.

« Nous devons avancer sur des œufs car Moscou a les moyens d’exprimer son mécontentement en fournissant par exemple des armes sophistiquées à la Syrie ou en renforçant sa coopération dans le domaine nucléaire avec l’Iran », a souligné le diplomate.

« Cela pourrait mettre en danger notre sécurité », a-t-il avancé.

Exercice d’équilibriste

Cet exercice d’équilibriste diplomatique s’est notamment traduit par l’absence de la délégation israélienne lors du vote à l’ONU condamnant l’intervention de la Russie en Crimée le 27 mars, ce qui a, selon les médias, suscité l’amertume des Etats-Unis.

Les responsables israéliens ont excipé du mouvement de grève suivi à l’époque par les employés du ministère des Affaires étrangères pour justifier l’abstention israélienne.

Mais cet argument n’a guère convaincu l’allié américain, d’autant que les dirigeants israéliens se sont par la suite soigneusement abstenus de toute critique à l’encontre du président russe Vladimir Poutine.

Les Etats-Unis versent chaque année une aide militaire de plus de trois milliards de dollars à Israël et lui accordent sur le plan diplomatique un soutien pratiquement sans faille, en particulier à l’ONU, ce qui n’est pas le cas de Moscou.

Selon M. Liberman, originaire de Moldavie et chef du parti Yisrael Beytenu, majoritairement russophone, Israël s’efforce d' »entretenir des relations de confiance avec les Américains comme avec la Russie ».

« Une des priorités de la politique étrangère israélienne est désormais d’aider la Russie et l’Ukraine, deux pays amis d’Israël, à normaliser leurs relations », a plaidé le chef de la diplomatie mardi à la radio.

Un haut responsable du ministère israélien de la Défense Amos Gilad a lui aussi reconnu que « les intérêts sécuritaires d’Israël et des Etats-Unis ne coïncident pas toujours ».

Le mois dernier, pressé de questions lors d’une interview à la chaîne de télévision américaine Fox, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’était borné à souhaiter que « l’affaire ukrainienne soit réglée rapidement et amicalement ».

Pour éviter de trop froisser Washington, M. Netanyahu a toutefois annulé sa participation à un concert prévu en juin à Saint-Pétersbourg auquel il avait été convié par Vladimir Poutine.

« Nous avons fait savoir à l’ambassade de Russie à Tel Aviv que
M. Netanyahu ne pouvait pas assister à un tel événement dans le climat politique actuel. Nous avons également dit aux Russes que nous espérions qu’ils comprendraient, ce qui a été le cas », a expliqué un haut responsable israélien cité par Haaretz.

La circonspection israélienne s’explique également par la présence d’une importante communauté juive en Ukraine, forte de 200 000 personnes, dont la grande majorité habitent Kiev, ainsi qu’en Russie (570 000).

En outre, plus d’un million d’immigrés originaires de l’ex-URSS se sont installés en Israël dans les années 1990.

La seule intervention israélienne en Ukraine a été conduite par l’Agence juive, qui a annoncé en février avoir envoyé une aide destinée à financer la protection de la communauté juive ukrainienne contre des agressions antisémites.