Israël s’apprête à demander au Congrès de cesser de financer l’Autorité palestinienne, un jour après que le gouvernement israélien a lui-même gelé 500 millions de shekels [106 millions d’euros] de recettes fiscales palestiniennes collectées pour Ramallah, et ce, en réponse au dépôt par l’Autorité palestinienne d’une demande d’adhésion à la Cour pénale internationale.

Un responsable israélien a déclaré dimanche que Jérusalem va se tourner vers les membres pro-israéliens du Congrès pour s’assurer qu’une loi interdisant de verser des fonds à l’Autorité palestinienne soit votée, si celle-ci continue à se tourner vers la CPI, a rapporté Haaretz.

Les Palestiniens risquent de perdre ainsi quelques 400 millions de dollars par an d’aide américaine.

Le projet de loi de financement provisoire adopté par le Congrès et signé par le président Barack Obama le mois dernier stipule qu’aucun soutien économique décidé par le département d’État ne peut être accordé à l’AP si « les Palestiniens initient une requête auprès de la CPI ».

Plus tôt dans la journée de dimanche, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait menacé de répondre de manière intransigeante à la demande palestinienne visant à rejoindre la CPI, affirmant que la décision représentait l’ouverture d’une nouvelle confrontation avec Israël.

S’adressant à son cabinet quelques heures après que Jérusalem a annoncé des sanctions financières en réponse à la décision palestinienne, Netanyahu a promis qu’Israël prendrait des mesures et ne resterait pas inactif face à une mesure qui ferait que les soldats de Tsahal pourraient être poursuivis à l’étranger.

« L’Autorité palestinienne a choisi la confrontation avec Israël et nous n’allons pas rester les bras croisés, a déclaré Netanyahu. Nous n’allons pas laisser nos soldats et les commandants de Tsahal être traînés devant la Cour pénale internationale à La Haye. »

La manœuvre des Palestiniens peut faire pencher la balance à Washington, qui a été déçu par la décision du président de l’AP Mahmoud Abbas de porter devant le Conseil de sécurité des Nations unies la semaine dernière la résolution appelant à un Etat palestinien, et, après que la résolution a été rejetée, de se tourner vers la CPI dès le lendemain.

Même si le pari de se tourner vers la CPI ne fonctionne pas – et cet itinéraire demeure parsemé d’obstacles juridiques – il est considéré par de nombreux membres du Congrès, contrôlé par les Républicains, comme la mesure de trop, celle qui justifierait le réexamen du financement de l’AP par les Etats-Unis.

Les membres du Congrès – des deux côtés – ont missionné des experts afin de voir s’il existe une base juridique pour sanctionner les Nations unies et ses institutions affiliées, ainsi que l’Autorité palestinienne elle-même, pour la procédure auprès de la CPI ou du Conseil de sécurité de l’ONU.

Même si ces mesures peuvent représenter des coups d’épée dans l’eau, la décision de l’AP de se tourner vers la CPI peut malgré tout contribuer à catalyser des efforts supplémentaires de la part des Américains.

Depuis la formation du gouvernement palestinien d’union nationale Fatah-Hamas au printemps 2014, les appels au Congrès pour arrêter de financer l’AP se sont accrus.

Ces derniers mois, même avant les élections législatives de novembre, des membres tant républicains que démocrates du Congrès ont appelé à plusieurs reprises à un réexamen – ou même à un gel – du financement de l’Autorité palestinienne.

Washington demeure un bailleur de fonds clé pour l’Autorité palestinienne et la législation budgétaire met traditionnellement une série de conditions à la poursuite des financements.