Israël va réclamer une indemnisation pour les Juifs expulsés des pays arabes
Rechercher

Israël va réclamer une indemnisation pour les Juifs expulsés des pays arabes

Les premières demandes ont été finalisées : 35 milliards de dollars sont réclamés à la Tunisie et 15 à la Libye pour compenser les pertes des Juifs lors de leur départ précipité

Juifs d'Aden (Yémen) attendant leur évacuation vers Israël, le 1er novembre 1949. Illustration (Crédit : GPO/domaine public)
Juifs d'Aden (Yémen) attendant leur évacuation vers Israël, le 1er novembre 1949. Illustration (Crédit : GPO/domaine public)

Israël se préparerait à réclamer des indemnisations pour un montant total de 250 milliards de dollars à sept pays arabes et à l’Iran concernant les biens et propriétés abandonnées par les Juifs contraints à quitter leurs territoires suite à l’établissement de l’État d’Israël.

« Le moment est venu de corriger l’injustice historique des pogroms (anti-juifs) qui ont eu lieu dans sept pays arabes et en Iran et de rendre à des centaines de milliers de Juifs, qui ont perdu ce qui était à eux, ce qui leur revient de droit », a déclaré samedi la ministre israélienne de l’Égalité sociale Gila Gamliel, qui coordonne cette question au niveau du gouvernement israélien.

Selon les chiffres cités samedi soir par la chaîne Hadashot, les demandes d’indemnisation en cours de finalisation pour les deux premiers des pays concernés s’élèveraient à 35 milliards de dollars pour la Tunisie et à 15 milliards de dollars pour la Libye.

Au total, le reportage télévisé révèle que l’État juif réclamera un total de plus de 250 milliards de dollars à répartir entre ces deux pays et d’autres. Sont notamment concernés le Maroc, la Syrie, l’Égypte, le Yémen et l’Iran.

Des juifs yéménites à Aden, le lieu d’un camp d’accueil, avant leur émigration pour Israël, en 1949 (Crédit : Kluger Zoltan / Photo Archive National Israël / domaine public)

Le groupe JJAC (Justice for Jews from Arab Countries, ou Justice pour les Juifs des pays arabes en français), organisation-cadre regroupant les communautés juives de ces pays, a estimé qu’environ 856 000 Juifs de 10 États arabes – les autres étant l’Algérie et le Liban – ont fui ou ont été chassés en 1948 et après, alors que de violentes émeutes y faisaient de nombreux morts et blessés dans les communautés juives.

Au cours des 18 derniers mois, avec l’aide des services d’un cabinet comptable international, le gouvernement israélien a recherché la valeur des propriétés et des biens abandonnés par les Juifs, précise le reportage.

Des immigrants d’Irak peu de temps après leur atterrissage à l’aéroport de Lod, été 1951 (Crédit : Teddy Brauner, GPO)

Le gouvernement se prépare à finaliser ses réclamations alors que l’administration Trump se prépare à faire connaître sa proposition de paix israélo-palestinienne très attendue. Une loi israélienne de 2010 déclare que tout accord de paix devra assurer une indemnisation pour les avoirs des communautés juives et des individus contraints à l’exil, originaires des pays arabes et d’Iran.

Des Juifs yéménites à bord d’un avion lors de l’opération Tapis volant, en 1949 (Crédit : Wikimedia Commons)

« On ne peut pas parler du Moyen-Orient sans prendre en considération les droits des Juifs forcés de quitter leurs communautés prospères dans un contexte de violences », a commenté Gamliel, membre du parti du Likud au pouvoir.

Gila Gamliel, ministre Likud de l’Egalité sociale, à Eilat, dans le sud d’Israël, le 29 janvier 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Tous les crimes qui ont été commis contre ces communautés juives doivent être reconnus », a-t-elle ajouté.

L’Autorité palestinienne a demandé plus de 100 milliards de dollars à Israël pour indemniser les biens laissés par les résidents arabes sur ce qui est aujourd’hui le territoire de l’Etat juif lorsqu’ils avaient fui, ou avaient été contraints de quitter le pays au moment de sa fondation. Elle a présenté des documents à cet effet aux États-Unis il y a une décennie, note le reportage.

Les Palestiniens ont toujours demandé un « droit au retour » dans ce qui est aujourd’hui devenu le territoire d’Israël en faveur de quelques dizaines de milliers de réfugiés survivants et de leurs millions de descendants. Cette demande signerait la fin d’Israël en tant qu’État juif et elle a été rejetée par les gouvernements israéliens successifs.

Israël affirme que les réfugiés palestiniens pourraient devenir les citoyens d’un État palestinien sous les termes d’un accord de paix permanent, tout comme les réfugiés juifs des terres arabes étaient devenus des citoyens d’Israël. Le pays explique également qu’en élargissant le statut de réfugié aux descendants des Palestiniens, les agences de l’ONU concernées ne font que gonfler artificiellement la question, compliquant les efforts de paix. Un point de vue qui est partagé par l’administration Trump qui a annoncé l’année dernière qu’elle cessait de financer l’agence des Nations unies qui vient en aide aux réfugiés palestiniens, l’UNRWA.

Israël n’a jamais demandé officiellement d’indemnisation aux pays arabes et à l’Iran pour les Juifs contraints de fuir. Même si un grand nombre de ces Juifs était arrivés en Israël avec presque rien, aucun n’a jamais cherché à obtenir un statut de réfugié officiel auprès de la communauté internationale.

L’Ambassadeur Danny Danon s’adressant à l’Assemblée générale de l’ONU (Photo ONU/Evan Schneider)

A l’époque, l’État juif qui venait d’être établi luttait pour attirer les Juifs du monde entier et affirmer sa légitimité en tant qu’État souverain, en mesure de s’occuper de sa population. Son premier Premier ministre, David Ben Gurion, n’avait pas voulu que les Juifs, en devenant des réfugiés, retournent un jour dans leur « pays d’origine », selon Meir Kahlon, président de l’Organisation centrale des Juifs originaires des pays arabes et d’Iran.

L’argent obtenu des huit pays ne serait pas alloué à des familles individuelles, précise le reportage, mais serait distribué par l’État via un fonds particulier. Gamliel coordonne le processus avec le Conseil de sécurité national israélien, qui dépend du bureau du Premier ministre.

En 2014, l’État juif a adopté une loi qui fait du 30 novembre la journée de commémoration de l’exil et de l’expulsion des Juifs des terres arabes et iraniennes. Des événements éducatifs et diplomatiques sont organisés à cette occasion afin de sensibiliser le monde entier à la question des réfugiés juifs et de leur droit à l’indemnisation.

En 2014, lors de la première journée de ce type, Netanyahu et le président Reuven Rivlin avaient appelé à des indemnisations financières.

Le président Reuven Rivlin parle à une cérémonie marquant l’expulsion des Juifs des pays arabes – 30 novembre 2014. (Crédit : autorisation)

« Ce n’est pas pour rien que cette journée est dorénavant fêtée au lendemain du 29 novembre », avait dit Netanyahu le 30 novembre 2014, en référence à l’anniversaire de l’adoption par l’ONU du plan de partition de la Palestine en 1947.

« Les pays arabes, qui n’ont jamais accepté la déclaration de l’ONU sur l’établissement d’un État juif, ont forcé les Juifs vivant dans leurs territoires à quitter leur foyer tout en laissant derrière eux ce qui leur appartenait… Nous avons agi – et nous continuerons à agir – de manière à ce que leurs réclamations ne soient pas oubliées ».

Dans son discours lors de cette toute première cérémonie, Rivlin avait demandé une représentation séfarade plus importante dans la société israélienne ainsi que des indemnisations pour leurs souffrances. Il avait reconnu que les difficultés rencontrées par les Juifs moyen-orientaux ne s’étaient pas atténuées à leur arrivée en Israël, où les Juifs européens étaient fermement ancrés dans le pouvoir.

« Leurs voix sont restées muettes mais les mots étaient là – et même s’ils étaient prononcés en hébreu avec un accent perse et arabe ce qui, en Israël, était considéré comme une langue ennemie, une source de honte », avait-il déclaré.

« Les voix des Juifs des pays arabes et de l’Iran doivent être entendues dans l’éducation, dans les médias, dans les arts et dans les institutions officielles du pays, comme elles doivent l’être également sur la scène internationale afin de rectifier les injustices historiques et de garantir des réparations financières », ajoutait Rivlin.

Kahlon a expliqué pour sa part que « près de 800 000 personnes sont arrivées ici (dans les années qui ont suivi la fondation de l’État) et le reste (environ 56 000) sont allés aux États-Unis, en France, en Italie et ailleurs ».

Kahlon lui-même était arrivé en Israël depuis la Libye, pendant son enfance. Il a passé les premières années de sa vie au sein de l’Etat juif dans les camps de tentes qui avaient été dressés pour accueillir les nombreux réfugiés.

Le barbier Rachamim Azar, nouvel immigrant originaire de Bagdad, dans son commerce dans la tente qu’il partage avec son épouse et ses deux enfants dans un maabara ( camp d’immigrant) du centre d’Israël, en 1951 (Crédit : Teddy Brauner, GPO)

Au mois de mars 2014, le Canada a officiellement reconnu le statut de réfugié des émigrants Juifs qui avaient fui ou avaient été expulsés des pays arabes après la fondation d’Israël.

Certains des émigrés venus en Israël estiment en privé que la question est mise en avant afin de donner à Israël un outil dans les négociations avec les Palestiniens, à opposer aux réclamations d’indemnisation palestiniennes pour les propriétés et les biens abandonnés dans ce qui est aujourd’hui Israël.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...