Le président Reuven Rivlin a reconnu des « erreurs » de l’Etat israélien, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu devait recevoir dans la journée des représentants de la communauté.

Plus d’une soixantaine de policiers et manifestants ont été blessés dimanche soir, selon un nouveau bilan policier, au cours d’une manifestation qui a dégénéré en émeutes et provoqué un débat national sur le racisme en Israël.

Quelque 10.000 personnes selon les médias, 3.000 selon la police, ont participé à la manifestation, trois jours après un rassemblement à Jérusalem qui avait également dégénéré près de la résidence du Premier ministre.

Dix-neuf manifestants arrêtés dimanche devaient être présentés lundi devant un tribunal de Tel-Aviv en vue d’une prolongation de leur garde à vue, a indiqué une porte-parole de la police.

Les autorités essayaient lundi d’apaiser la colère des juifs israéliens d’origine éthiopienne, au lendemain des plus violentes manifestations organisées par cette communauté pour dénoncer le racisme de la police et les discriminations sociales.

Une nouvelle manifestation était annoncée lundi en fin de matinée à Jérusalem devant le bureau du Premier ministre. La police présente en force a fermé tous les accès au quartier, a constaté un journaliste de l’AFP, malgré l’absence de manifestants.

La communauté juive éthiopienne regroupe 135.500 personnes, dont plus de 50.000 sont nées en Israël. Ils descendent de communautés restées coupées des autres juifs pendant des siècles, que les autorités religieuses d’Israël ont tardivement reconnues comme membres de la foi juive.

Cette décision a entraîné l’organisation de deux ponts aériens, en 1984 et 1991, et l’émigration vers Israël de 80.000 Ethiopiens, qui ont dû franchir un énorme fossé culturel pour s’intégrer difficilement dans la société israélienne.

Selon l’Association israélienne pour les juifs éthiopiens, leur revenu moyen par personne est inférieur de 40 % à la moyenne. Dans la prison Ofek au nord de Tel-Aviv où sont détenus les mineurs, 30 % appartiennent à la communauté éthiopienne alors qu’ils ne représentent que 3 % des jeunes.

Plus d’un tiers des familles (38,5 %) vivent sous le seuil de pauvreté contre 14,3 % dans l’ensemble de la population juive, selon l’association.

« L’explosion de violence de dimanche n’est pas uniquement due aux violences policières, elle exprime aussi une colère contre les discriminations », explique Hagit Hovav, membre de l’association. Selon elle, les juifs éthiopiens « veulent être des Israéliens à part entière et jouir de l’égalité des chances ».

Wonde Akale, directeur général des organisations de personnes originaires d’Éthiopie en Israël, âgé de 54 ans et arrivé en 1985, parle lui aussi d’un « ras-le-bol général ».

« Les jeunes de notre communauté nés ici, qui font l’armée, se sentent exclus uniquement à cause de la couleur de leur peau. La société israélienne nous a relégués dans des ghettos », déplore-t-il.

Benny Malassa, un militant de 41 ans, proclame que sa communauté « va continuer à se battre mais sans violence ».

« J’aime ce pays et je veux que mes enfants aient un avenir ici. Mais aujourd’hui je me sens plus noir que juif, car l’Etat a fait de nous des citoyens de seconde zone », dénonce-t-il.

Cette communauté a été confrontée à plusieurs affaires. En 2013, des rumeurs ont circulé sur le refus d’accepter les dons de sang de juifs éthiopiens, de crainte du sida. Le ministère de la Santé avait démenti l’existence de tels refus.

La même année, ce ministère a interdit que des moyens contraceptifs soient administrés à des immigrants sans leur consentement, après des informations selon lesquelles des Ethiopiennes avaient été obligées de recevoir des injections contraceptives.

Selon des témoignages, des migrantes s’étaient vu menacer de ne pas obtenir le droit d’immigrer en Israël si elles refusaient de se voir injecter des contraceptifs avant leur départ d’Ethiopie.

Outre les deux vagues de 1984 et 1991, Israël a fait venir des « Falashmoras », des juifs d’Ethiopie convertis de force au christianisme au XIXe siècle et dont les derniers membres considérés comme des ayants-droit à l’immigration étaient regroupés dans des camps de transit en Ethiopie.

Israël a décidé en novembre 2010 que 8 000 Falashmoras pourraient immigrer au cours des quatre années suivantes.

Les Falashmoras ne bénéficient pas de la Loi du retour qui permet à tout juif de la diaspora d’immigrer en Israël et d’en devenir ipso facto citoyen ; ils doivent se convertir au judaïsme pour être considérés comme naturalisés.

« Tous ceux qui répondaient aux critères ont pu immigrer en Israël », a assuré à l’AFP un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.