Pendant que 40 fidèles assistaient à l’office de congrégation Beth Israël de Charlottesville, Virginie, samedi, pendant une demi-heure, trois hommes suspects en treillis militaire et armés de fusils semi-automatiques se tenaient de l’autre côté de la rue.

Le président de la synagogue, Alan Zimmerman, avait demandé une protection policière pour les fidèles, mais elle lui avait été refusée. Avec une violente manifestation attendue pour ce jour, aucune force ne pouvait être déployée ailleurs.

Cette décision semblait justifiée par les évènements de samedi, quand un suprématiste blanc de 20 ans, James Fields, a tué Heather Heyer, 32 ans, et blessé 20 autres personnes en fonçant avec sa voiture sur un groupe de militants protestant contre le rassemblement d’extrême-droite prévu dans la ville ce jour-là. D’autres violences ont aussi éclaté dans toute la ville.

Zimmerman a écrit lundi sur un blog que les « parades de nazis sont passées devant notre bâtiment, criant ‘il y a une synagogue !’ puis des ‘Sieg Heil’ [salut nazi] et d’autres termes antisémites. Certains portaient des drapeaux avec la croix gammée et d’autres symboles nazis. »

La police déployée avant un rassemblement d'extrême-droite à Charlottesville, Virginie, le 12 août 2017. (Crédit : capture d'écran du documentaire de Vice ‘Charlottesville: Race and Terror,’ diffusé le 14 août 2017)

La police déployée avant un rassemblement d’extrême-droite à Charlottesville, Virginie, le 12 août 2017. (Crédit : capture d’écran du documentaire de Vice ‘Charlottesville: Race and Terror,’ diffusé le 14 août 2017)

« S’ils avaient essayé d’entrer, je ne sais pas ce que j’aurai pu faire pour les arrêter, mais je ne pouvais pas décoller mon regard d’eux, a écrit Zimmerman. Peut-être que la présence de notre garde armé les a dissuadés. Peut-être leur présence était une simple coïncidence, et que je suis paranoïaque. Je ne sais pas. »

Zimmerman n’a pas été paranoïaque.

Un documentaire de Vice du 14 août diffusé par HBO et détaillant les évènements des violentes manifestations de Charlottesville montre que les Juifs étaient une cible évidente des leaders des mouvements unifiés de l’extrême-droite.

Le documentaire commence par les images, maintenant célèbres, d’hommes blancs, torches à la main et en polo, chantant « les Juifs ne nous remplaceront pas ». Il présente ensuite une interview de Christopher Cantwell, un orateur très en forme de Unite the Right, qui discute honnêtement de son dégoût pour le président américain Donald Trump, qui « a donné sa fille à un Juif ».

Christopher Cantwell, membre du rassemblement Unite the Right. (Crédit : capture d'écran du documentaire de Vice ‘Charlottesville: Race and Terror,’ diffusé le 14 août 2017)

Christopher Cantwell, membre du rassemblement Unite the Right. (Crédit : capture d’écran du documentaire de Vice ‘Charlottesville: Race and Terror,’ diffusé le 14 août 2017)

Cantwell demande à Elspeth Reeve, journaliste de Vice, « pensez-vous que vous pourriez avoir le même avis que moi sur les races et voir ce bâtard de Kushner se promener avec cette fille magnifique ? » (Il ne mentionne pas que cette fille magnifique, Ivanka Trump, que Jared Kushner, conseiller du président, a épousé, est maintenant elle-même juive.)

Interview après interview de nationalistes blancs interrogés au hasard, Reeve enregistre des propos similaires.

Barbe ringarde et casquette sur la tête, le journaliste du Daily Stormer Robert ‘Azzmador’ Rey affirme que, si une partie des manifestations de Charlottesville a été annulée, c’est « parce que cette ville est dirigée par des communistes juifs et des nègres criminels. » Un autre nationaliste blanc, Matthew Heimback, dit que c’est à cause de « la gauche radicale, les corporations et l’état, qui sont tous du même côté juif. »

Ivanka Trump et Jared Kushner à la Cour royale saoudienne de Ryad, le 20 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Ivanka Trump et Jared Kushner à la Cour royale saoudienne de Ryad, le 20 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Dans une vidéo publiée sur YouTube, David Duke, ancien dirigeant du Ku Klux Klan (KKK), affirme lui aussi que les médias, le système politique et la réserve fédérale des Etats-Unis sont « dominés par une minuscule minorité, la garde juive sioniste, qui soutient Israël, qui est l’ethno-état juif. »

Dans un article publié par The Atlantic sur les attaques contre les Juifs à Charlottesville, David Nirenberg, historien de l’université de Chicago, explique certaines des raisons historiques de ces attaques.

« Depuis Saint-Paul, le christianisme et toutes les religions qui en sont nées – l’islam, les philosophies laïques en Europe, etc. – ont appris à penser leur monde pour surmonter les dangers du judaïsme, explique Nirenberg. Nous avons ces blocs de construction vraiment fondamentaux […] pour penser le monde et ce qui n’y va pas […] en pensant au judaïsme. »

Pour les organisateurs des manifestations Unite the Right de ce week-end, le temps est cependant venu de cesser de penser, et de commencer à agir. « Nous quittons internet en grande pompe […] pour venir […]. Nous avons commencé à dévoiler notre niveau de puissance, et vous n’avez encore rien vu », a dit Ray, le journaliste du Daily Stormer, à Vice.

De même, Cantwell affirme que « la retenue qu’ont montré nos hommes était époustouflante […]. Je pense que bien plus de personnes vont mourir avant que nous en ayons fini ici […]. Nous voulons une patrie. »

Christopher Cantwell, membre du rassemblement Unite the Right. (Crédit : capture d'écran du documentaire de Vice ‘Charlottesville: Race and Terror,’ diffusé le 14 août 2017)

Christopher Cantwell, membre du rassemblement Unite the Right. (Crédit : capture d’écran du documentaire de Vice ‘Charlottesville: Race and Terror,’ diffusé le 14 août 2017)

La communauté juive de Charlottesville avait embauché des gardes de sécurité et déplacé ses inestimables rouleaux de Torah avant les manifestations du week-end. Ces préparatifs semblent aujourd’hui justifiés, a écrit Zimmerman, le président de la communauté.

« Le fait qu’une calamité ne se soit pas abattue samedi sur la communauté juive de Charlottesville n’est pas dû à nos politiciens, à notre police, ni même à nos efforts, mais à la grâce de Dieu », a-t-il écrit.