NEW YORK – Quand le Rabbi de Loubavitch, Menachem Mendel Schneerson, est décédé en 1994, on pouvait craindre que son mouvement allait disparaître avec lui. Vingt ans après la mort du chef spirituel de Habad-Loubavitch, l’esprit du mouvement continue de plus belle. Il parvient encore et toujours à atteindre des milliers de nouvelles familles juives dans toutes les parties du globe.

Cette puissante vitalité a été démontrée il y a quelques semaines dans un énorme entrepôt de South Brooklyn qui a accueilli les émissaires du Rabbi – ou « Chloukhim » – du monde entier pour la Conférence internationale annuelle des émissaires Habad-Loubavitch. Dans cet entrepôt faiblement éclairé, on pouvait malgré tout ressentir l’énergie lyrique des 4 200 rabbins, et de plus de 1 000 invités, tous réunis ici au nom du judaïsme.

Le rassemblement a évolué pour devenir, comme l’a rappelé le rabbin Lévi Slonim de Binghamton [Etat de New York] « la plus grande réunion de famille dans le monde ».

Avec 80 pays représentés – y compris de nouvelles « recrues » comme l’Angola, le Ghana, la Jamaïque et le Kenya – et 49 États américains [le Dakota du Sud étant la seule exception] – vous ne pouvez pas vous attendre à ce qu’un tel événement ait un tel degré d’intimité. En dépit du nombre, la conférence faisait vraiment ressentir l’ambiance d’un rassemblement de vieux amis.

Quand le Rav Yehuda Krinsky, un des responsables du mouvement, a évoqué le Rabbi en fin de vie à travers des histoires, l’entrepôt ressemblait à un cercle de copains célébrant un membre chéri de l’unité. C’est peut-être cette relation si personnelle avec l’essence du « Rebbe » qui aide à garder son héritage si vivace.

« Année après année… j’ai senti un changement perceptible, une félicité palpable dans la disposition du Rabbi, » a déclaré Krinsky, assimilant le rassemblement des « Chloukhim » à des « enfants rentrant à la maison voir leur père. »

Photo de famille prise lors de la conférence anuelle des émissaires de Chabad (Crédit : Adam Ben Cohen/Chabad.org)

Photo de famille prise lors de la conférence anuelle des émissaires de Chabad (Crédit : Adam Ben Cohen/Chabad.org)

« Le Rabbi voulait que tous les Juifs puissent avoir accès à la Torah et aux mitsvot dans tous les pays, » a déclaré à l’assemblée Yuli Edelstein, le président de la Knesset. « Il savait que réunir les Juifs en les reliant à leur patrimoine allait apporter la rédemption au monde. »

Faisant écho à ces sentiments, le rabbin Asher Federman, unique émissaire de Habad aux îles Vierges, qui s’y est établi en 2005 et qui a réussi à créer un minyan quotidien [le minyan est le quorum requis pour la prière] accueille des dizaines de milliers de juifs chaque année. Selon Federman, les Juifs vivant dans les îles Vierges se tournent vers Habad pour trouver ce qu’il appelle leur « vraie maison ».

« Ils sentent la challah [pain du chabbat] de leur grand-mère. La soupe de poulet leur rappelle leur enfance » a raconté Federman. Il a affirmé que même les visiteurs de l’île qui ne sont pas ancrés dans les coutumes juives trouvent du réconfort dans son Beth Habad. Le rabbin a vu des voyageurs portant les Téfilines [phylactères] pour la première fois sous son toit. Quelques-uns ramèneront un peu de ces traditions chez eux : un souvenir inattendu de leurs vacances sur cette île des Caraïbes !

Federman résume : « C’est un produit très visible dans un tout petit marché » citant la petite taille des îles Vierges.

Chabad shlichim venu du monde entier assister à la conférence annuelle (Crédit : Adam Ben Cohen/Chabad.org)

Chabad shlichim venu du monde entier assister à la conférence annuelle (Crédit : Adam Ben Cohen/Chabad.org)

Des sentiments similaires ont été exprimés par le populaire rabbin Yossef Kantor, un émissaire de Thaïlande, où il y a déjà sept « Beth Habad ». Celui-ci a prononcé une des maximes qui pourraient résumer le business model : « Habad devrait être comme Gimbels [une chaîne de grands magasins américaine, mais qui n’existe plus aujourd’hui]. Pour tout Juif, pour tout ce dont il a besoin … ils savent ce qu’ils vont trouver ici » a déclaré Kantor.

De toute évidence, Habad-Loubavitch emploie son sens des affaires à diffuser son message. Peut-être que c’est une des raisons pour lesquelles l’optimisme de Habad a été conforté dans un pays où le judaïsme a mis des années à se reconstruire – l’Allemagne.

« Nulle part y a-t-il un plus grand contraste entre l’obscurité du passé et la lumière de l’avenir, » a déclaré le rabbin Yehuda Teichtal, émissaire à Berlin. « A travers Habad, a assuré Teichtal, nous avons vu l’espoir d’un retour dans ce pays. »

En fin de compte, l’esprit de Habad et du « Rebbe » lui-même se résume à une mentalité qui ne passera jamais de mode : l’accueil chaleureux de tout un chacun, et de tous les Juifs, hommes, femmes et enfants.

Les émissaires dansant en cercle à la conférence (Crédit : Adam Ben Cohen/Chabad.org)

Les émissaires dansant en cercle à la conférence (Crédit : Adam Ben Cohen/Chabad.org)

Alors qu’au cours de cette soirée, le Rabbi de Loubavitch aurait eu la part du lion quant à l’affection de la salle, l’amour pour l’autre pouvait se ressentir fortement aussi. Il semblait impossible au début, par exemple, d’avoir une minute avec le rabbin Kantor, incroyablement populaire, qui a reçu plus de salutations en l’espace de quelques instants qu’une personne moyenne n’arrive à recueillir pendant toute une vie. Mais Kantor, lui aussi, avait du temps pour tout le monde.

Au milieu de tous ces émissaires, j’ai dû m’engager dans de longues conversations animées, ainsi que dans des cercles de prière, puis je me suis retrouvé dans une danse gigantesque jusqu’à la fin de la nuit. On ne peut pas vraiment imaginer cela tant qu’on ne l’a pas vécu avec une foule de 4 200 rabbins autour de soi.