WASHINGTON – Jamie Raskin n’a pas été surprise par les sentiments virulents qui ont été exprimés suite aux évènements de Charlottesville, en Virginie, où un rassemblement nationaliste blanc a pris une tournure violente et meurtrière.

« En tant que membre du congrès juif, vous avez à faire à toute une série des correspondances extrémistes et antisémites sur les réseaux sociaux », a-t-il déclaré dans une interview au Times of Israel. « Je savais que ça existait. La seule chose surprenante est que les suprématistes blancs et les néo-nazis qui ont manifesté n’ont pas pris la peine de dissimuler leur identité.

Pour Raskin, dans son premier mandat au Congrès, c’est le signe qu’un élément marginal de la société américaine se sent désormais assez fort pour s’exprimer avec plus de force que par le passé.

Mais le plus bouleversant pour lui a été la réaction président américain Donald Trump, qui, à plusieurs reprises, a tenté de mettre sur un pied d’égalité les nationalistes blancs et leurs opposants.

« D’une part, vous aviez les méchants, et d’autre part, vous aviez un groupe qui était également très violent, et personne ne veut le dire, mais je vais le dire », a dans le luxueux lobby de la Trump Tower à New York mardi, ajouté qu’il y avait aussi « des gens bien des deux côtés. »

Pour Raskin, un message a été envoyé. « L’affirmation éhontée d’une équivalence morale entre les deux côtés est une invitation directe à davantage de rassemblements néo-nazis. »

Le président américain Donald Trump avant sa conférence de presse à la Trump Tower, à New York, le 15 août 2017. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)

Le président américain Donald Trump avant sa conférence de presse à la Trump Tower, à New York, le 15 août 2017. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)

« Le problème avec les messages du président est que cela invite désormais à reproduire ces évènements dans tout le pays », a-t-il poursuivi. « David Duke et compagnie vont maintenant organiser des rassemblements dans vos salles de quartier. »

En effet, celle qu’on appelle la droite alternative, un rassemblement de groupes d’extrême droite, de néo-nazis, de suprématistes blancs et autres, ont prévu des rassemblements dans neuf villes américaines ce samedi. Par ailleurs, Duke, ancien chef du Ku Klux Klan, ne s’est pas gêné pour saluer les remontrances faites par le président aux contre-manifestants. Dans un tweet publié peu après l’infâme conférence de presse de Trump mardi, il l’a remercié pour « son honnêteté et son courage à dire la vérité à propos de #Charlottesville ».

Manifestation du Ku Klux Klan contre le retrait d'une statut équestre du général confédéré Robert Lee d'un jardin public de Charlottesville, en Virginie, le 8 juillet 2017. (Crédit : Chet Strange/Getty Images/AFP)

Manifestation du Ku Klux Klan contre le retrait d’une statut équestre du général confédéré Robert Lee d’un jardin public de Charlottesville, en Virginie, le 8 juillet 2017. (Crédit : Chet Strange/Getty Images/AFP)

La première réponse de Trump samedi, après qu’un jeune homme de 20 ans a foncé dans la foule en voiture, tuant une jeune femme et blessant au moins 19 autres personnes, était de dire que « beaucoup de groupes » étaient responsables, et a catégoriquement refusé de mentionner les groupes racistes qui avaient organisé le rassemblement.

Deux jours plus tard, c’est à contre-cœur qu’il a critiqué nommément le Ku Klux Klan et les néo-nazis, qui ont joué un rôle fondamental dans cette manifestation. Mais mardi, il a réitéré sa déclaration d’origine, et a réprimandé, avec une intensité égale, « les deux côtés ». Avant de se rétracter le lendemain.

Raskin, dont la sœur vit à Charlottesville, a déclaré que le rassemblement « Unite the Right », qui protestait contre le déboulonnement d’une statue du général confédéré Robert E. Lee, était le fruit d’un mécontentement que le président a galvanisé.

« Donald Trump attise l’amertume des blancs et leur ressentiment depuis des années, et ce que nous avons vu à Charlottesville, était un chaudron bouillant d’hommes du Klan, de skinheads, de néo-nazis et de nationalistes blancs en colère », a expliqué Raskin.

« C’était la plus grande concentration de personnes qui ont entendu le message de Steve Bannon durant la campagne de 2016 », a-t-il ajouté, en référence au chef de la stratégie de la Maison Blanche, qui dirigeait Breitbart News, un média qu’il a lui-même décrit comme « la plate-forme de la droite alternative ».

« Évidemment, partout où vont les fascistes, ils attirent un nombre important de manifestants non-violents, mais aussi des gens qui sont décidés à tenter de les écraser », a-t-il dit. « Et les néo-nazis le savent très bien. »

« S’ils continuent à organiser des rassemblements de ce type, et que le président réagit en fustigeant gentiment les deux clans, cela leur donne du courage pour répandre des idées encore plus fascistes et faire davantage de rassemblements. »