Dan Shapiro, l’ancien ambassadeur américain en Israël, a indiqué dimanche qu’il aurait préféré que Washington ne permette pas au Conseil de Sécurité des Nations Unies de passer une résolution condamnant les implantations en décembre dernier.

Il rejette toutefois fermement l’affirmation du gouvernement israélien que l’administration Obama a tendu un piège à Jérusalem en étant à l’origine et en faisant la promotion de la résolution. Il a noté que, six mois plus tard, Israël n’a toujours pas montré la preuve qu’il avait promis de fournir afin d’étayer cette accusation.

« A un niveau personnel, j’aurais pu me passer de cette résolution, a déclaré Shapiro au sujet de la résolution 2334 du 23 décembre alors qu’il s’exprimait à l’événement le ‘Times of Israël Présente’ organisé à Jérusalem. Entre autres choses, cela a eu lieu pendant la semaine de la bat mitzvah de ma fille. J’étais plutôt focalisé sur d’autres choses, y compris sa belle parasha [portion hebdomadaire de Torah], que j’avais appris à ma fille à layn [réciter], et la famille, et d’autres éléments. C’est donc quelque chose dont j’aurais pu me passer ».

Shapiro est resté en Israël avec sa famille pour l’année suivante et il est maintenant un chercheur invité au think tank de l’Institut pour les Etudes en Sécurité National à Tel Aviv. Il défend la résolution comme étant « parfaitement en accord avec les politiques américaines à long terme ». Mais il a révélé dimanche qu’il avait recommandé que Washinton emprunte une voie différente. « J’ai suggéré quelque chose d’autre », a-t-il dit à David Horovitz, fondateur et rédacteur en chef du Times of Israel, au cours d’un entretien d’une heure et demi.

Au lieu que les Etats-Unis s’abstiennent de mettre leur véto sur la proposition par la Malaisie, la Nouvelle Zélande, le Sénégal et le Vénézuela, une décision qui a permis à la résolution de passer, Shapiro a proposé de rédiger un texte sur le modèle du rapport de juillet 2016 publié par le Quartet du Moyen Orient. Ce rapport était considéré comme étant beaucoup plus équilibré, puisqu’il soulignait de manière significative l’incitation à la haine palestinienne et condamnait le « renforcement militaire illégal » et les activités terroristes du Hamas.

Le Conseil de sécurité vote la résolution 2334, adoptée avec 14 voix pour, zéro contre et une abstention, celle des Etats-Unis, le 23 décembre 2016. (Crédit : Manuel Elias/Nations unies)

Le Conseil de sécurité vote la résolution 2334, adoptée avec 14 voix pour, zéro contre et une abstention, celle des Etats-Unis, le 23 décembre 2016. (Crédit : Manuel Elias/Nations unies)

« Mais j’ai aussi compris que les dynamiques du Conseil de Sécurité n’étaient pas telles que nous pouvions simplement décider du contenu du texte. Il y a une négociation, et d’autres acteurs sont impliqués, a déclaré Shapiro. Franchement, ce n’était pas notre préférence de faire quoi que ce soit au Conseil de Sécurité ».

Au cours de la dernière année de l’administration Obama, des officiels américains ont discuté des mesures à prendre sur le dossier israélo-palestinien, s’il fallait en prendre, s’est souvenu Shapiro. Certains ont suggéré passer une résolution aux Nations unies, d’autres ont voulu un discours de la part du président ou de Secrétaire d’état posant les principes à adopter pour les futures administrations, et d’autres ne voulaient rien faire du tout. Le président Barack Obama n’avait pas pris de décision jusqu’au tout dernier moment, s’est souvenu son ambassadeur.

Après que Donald Trump a remporté l’élection présidentielle en novembre et a promis un changement radical dans les politiques américaines au Moyen Orient, quelque chose est devenu immédiatement « très clair », selon Shapiro : « Le président Obama n’avait absolument aucun intérêt pour une mesure forte sur la question palestinienne ».

Au lieu de cela, le président sortant était concentré pour préserver ses réussites, comme l’accord sur le nucléaire iranien, la détente avec Cuba et sa réforme phare du système de santé.

Mais Obama a été forcé de prendre une mesure, a déclaré Shapiro, par les soutiens de Trump qui auraient pu mal comprendre les politiques américaines, tout comme par des commentaires publics de certains leaders du mouvement pro-implantation en Israël.

L'ancien ambassadeur américain Dan Shapiro s'adresse à David Horovitz lors d'un évènement organisé par le Times of Israel, à Jérusalem, le 2 juillet 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

L’ancien ambassadeur américain Dan Shapiro s’adresse à David Horovitz lors d’un évènement organisé par le Times of Israel, à Jérusalem, le 2 juillet 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

« La dernière chose qu’il voulait était un affrontement avec Trump ou avec Israël, avec la communauté juive ou avec le Congrès sur cette question, a déclaré Shapiro au sujet d’Obama. Ce n’était pas quelque chose qu’il voulait, mais quelque chose qu’il a dû gérer ».

La décision finale d’Obama de ne pas mettre son véto sur le résolution du Conseil de Sécurité est intervenue dans le contexte « du mouvement fort parmi les défenseurs de la politique d’implantation » en Israël qui, après la victoire de Trump, ont commencé à crier sur les toits que l’époque d’un état palestinien était révolue et ont appelé Israël à annexer la Cisjordanie.

Dans ce climat, mettre un véto à la résolution, qui était beaucoup plus équilibrée que les précédents textes, aurait envoyé le message que les Etats-Unis ne soutenaient plus une solution à deux états, a déclaré Shapiro.

« C’était le contexte et l’atmosphère dans lesquels, à la dernière semaine de décembre – le jour de la bat mitzvah de ma fille – le président Obama a dû prendre une décision. Et un des éléments de cette décision était, s’il met son véto au texte, est-ce que, d’une certaine manière, il donnait son approbation à ce mouvement fort pour l’annexion, la légalisation et la construction généralisée d’implantations, et, par conséquence, la mort de la solution à deux états ? C’était un élément important. Il s’agissait d’une décision difficile ».

Julie Fisher, Dan Shapiro et leurs filles fêtent la victoire des Chicago Cubs durant les Wold Series au mois de novembre 2016. (Autorisation)

Julie Fisher, Dan Shapiro et leurs filles fêtent la victoire des Chicago Cubs durant les Wold Series au mois de novembre 2016. (Autorisation)

Shapiro a nié l’accusation, formulée par le gouvernement israélien à l’époque, que la Maison Blanche d’Obama avait initié le vote du Conseil de Sécurité et aidé à écrire le texte de la résolution. Jérusalem a déclaré avoir des preuves pour soutenir cette affirmation, mais rien n’a jamais été présenté au public, a fait remarquer l’ancien ambassadeur.

Ce qui s’est produit au lieu de cela, a-t-il expliqué, c’est que les Palestiniens ont demandé à leurs amis au Conseil de Sécurité de proposer une résolution, ne laissant ainsi que très peu de temps à Washington pour décider de son vote, a-t-il précisé.

« La décision de s’abstenir [au vote de vendredi], qui a été prise alors que nous étions en train de prendre le diner de Shabbat avec ma famille avant la bat mitzvah, a littéralement été prise au dernier moment. Alors je n’ai pas pu dire à aucun officiel israélien que ça allait se passer, que nous allions nous abstenir. Je ne savais pas parce qu’aucune décision n’avait été prise [jusqu’au dernier moment]. Le président ne savait pas [à l’avance]. C’est ce qui a nourri l’idée qu’il y avait un grand complot américain derrière tout cela ».

Etant donné que la résolution se contentait de refléter un consensus international sur l’illégalité des implantations en Cisjordanie et à Jérusalem Est, son approbation « n’avait pas de conséquences », a expliqué Shapiro.

Tout en évitant de critiquer la politique de l’administration Obama qui condamnait toute construction israélienne en dehors de la Ligne Verte d’avant 1967, sans se soucier de savoir si elle se situait sur une colline isolée ou un quartier de Jérusalem, Shapiro a semblé être d’accord sur le fait que la Maison Blanche aurait pu être plus compréhensive pour la construction due à un développement naturel dans des blocs d’implantations qui devraient probablement se retrouver sous contrôle israélien permanent dans n’importe quel accord de paix concevable.

« A certains moments, nous aurions pu effectuer des distinctions différentes », s’est-il autorisé à dire. L’administration pensait que des blocs d’implantations auraient un destin différent que des implantations isolées, même si ce sentiment « ne s’est pas toujours ressenti », a-t-il déclaré. « Il était plus aisé de percevoir ces distinctions dans nos discussions privées que dans certaines de nos réactions publiques ».

S’exprimant devant un public nombreux à la Cinémathèque de Jérusalem, Shapiro a parlé de l’administration américaine actuelle et il a formulé des réserves fortes sur le style personnel de Donald Trump ; il est pourtant largement d’accord, jusqu’à présent, avec les politiques du président pour le Moyen Orient.

« Ce n’est pas ma tasse de thé », a-t-il déclaré au sujet de la présidence Trump, et il n’a pas voté pour Trump, « évidemment ».

« Il y a beaucoup de choses qui me préoccupent concernant ces politiques, a-t-il expliqué. Il y a beaucoup de choses qui me préoccupent qui vont au-delà des politiques, qui concernent la santé de nos institutions, la type de discours que nous formulons les uns avec les autres, et les valeurs que nous communiquons à nos enfants… et, d’une certaine manière, cela concerne l’ordre international que nous avons pris pour acquis ».

Beaucoup de dégâts ont été faits par certaines des décisions du président, a-t-il attaqué. « Alors, en tant qu’Américain patriote, je suis très inquiet de tout cela ».

Pourtant, l’initiative de l’administration pour pousser pour une paix israélo-palestinienne « est quelque chose que je soutiens vraiment ».

Le président et son équipe – il a cité Jared Kushner, Jason Greenblatt et David Friedman – poursuivent des objectifs qui « ressemblent beaucoup, selon moi, aux politiques américaines traditionnelles », a-t-il ajouté : aider les deux camps à négocier un terme à leur conflit, dénoncer l’incitation et la glorification de la violence des Palestiniens, inciter Israël à arrêter l’expansion des implantations, et essayer d’impliquer les états sunnites arabes à se joindre à cet effort grâce à des gestes de normalisation envers Israël ».

« Pour moi, il s’agit d’une politique familière et reconnaissable, a-t-il déclaré. On peut penser que ce n’était pas la ligne de conduite de la précédente administration ».