Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault est arrivé lundi soir en Arabie saoudite pour réaffirmer « le partenariat stratégique » qui lie les deux pays sur fond d’inquiétudes concernant la politique étrangère du nouveau président américain Donald Trump.

Ayrault, qui effectue sa première visite ministérielle à Ryad, doit évoquer avec ses interlocuteurs « les principaux sujets régionaux, notamment la situation au Yémen, en Irak, en Libye et en Syrie », a indiqué le Quai d’Orsay dans un communiqué.

Il doit s’entretenir avec son homologue saoudien Adel al-Jubeir et être reçu par le roi Salmane, selon son programme.

Les relations de la France avec l’Arabie saoudite se sont développées sous la présidence de François Hollande.

Ce développement est survenu au moment où l’Arabie saoudite a commencé à tisser de nouvelles alliances pour contrer l’Iran, après s’être sentie lâchée par Washington, son allié traditionnel, avec l’ouverture amorcée par l’ex-président Barack Obama en direction de l’Iran, rival régional du royaume.

L'envoyé des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, et le ministre kazakh des Affaires étrangères, Kairat Abdrakhmanov, à Astana, le 22 janvier 2017. (Crédit : Ilyas Omarov/AFP)

L’envoyé des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, et le ministre kazakh des Affaires étrangères, Kairat Abdrakhmanov, à Astana, le 22 janvier 2017. (Crédit : Ilyas Omarov/AFP)

La visite d’Ayrault coïncide avec le début à Astana de négociations de paix sur le conflit en Syrie, organisées par la Russie, la Turquie et l’Iran.

Donald Trump, qui a succédé vendredi à Barack Obama, a suscité en Europe et ailleurs dans le monde des craintes sur son isolationnisme affiché.

Avant l’investiture d’Trump, le ministre saoudien des Affaires étrangères avait affirmé le 17 janvier que son pays était « optimiste » et qu’il avait « hâte de travailler » avec la nouvelle administration Trump.

Durant sa campagne électorale, Trump a promis de transférer l’ambassade des Etats-Unis en Israël de Tel Aviv à Jérusalem, une initiative qui, avait indiqué Ayrault, aurait « des conséquences extrêmement graves ».

Pendant sa visite, Ayrault, interrogé sur le rétablissement de l’aide militaire saoudienne au Liban, a déclaré que le pays a besoin d’être aidé et que son armée est « un facteur d’unité ».

« C’est un pays qui doit être aidé », a indiqué Jean-Marc Ayrault aux journalistes dans la capitale saoudienne où il est en visite.

« Je sais que l’armée nationale libanaise est un facteur d’unité et de rassemblement », a-t-il ajouté, soulignant que tout devrait être « fait pour stabiliser et aider » ce pays.

Michel Aoun, président du Liban, en 2015. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Michel Aoun, président du Liban, en 2015. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Au terme d’une visite du président libanais Michel Aoun début janvier à Ryad, un responsable libanais avait indiqué que Ryad et Beyrouth avaient convenu de tenir des discussions sur le rétablissement de l’aide militaire saoudienne.

Ryad avait interrompu en février son aide de trois milliards de dollars à l’armée libanaise ainsi que le reste d’un financement d’un milliard destiné aux forces de sécurité libanaises, pour protester contre des prises de position « hostiles résultant de la mainmise du Hezbollah sur l’Etat », en référence au puissant mouvement terroriste chiite libanais.

Le royaume saoudien avait classé en mars le Hezbollah organisation « terroriste », déplorant notamment des « campagnes de presse » contre la monarchie sunnite « inspirées » par le groupe.

L’Arabie saoudite soutient les groupes rebelles syriens opposés au président Bashar el-Assad alors que le Hezbollah combat en Syrie aux côtés du régime.

Le programme d’aide saoudien à l’armée libanaise prévoit la livraison de différents types d’armement en provenance de la France. Certains équipements ont été livrés et une deuxième livraison était prévue au printemps 2016.

La première livraison de ce très gros contrat de 2,2 milliards d’euros, destiné à moderniser l’armée libanaise, est intervenue en avril 2015. La France avait alors livré 48 missiles antichar Milan.

Une série d’autres équipements, dont des véhicules blindés, devaient être initialement livrés en 2015 mais ce calendrier n’avait pas été tenu.

Jean-Marc Ayrault à Angers, le 12 février 2014 (Crédit : AFP/Frank Perry)

Jean-Marc Ayrault à Angers, le 12 février 2014 (Crédit : AFP/Frank Perry)

La visite d’Ayrault en Arabie saoudite, qui s’achève mardi, fera suite à celle en France en juin du vice-prince héritier Mohammed ben Salmane, ministre de la Défense et artisan d’un ambitieux programme, Vision 2030, destiné à diversifier l’économie saoudienne, trop dépendante du pétrole.

Le chef du Quai d’Orsay, qui évoquera aussi les liens économiques avec le royaume, s’est rendu mardi matin sur le chantier du métro de Ryad, un projet de 22 milliards d’euros, dont une partie des travaux est assurée par l’entreprise française Alstom.

Ayrault visitera également la cité des sciences et des technologies Roi Abdulaziz, l’agence saoudienne pour la recherche, et soulignera l’importance de la coopération scientifique et technologique, selon le Quai d’Orsay.

La France est le troisième investisseur étranger en Arabie saoudite.