Le pape Jean XXIII, qui sera canonisé dimanche au Vatican, était « le meilleur pape de l’histoire pour le peuple juif », estime l’un des fondateurs de la Fondation Raoul Wallenberg, Baruch Tenembaum.

Il a sauvé des milliers de vie durant la Shoah et ouvert le dialogue judéo-chrétien, souligne-t-il dans un entretien à l’AFP à New York, au siège de la Fondation.

De son vrai nom Angelo Giuseppe Roncalli, Jean XXIII « a fait des choses tellement extraordinaires, je suis ravi qu’il soit déclaré Saint, même si la béatification ne me touche pas, en tant que juif ».

« C’est évident pour moi, sans aucun doute, Jean XXIII Roncalli a été le meilleur pape de l’histoire pour le peuple juif. (…) Il n’aurait pas pu faire plus qu’il n’a fait », ajoute Baruch Tenembaum, Argentin de 80 ans, très connu pour son engagement en faveur du dialogue inter-religieux. En 2009, il était l’un des candidats au prix Nobel de la Paix.

En tant que délégué apostolique en Turquie à partir de 1935, Jean XXIII aidera à sauver des milliers de juifs d’Europe de l’Est des persécutions nazies, faisant distribuer par la délégation apostolique des certificats de baptême ou de conversion, raconte-t-il.

« A cette époque, avoir un certificat d’identité catholique vous sauvait la vie, c’était montrer que vous n’étiez pas juif », explique Baruch Tenembauch. « Il donnait des certificats de conversion, avec des noms et prénoms qui correspondaient ».

Il ira même jusqu’à envoyer des « certificats en blanc » au nonce apostolique à Budapest, Angelo Rotta, pour que celui-ci en dispose en accord avec la communauté juive de Hongrie, souligne-t-il.

Tenembaum a proposé que Jean XXIII soit reconnu comme « juste parmi les nations », titre décerné par le mémorial de Yad Vashem au nom de l’Etat d’Israël.

« Je suis Joseph votre frère »

La fondation Raoul Wallenberg tient son nom d’un diplomate suédois envoyé à Budapest durant la deuxième guerre mondiale, et qui avait sauvé entre 30 000 et 100 000 juifs avant d’être arrêté en 1945 par l’Armée rouge, sans que l’on sache ce qu’il est devenu ensuite.

Elle a pour but de préserver sa mémoire et celle de ceux qui ont sauvé de nombreuses vies, et pas seulement durant les persécutions nazies.

Elle a notamment fait de grands efforts pour diffuser l’oeuvre de Jean XXIII (1881-1963) quand il était délégué apostolique en Turquie, sur laquelle n’existe pas assez de documentation officielle, selon M. Tenembaum.

S’y ajoutent aussi selon lui ses gestes d’ouverture en faveur d’un dialogue inter-religieux, quand il était Pape entre 1958 et 1963.

Jean XXIII « a été le premier à se débarrasser » de certains termes, éliminant par exemple le mot « perfide », associés aux juifs durant la prière du vendredi Saint, dit-il.

Et quand une délégation juive américaine lui rend visite au Vatican, au lieu de l’accueillir sur son trône, il s’avance et la salue en lui disant « Je suis Joseph votre frère », en référence à un épisode biblique de réconciliation fraternelle, ajoute-t-il.

Roncalli, avant de devenir Pape, sera aussi nonce apostolique en France. Il y jouera là encore un rôle important dans le plan de partage de la Palestine approuvé aux Nations unies en 1947 et la création de l’Etat d’Israël, selon Tenembaum.

Selon des diplomates impliqués dans les négociations, il aurait pesé sur la décision du pape Pie XII de ne pas exprimer d’opinion sur cette question épineuse, laissant ainsi libres les pays à forte population catholique de voter comme ils le voulaient.

« Roncalli était allé à Rome, s’était entretenu avec le Pape, et quand il était sorti, il avait rencontré le représentant juif là-bas et lui avait dit +non seulement le pape ne va pas dire qu’il est contre, non seulement il ne va rien dire, il va faire une déclaration pour dire que le Vatican n’a pas d’opinion, c’est réglé pour vous+ », ajoute M. Tenembaum.

Il connaît bien le pape François, Argentin comme lui, et le voit comme le successeur de Jean XXIII.

« Je crois que le pape le plus proche de Roncalli c’est François », dit-il. « Du moins pour ce qu’on a vu jusqu’à présent ».

Cérémonie de canonisations au Vatican

La grande Via de la Conciliazione qui mène au Vatican était dimanche matin une forêt de drapeaux, principalement polonais, à quelques heures du début de la cérémonie de canonisations des papes Jean XXIII et Jean Paul II.

Par vagues de milliers de fidèles que la police retenait et faisait avancer, afin que l’occupation de la place Saint-Pierre et de l’avenue se fasse sans bousculade, une foule pour la plupart jeune avançait en direction de la place Saint-Pierre. Enthousiasme et fatigue marquaient les visages après la nuit blanche.

Au milieu de l’avenue, deux rangées de barrières métalliques ont été installées en vue du parcours que le pape doit faire après la messe pour rencontrer les fidèles du monde entier.

La cérémonie débutera par des chants à 07H30 GMT, et le pape François fera son entrée sur le parvis de la basilique peut avant 08H00 GMT.

Mais dès 07H00 (5H00 GMT) aux abords du Vatican, une foule hétéroclite marche d’un pas vif, pliants à la main, sacs au dos.

Des jeunes distribuent du café à la sortie du métro, tandis que des fidèles étaient encore couchés dans leur sac de couchage, posés à même l’herbe ou sur les bancs.

Une nursery « espace pour le change et le repas du bébé » a été installée sous une tente, au milieu des dispositifs des secours.

La rue qui part de le place vers la Colonnade du Bernin est fermée par un cordon imposant de membres de la protection civile et de la police. Seuls quelques officiels, dames élégantes, messieurs en costume et cardinaux passent: « una persona, un pass » crie quelqu’un.

Un groupe d’Italiens, 140 habitants de Sotto il Monte, le village d’origine de Jean XXIII, coiffés d’une casquette bordeaux avec le nom de « leur » pape dessus, fichu jaune et blanc autour au cou, arrive à passer, un ticket rouge aux armes du Vatican à la main.

On attend dans tout Rome entre 800 000 et un million de personnes pour cette double canonisation historique en présence du pape émérite Benoît XVI.