La situation est actuellement tendue à Jérusalem, mais pour certains, les tensions dans la capitale peuvent offrir une chance de réfléchir à la coexistence.

C’est la démarche des participants juifs, chrétiens et musulmans à ‘Imagine’, un événement qui a eu lieu mercredi après-midi et soir au Musée de la Démarcation de la ville dans le cadre du festival actuel d’art, Manofim.

Considéré comme un événement artistique multidisciplinaire ayant lieu dans la zone de bordure entre Jérusalem Ouest et Jérusalem Est, « Imagine » était une collaboration de Manofim, du musée, du groupe d’artistes Muslala et du Conseil de coordination interreligieuse en Israël.

L’événement a commencé par une visite guidée de l’exposition Muslala, « Et en son cœur, un mur » située le long de l’ancienne ligne de démarcation.

La ligne de démarcation était la frontière qui existait entre Israël et la Jordanie quand le pays voisin contrôlait Jérusalem Est. Le musée est situé sur l’ancienne frontière dans une maison palestinienne qui servait d’avant-poste militaire israélien surplombant la Porte de mandelbaum, l’unique passage entre les deux parties de la ville divisée.

La deuxième partie de l’événement, les prières et les réflexions sur la paix, ont eu lieu dans le musée avec six intervenants, deux pour chacun des trois cultes représentés, et une série d’interludes musicaux. A la fin, il y a eu une visite de l’actuelle exposition du musée, « Et les arbres sont partis à la recherche d’un roi », un regard sur les relations complexes entre les dirigeants et leurs sujets.

C’est un changement admirable pour une soirée, a commenté le Dr Deborah Weissman, une des intervenantes de la soirée et co-présidente du Conseil de coordination interreligieuse en Israël et ancienne présidente du Conseil International des chrétiens et des juifs.

« Je vais dire ce soir que je ne crois pas que la religion soit l’unique moyen de dialoguer », a demandé Weissman. C’est ce qui m’intéresse le plus, mais d’autres moyens passent à travers l’art, la musique, le fooball, que je ne connais pas, ou cuisiner ensemble. Le dialogue doit se faire à de très nombreux niveaux, tout ce que nous faisons humainement et que nous pouvons partager avec d’autres ».

Le Musée , situé dans une ancienne maison palestinienne qui est devenue un avant-poste militaire et plus tard un musée pour la coexistence et le dialogue (crédit photo: Avi Deror / CC-BY-SA-3.0)

Le Musée , situé dans une ancienne maison palestinienne qui est devenue un avant-poste militaire et plus tard un musée pour la coexistence et le dialogue (crédit photo: Avi Deror / CC-BY-SA-3.0)

Weissman est une actrice du dialogue intereligieux de longue date. Elle habite en Israël depuis 42 ans et est impliquée dans le monde intereligieux depuis les 26 dernières années. Maintenant, elle a pourtant l’impression que la situation est pire que depuis bien longtemps.

« Je crois qu’il y a une certaine déconnexion entre les personnes qui favorisent le dialogue et ceux qui sont au pouvoir dans les deux camps, explique-t-elle. On a pris ses distances vis-à-vis de la position qui consiste à dire : ‘D’accord, nous devons vraiment vivre ensemble, comment fait-on ?' »

Le rabbin Joël Levy, qui enseigne à la Yeshiva Conservatrice et a proposé une des prières de l’événement, a souligné que le travail de dialogue interreligieux représentait un défi à long terme, quelque chose que l’on ne peut pas commencer au moment où les choses sont tendues. La prière peut pourtant être utile, a-t-il noté.

« On veut que les gens puissent dépasser les traditions religieuses nationalistes et être capables de voir l’image de Dieu dans chacun sur terre. Nous voulons être plus ouverts pour écouter les histoires des autres, explique Levy. Pas pour dire ‘Ecoutez-moi’, mais pour être dans un espace où les gens peuvent s’écouter avec attention ».

Les organisateurs espéraient que la combinaison de l’art de la prière et de la musique pourrait aider à cet objectif.

L’événement a été préparé il y a un mois, explique Weissman, après l’été difficile qui a vu une augmentation drastique dans les incitations à la haine raciale à la fois du côté palestinien que juif.

« Des tensions fortes sont apparues cet été, explique-t-elle. Je comprends que cela venait de la peur, des tunnels découverts, c’est légitime. Mais passer de la peur à dire « mort aux arabes », ou quelque chose dans le genre est inacceptable dans une démocratie ».

Weissman a expliqué qu’elle espérait que l’événement de la soirée pourrait servir d’exemple de comment s’entendre et prier dans des langues différentes, mais avec le même objectif essentiel de vivre ensemble dans l’image divine.

De nombreux événements de coexistence et interconfessionnelles ont eu lieu à Jérusalem; en septembre, une petite foule rassemblée pour entendre l'appel du muezzin à travers les chansons et les explications d'un rabbin et Cheikh au Festival de Musique Sacrée (Crédit : Jessica Steinberg / Times of Israël)

De nombreux événements de coexistence et interconfessionnelles ont eu lieu à Jérusalem; en septembre, une petite foule rassemblée pour entendre l’appel du muezzin à travers les chansons et les explications d’un rabbin et Cheikh au Festival de Musique Sacrée (Crédit : Jessica Steinberg / Times of Israël)

Le travail interreligieux n’est pas facile en Israël, explique le Père David Neuhaus, qui a aussi récité une prière lors du rassemblement.

Nehaus est un prêtre jésuite israélien qui est à la tête de deux congrégations en Israël – les catholiques qui parlent hébreu et la grande communauté diversifiée composée des demandeurs d’asile et de travailleurs immigrés.

Il précise qu’il préfère le dialogue interreligieux dans un contexte défini.

« Lorsqu’on me demande d’intervenir, j’essaie de discerner si le dialogue sera dans le contexte, jusqu’à quel point on peut aborder le sujet de la vie quotidienne des gens que l’on représente et tout cela est vraiment influencé par le conflit », explique-t-il. « Parlons de nos traditions et de ce que nous avons en commun ».

Tout cela était prévu pour la soirée, en plus des discussions sur les possibilités de coexistence. Ce qui est important, c’est que les personnes qui participent à l’évènement s’autocritiquent pour pouvoir devenir des artisans de paix, ajoute Neuhaus.

« Ce que nous voyons à Jérusalem, c’est toujours la même chose qui prend de nouvelles formes », précise Neuhaus qui vit en Israël depuis qu’il a 15 ans, cela fait donc à peu près 40 ans.

« Il y a plus d’intolérance, plus de rejet d’autrui, plus de violence, mais tout cela a toujours été présent aussi loin que je me souvienne ».