Des violentes protestations ont continué au petit matin, dimanche, à Jérusalem alors que des manifestants palestiniens en colère se sont affrontés à la police israélienne dans plusieurs endroits de la capitale.

Au cours de pires violences depuis des années, on a également assisté à une recrudescence des attaques contre des cibles juives de la ville, même si on ne compte pas de sérieux blessés. Il y a également eu des affrontements dans les endroits sensibles de la Galilée.

Les protestations ont pris de l’ampleur pendant des jours, depuis l’enlèvement et le meurtre brutal mercredi dernier d’un adolescent palestinien que la police considère de plus en plus avoir été commis des extrémistes juifs en réponse à l’enlèvement et au meurtre de trois adolescents juifs le 12 juin par une cellule du Hamas basée à Hébron.

Les affrontements entre la police et les manifestants, presque tous des jeunes hommes palestiniens, se sont déroulés dans les quartiers de Kalandiya, Isawiya et A-Tur dans Jérusalem Est. Quelques manifestants ont été arrêtés tard samedi, mais personne ne semble avoir été blessé.

Les informations au sujet de violents incidents à travers la capitale se sont multipliées dans la nuit.

Les pompiers ont combattu les flammes entre Har Homa et le monastère Mar Elias dans le sud de Jérusalem. Les autorités considèrent que le feu a démarré par un engin explosif visant des conducteurs juifs sur une route à proximité.

Deux voitures, dont une appartenant à l’agence des Nations unies, ont été détruites dans le feu causé par une bombe dans le quartier de Nof Zion. Personne n’a été blessé dans l’incident.

A Sharafat, un village arabe près du quartier de Gilo dans le sud de Jérusalem, 200 manifestants se sont confrontés à la police. Une altercation similaire entre la police et de dizaines de lanceurs de pierres palestiniens a eu lieu dans le quartier Antonia de la Vieille Ville à Jérusalem.

Une femme juive a également été légèrement blessée dans la Vieille Ville, tôt dimanche, après avoir été attaquée par un groupe d’hommes palestiniens. Ils ont pris la fuite à l’arrivée de son mari qui tirait des coups d’arme à feu en l’air.

Une bombe incendiaire a été lancée sur une artère dans le quartier de Gilo, et deux grenades ont été lancées contre les services de sécurité près de la tombe de Rachel, sur la route de Bethléem dans le sud de Jérusalem. Personne n’a été blessé dans l’incident.

On a également annoncé qu’un véhicule juif a été attaqué par des hommes palestiniens masqués près du quartier disputé de Maaleh Hazetim sur le mont des Oliviers à l’est de la Vieille Ville.

Selon le site d’informations haredi Behadrei Haredim, environ 15 hommes palestiniens sont entrés dans Yeshivat Hatfutsot, un séminaire religieux sur le mont Sion samedi soir et ont lancé des pierres dans la salle à manger du séminaire. Les étudiants de yeshiva ont répondu en lançant des chaises, de la nourriture et de l’eau bouillante aux intrus.

Plusieurs Palestiniens ont reçu des brûlures et ont fui la scène, annonce le site web.

« Cela va créer un précédent, a déclaré le chef de la yeshiva, le rabbin Abraham Goldstein. C’est la première fois que quelque chose comme cela est arrivé sur le mont Sion. Nous avons de bonnes relations avec toutes les religions à cet endroit. Nous espérons que la police va prendre cet incident très au sérieux. »

Au moins deux bus israéliens ont reçu une pluie des pierres samedi soir, un à Jérusalem Est près du mont Scopus et l’autre près du village cisjordanien d’Auja, juste au nord de Jéricho. A l’incident du mont Scopus, le conducteur et deux passagers ont reçu des blessures légères et ont été évacués en ambulance à l’hôpital Hadassah du Mont Scopus. Dans le deuxième incident, le conducteur a été légèrement blessé, le bus et une voiture à proximité ont également été endommagés.

Des Palestiniens ont annoncé samedi soir que des dizaines de manifestants juifs étaient entrés dans le quartier arabe de Beit Tzafafa dans le sud de Jérusalem et ont lancé des pierres sur des maisons et voitures palestiniennes. Selon certaines sources, la police aurait répondu avec des armes de dispersion de la foule.

Tôt samedi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rencontré des responsables sécuritaires de haut rang. Il leur a donné l’instruction de répondre à la violence et aux agitations d’une main ferme, en ajoutant que les délinquants seraient traités avec sévérité.

A Nazareth, pas moins de 1 000 manifestants sont allés dans les rues samedi soir au cours d’une manifestation marquée par une flambée de violence, y compris des jets de pierre contre la police et l’incendie d’une poubelle de la ville.

Les pierres ont été jetées contre les véhicules sur la route 2, l’autoroute principale de la côte entre Tel Aviv et Haïfa samedi soir. Personne n’a été blessé dans l’incident.

Les forces de police ont été déployées dans la ville de Galilée de Taybe samedi pour empêcher la route 444, qui coupe à travers la ville, d’être bloquée par des manifestants. Ces derniers sont néanmoins descendus dans les rues dans la soirée, après avoir rompu le jeûne du Ramadan. Ils ont brûlé des pneus, lancé des pierres à l’entrée de la ville et barricadé des plus petites rues.

« Il y a seulement quelques manifestants qui ont brûlé des pneus et lancé des pierres à l’entrée de la ville », a déclaré un résident au site d’informations en hébreu Walla. « La plupart des résidents sont dans leurs maisons, marchent dans les rues et sont assis aux terrasses des cafés. »

On a fait état de violentes émeutes dans la région de Wadi Ara dans le nord d’Israël, foyer d’une large population arabe israélienne. La police a déclaré avoir reçu des pierres et a répondu avec armes de dispersion de la foule au cours de plusieurs incidents samedi dans la zone.

Des manifestations ont également eu lieu samedi aux alentours de Kalanswa, dans l’Est de Netanya, à la suite de violents affrontements avec les forces de sécurité tôt samedi. Des centaines de personnes ont chanté des slogans, lancé des pierres et brûlé des pneus dans plusieurs manifestations dans la zone. La police est arrivée sur les lieux, et, après avoir demandé aux manifestants de se disperser pacifiquement, elle a essayé de disperser la foule avec des équipements anti émeutes.

Les routes d’entrée et de sortie de la ville étaient fermées par les forces de sécurité. Un porte-parole de la police a déclaré que les officiers autoriseraient « toute forme légitime de protestation, mais que toute conduite désordonnée sera traitée fermement ».

Le maire de Kalanswa a essayé de calmer les résidents arabes en leur demandant d’éviter de faire de émeutes et de quitter les rues.

Samedi matin, un motocycliste de 20 ans a été attaqué par des manifestants près de l’entrée de Kalanswa alors qu’il roulait pour rentrer dans la ville. Il a été hospitalité dans un état stable à l’hôpital Meir près de Kfar Saba.

L’incident a suivi plusieurs attaques sur des conducteurs juifs par des hommes masqués sur la route 5614 vers Kalanswa qui était bloquée à cause des pneus brûlés dans la nuit de vendredi.

Les hommes masqués ont commencé par demander aux conducteurs sur la route s’ils étaient juifs. Deux des conducteurs qui ont répondu en hébreu ont été tirés de leurs véhicules et battus. L’un d’entre eux a réussi à rentrer dans sa voiture et partir tandis qu’un autre s’est enfui à pieds. Sa voiture a été brûlée.

Un officier de police en uniforme a également été attaqué sur la route. Il s’est échappé à pied et son véhicule a subi des dommages.

Plusieurs cocktails Molotovs ont été lancés contre le village juif de Mei Ami dans la région de Wadi Ara samedi. La police a été appelée sur la scène.

On a cité une source de police de haut rang anonyme dans les médias israéliens samedi, disant que les confrontations à Jérusalem Est et dans les communautés arabes israéliennes devraient augmenter dans les jours à venir, avec « de plus en plus de personnes dans les émeutes ».

Le ministre de la Sécurité publique Yitzhak Aharonovitch a déclaré samedi matin qu’il y aurait une tolérance zéro pour les personnes qui décidaient de vouloir appliquer la ‘loi’ par eux-mêmes. Aharonovitch a déclaré que la police ne permettrait pas que perturbations violentes restent impunies et a promis que la justice serait rendue aux « fauteurs de troubles ».

Il a également demandé à la police d’agir avec responsabilité et retenue à cause de la situation délicate créée par la découverte lundi des corps des trois adolescents israéliens assassinés, Eyal Yifrah, 19 ans, Gilad Shaar, 16 ans, and Naftali Fraenkel, 16 ans, et de la découverte du corps d’un adolescent palestinien, Mohammed Abu Khdeir, âgé de 16 ans, dans une forêt de Jérusalem deux jours après dans ce que l’on considère être une attaque de représailles.

L’ancien chef du Shin Bet Yuval Diskin a déclaré samedi que les polices israéliennes avaient échoué et portaient la responsabilité de l’escalade actuelle de la violence.

Diskin a déclaré que les émeutes arabes n’étaient vraiment pas surprenantes alors qu’Israël continue à construire des implantations en Cisjordanie en ignorant les aspirations des Palestiniens à un Etat, en rejetant les ouvertures de paix proposées par les dirigeants palestiniens et en méprisant le fossé social entre les populations israéliennes juives et arabes.

« La détérioration (de la situation sécuritaire) est avant tout le résultat de l’illusion que la stagnation du gouvernement dans chaque domaine préserve la situation sur un statu quo », a expliqué Diskin dans un message sur Facebook.

« L’illusion que les incidents de ‘l’Etiquette de Prix » ne sont que quelques slogans sur les murs et pas du racisme évident, l’illusion qu’un petit peu plus de force réglera tout, l’illusion que les Palestiniens accepteront tout ce que nous faisons en Cisjordanie et ne répondront pas malgré la colère, la frustration et la situation économique qui s’aggrave (là-bas), l’illusion que la communauté internationale ne nous sanctionnera pas, l’illusion que les populations arabes frustrées d’Israël ne finiront pas par aller dans les rues à cause du manque d’attention à leurs problèmes », a déclaré Diskin.

Diskin a averti qu’une telle attitude ne pourrait pas tenir très longtemps, et que la situation pourrait se détériorer plus encore.

« Ce qui s’est passé ces derniers jours pourrait se détériorer davantage, même si les choses se calment pour un certain temps, ne vous trompez pas », a-t-il déclaré. « Car l’énorme stress interne au pays sera toujours là. La concentration d’émanations d’essence dans l’air ne va pas disparaître, et si nous ne trouvons pas une solution pour la diluer, la situation empirera ».

Vendredi, des officiels palestiniens ont annoncé que l’autopsie du jeune Abu Khdeir, conduite par des médecins légistes israéliens et palestiniens, a révélé que le jeune était encore en vie lorsqu’il a été brûlé. Vendredi, des milliers de personnes ont assisté à ses obsèques qui ont été précédées et suivies de violents affrontements avec les forces de sécurité dans l’Est de Jérusalem. Les affrontements se sont ensuite propagés dans les villes israéliennes arabes, y compris Kalanswa, Tira, Taibe et Baqa al-Gharbiya.

La police a arrêté 31 personnes en lien avec les émeutes dans la nuit de vendredi à samedi au cours desquelles des centaines d’Israéliens arabes ont brûlé des pneus et se sont opposés aux forces de sécurité.