Jérusalem est inquiète des résultats des élections du parlement européen dans laquelle l’extrême droite et même des partis néonazis ont radicalement gagné du terrain, explique lundi un haut responsable.

« Bien sûr, ce sont nos affaires. Nous parlons de la montée en puissance des groupes néofascistes et néonazis qui ont réussi à se faire élire et gagner une respectabilité institutionnelle et seront en mesure d’exercer une influence sur l’élaboration des politiques », a déclaré le fonctionnaire diplomatique, familier des questions européennes.

Les commentaires au Times of Israel étaient la première réponse détaillée d’Israël aux élections car les résultats ont été annoncés lundi matin.

« Evidemment, c’est un sujet de préoccupation pour nous, car cela va influencer les relations entre l’Union européenne et Israël et aussi parce qu’il affecte les Juifs vivant en Europe », a expliqué le fonctionnaire qui a parlé sous couvert d’anonymat.

Bien que prévu par les analystes, ce basculement vers la droite – qui inclut une victoire décisive du Front national en France et envoie un membre du parti néonazi allemand à Bruxelles – a choqué l’Europe, certains observateurs parlent d’un « séisme » qui va changer la face du continent.

Beaucoup de dirigeants juifs ont exprimé leur choc et leur indignation, établissant un parallèle entre les résultats des élections et la fusillade dans le musée juif de Bruxelles, qui a tué quatre personnes, dont deux touristes israéliens.

« Nous avons toutes les raisons d’être préoccupés, mais pas autant de raisons que les Européens eux-mêmes en ont », selon le fonctionnaire israélien, refusant cependant de dire ce que Jérusalem souhaite que l’UE fasse au sujet du résultat inquiétant.

« C’est aux Européens de prendre leurs responsabilités et de trouver les réponses à cette situation problématique provoquée par ces élections. Tout comme je ne veux pas qu’ils nous disent ce que nous devrions faire, nous ne leur dirons pas quoi faire. Mais la situation en Europe est de plus en plus intolérable ».

Alors qu’il serait exagéré de parler de l’émergence d’un quatrième Reich en Europe – le journal télévisé de lundi soir de la Deuxième chaîne a accompagné son sujet sur les élections d’un graphique qui montrait une croix gammée en surimpression sur le drapeau européen – les résultats, en particulier en Hongrie et en Grèce, sont inquiétants, analyse le responsable politique.

Le parti antisémite hongrois Jobbik a reçu près de 15 % du vote, qui se traduit par l’obtention de 3 des 21 sièges possibles.

En Grèce, le parti antisémite Aube dorée a reçu 9,4 % des voix, recevant également 3 des 21 sièges à Bruxelles. Les partis xénophobes et d’extrême-droite ont également obtenu de bons résultats en Autriche et en Italie.

Le Parti national démocratique d’Allemagne, ou NPD, a reçu 1 % des votes, ce qui lui permet d’envoyer un délégué au Parlement européen. « Mais c’est Allemagne, et vous pouvez vous attendre à avoir zéro voix et aucun siège pour un parti comme le NPD », a déclaré le responsable israélien. « Non pas que les autres ont des excuses [pour les votes néo-nazis], mais les Allemands en ont encore moins ».

En France, un électeur sur quatre a voté pour le Front national, parti d’extrême-droite, de Marine Le Pen, la fille du condamné pour négationnisme et raciste Jean-Marie Le Pen. Le FN est un « parti qui désoriente », a déclaré le responsable israélien.

« Il est très engagé à se cacher derrière une façade afin d’apparaître comme un parti démocratique moderne, mais ce qui n’est certainement pas le cas ».

La présidente du parti français d'extrême-droite, le Front National, Marine Le Pen, à Nanterre, le 30 mars 2014 (Crédit : Kenzo Tribouillard/AFP)

La présidente du parti français d’extrême-droite, le Front national, Marine Le Pen, à Nanterre, le 30 mars 2014 (Crédit : Kenzo Tribouillard/AFP)

Tout les personnes qui analysent plus profondément le parti va découvrir qu’il est « tout sauf démocratique et qu’il n’a pas résolu et ne s’est ni rétracté sur les aspects antisémites de ses politiques et ses déclarations faites pas le passé. Leur ambiguïté jette de sérieux doutes quant à leur engagement auto-supposé à la démocratie ».

Le parti britannique UKip, qui a dépassé les prévisions et a presque obtenu le double des voix a reçu 27,5 % des votes (24 sièges), est plus difficile à évaluer du point de vue israélien, selon le fonctionnaire.

« Il semble être plus eurosceptique que xénophobe et plus simplement populiste que fasciste», a-t-il analysé. « Le problème du populisme, c’est que vous savez toujours où vous commencez mais ne savez jamais où vous vous terminez. Le populisme est juste un autre nom pour la pente glissante ».

Cependant, les résultats des élections ne peuvent pas être liés à la fusillade de Bruxelles, met en garde le fonctionnaire, puisque l’identité et la motivation de l’auteur sont encore inconnus.

D’autres n’ont pas tardé à faire des liens.

« Cette attaque et d’autres – ainsi que les résultats de l’élection européenne – montrent un fort virage vers l’antisémitisme en Europe », a affirmé le député Dov Lipman (Yesh Atid) à l’ambassadeur de Belgique en Israël, John Cornet d’ Elzius, mardi à la Knesset.

« Et ne vous y trompez pas – il existe un lien direct entre la manière dont les dirigeants européens parlent d’Israël et la montée de l’antisémitisme. Si vos dirigeants parlent de délégitimisation d’Israël et utilisent des termes exagérés et même des termes incitants [à l’antisémitisme] au sujet de la politique d’Israël, cela fermentent ces attaques et ces idéologies ».

Mardi également, l’Anti-Defamation League [ADL] « a exprimé son inquiétude au regard du succès grandissant des partis extrémistes, y compris les partis néonazis, aux élections du Parlement européen ». Le groupe a également juxtaposé les résultats des élections avec l’attaque de Bruxelles.

« Il ne fait aucun doute que l’extrémisme politique est à la hausse en Europe, et avec elle l’antisémitisme est en hausse ainsi », le directeur national de l’ADL, Abraham Foxman, a déclaré.

« Le succès de partis politiques extrémistes, à la fois de l’extrême droite et d’extrême-gauche, n’a jamais été bon pour la démocratie ou pour les Juifs et d’autres minorités.

La tendance continue en Europe du soutien à ces partis est une cause de préoccupation accrue ».

Le « succès électoral alarmant » des partis extrémistes vont augmenter le sentiment d’insécurité des Juifs d’Europe, ajoute Foxman.

Lundi, le Congrès juif mondial a publié un communiqué déclarant que « l’avenir de la communauté juive européenne est en jeu » après ces élections.

« On ne peut pas s’attendre des Juifs qu’ils gardent le silence quand les partis radicaux ou extrémistes qui ont l’habitude d’être en marge de la politique arrivent dans les trois premiers dans plusieurs pays, et dans le cas de la France arrive en tête », indique le président du CMJ Ronald S. Lauder.

« Même s’ils restent une minorité dans le nouveau Parlement européen, ces partis seront en mesure d’influencer l’agenda européen, sauf s’ils sont complètement isolés.

Dans la foulée de l’assassinat des Juifs de Bruxelles et de Toulouse, il est grand temps que les dirigeants de l’UE conviennent d’un plan crédible sur la façon de lutter contre l’antisémitisme, le racisme et la xénophobie sur le continent, et trouvent un moyen pour que les Juifs et d’autres minorités soient efficacement protégés ».