L’Arabie saoudite a regretté jeudi la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, jugeant qu’elle est « injustifiée et irresponsable », dans un communiqué du Palais royal cité par les médias d’Etat.

Dans une rupture spectaculaire avec ses prédécesseurs, Donald Trump a reconnu mercredi Jérusalem comme capitale d’Israël, suscitant la colère des Palestiniens et une vague de réprobation bien au-delà du Proche-Orient.

« Le royaume exprime de profonds regrets après la décision du président américain de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. Il a déjà mis en garde contre les graves conséquences que peut avoir cette décision injustifiée et irresponsable », a souligné le communiqué.

Il s’agit « d’un recul dans les efforts en faveur du processus de paix et d’une violation de la position américaine historiquement neutre sur Jerusalem ».

M. Trump a par ailleurs ordonné de préparer le transfert de l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, sans fixer de calendrier pour ce déménagement qui devrait prendre des années.

Le département d’Etat va lancer « immédiatement » les préparatifs tout en renforçant la sécurité pour protéger les Américains au Proche-Orient, a annoncé peu après le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson.

Le roi Salmane d’Arabie saoudite a déjà mis en garde mercredi, lors d’une conversation téléphonique avec le président américain, contre les conséquences d’une telle décision parlant d’un « pas dangereux » susceptible de provoquer la colère des musulmans à travers le monde.

Le communiqué saoudien souligne que la décision du président Trump « va à l’encontre des droits historiques des Palestiniens à Jérusalem (…) et va compliquer le conflit entre Israël et les Palestiniens ».

« Nous espérons voir l’administration américaine revenir sur cette décision et s’accorder avec la volonté de la communauté internationale qui cherche à permettre au peuple palestinien de recouvrer ses droits légitime », ajoute encore le communiqué saoudien.

Avant l’annonce du président américain, les relations entre l’Arabie saoudite et les Etats-Unis s’étaient nettement réchauffées depuis l’élection de M. Trump qui a effectué son premier déplacement à l’étranger à Ryad en mai dernier.

En dépit des relations traditionnellement solides entre les pays, Ryad voyait d’un mauvais oeil la politique moyen-orientale de l’ancien président Barack Obama perçue comme favorable à l’Iran, le rival chiite de l’Arabie saoudite.

Israël et l’Arabie saoudite n’ont pas de relations diplomatiques.

Une fillette yéménite devant une école détruite par une frappe aérienne dans la ville de Taëz, dans le sud du Yémen, le 16 mars 2017. (Crédit : Ahmad Al-Basha/AFP)

Trump demande aux Saoudiens de laisser entrer l’aide « immédiatement » au Yémen

Par ailleurs, Donald Trump a appelé mercredi l’Arabie saoudite à ouvrir « immédiatement » l’accès à l’aide internationale au Yémen face à la grave crise humanitaire en cours dans ce pays où le président américain soutient pourtant Ryad face à « l’agression » iranienne.

« J’ai enjoint des responsables de mon administration à appeler les dirigeants du Royaume d’Arabie saoudite pour demander qu’ils permettent l’accès total de vivres, de carburant, d’eau et de médicaments pour qu’ils parviennent au peuple yéménite qui en a désespéramment besoin », écrit Donald Trump.

« Ceci doit être fait immédiatement pour des raisons humanitaires », ajoute-t-il.

La Maison Blanche avait salué fin novembre de premières mesures prises par la coalition arabe dirigée par les Saoudiens pour faciliter l’arrivée de l’aide, mais le département d’Etat américain a reconnu cette semaine que la « situation humanitaire » restait « désastreuse » au Yémen.

Théâtre de « crimes de guerre » dont a été saisie la Cour pénale internationale fin novembre, le Yémen connaît la « pire crise humanitaire au monde », selon les Nations unies. Dix-sept millions de personnes ont besoin d’aide alimentaire, dont sept millions risquent la famine.

Et la guerre ayant connu une escalade ces derniers jours, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a réclamé mercredi des « mesures audacieuses » pour permettre aux civils d’avoir accès à l’aide, jugeant insuffisantes les mesures prises par Ryad pour alléger son blocus portuaire. « Ce ne sont pas quelques bateaux au port de Hodeida et quelques camions venant d’Arabie saoudite qui vont régler le problème », a estimé Robert Mardini, chef régional des opérations au sein du CICR, dans un entretien avec l’AFP.

Le conflit oppose les rebelles houthis, soutenus par l’Iran et qui contrôlent Sanaa, la capitale, au camp du président Abd Rabbo Mansour Hadi, réfugié à Ryad et épaulé depuis 2015 par une coalition militaire commandée par l’Arabie saoudite. Et les Etats-Unis ne font pas mystère de leur position: fin novembre, ils se sont encore dits « déterminés à soutenir l’Arabie saoudite » contre « l’agression et les violations flagrantes du droit international dont se rendent coupables les Gardiens de la révolution », l’armée d’élite iranienne.

Washington a notamment mis en cause le régime iranien après le tir d’un missile en Arabie saoudite début novembre, présumé avoir été fourni aux rebelles yéménites par Téhéran.

Depuis, la situation au Yémen s’est encore dégradée.

Après avoir tué lundi leur ancien allié, l’ex-président Ali Abdallah Saleh qui s’était dit prêt à un rapprochement avec les Saoudiens, les rebelles Houthis se sont assurés le contrôle total de Sanaa où ils mènent des opérations de ratissage contre leurs adversaires. « Sanaa a connu les combats les plus violents depuis le début du conflit en mars 2015 », a affirmé le responsable du CICR.

Les violents bombardements sur la capitale ont pris au piège les civils chez eux et touché un entrepôt de médicaments du CICR qui devaient être livrés à trois hôpitaux de la ville, selon lui. « Les hôpitaux de Sanaa qui manquent de carburant pour faire fonctionner les générateurs et de médicaments ont cruellement besoin de notre aide », a plaidé Robert Mardini.

Les agences de l’ONU ont demandé une « trêve » humanitaire pour venir en aide à la population de Sanaa où les récents affrontements au sein du camp rebelle ont fait au moins 230 morts et 400 blessés, dont des civils.