AMSTERDAM (JTA) – Bien que l’été en Europe du Nord puisse être bref, les jours d’été ici semblent sans fin en raison de l’heure très tardive du coucher de soleil.

Dans la capitale norvégienne d’Oslo, par exemple, qui a une latitude 4° plus au sud qu’Anchorage, en Alaska, la journée du solstice d’été fin juin compte 19 heures de lumière du jour. Mais à la mi-août, elle ne dure plus que 15h36, presque deux heures complètes de plus qu’à New York.

Ceci est une bonne nouvelle pour les randonneurs et les Scandinaves assoiffés de soleil, après tout, une des caractéristiques des hivers très froids d’Oslo sont les longues heures punitives d’obscurité.

Mais les longues journées apportent leurs propres défis aux juifs et musulmans pratiquants d’Europe du Nord, qui jeûnent certains jours en fonction du lever et du coucher du soleil. Cela a été le cas pour les juifs à Tisha BeAv, le jour de deuil annuel qui commémore la destruction des Temples juifs de l’Antiquité qui a commencé cette année samedi soir au coucher du soleil et s’est terminé à la tombée de la nuit dimanche.

Des juifs prient ensemble au mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem, à Tisha BeAv, le 26 juillet 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des juifs prient ensemble au mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem, à Tisha BeAv, le 26 juillet 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« C’est de loin le jeûne le plus dur de l’année à cause de la longueur du jour et de la chaleur », a déclaré Yanki Jacobs, un rabbin du Habad d’Amsterdam, où le soleil s’est couché après 22h00.

« Cela fait réellement une différence de pouvoir manger à 20h00 ou à 23h00 », a dit Jacobs, qui a également confié qu’il espérait un week-end frais et pluvieux parce que « c’est plus difficile de jeûner quand il fait chaud. »

Le rabbin Joav Melchior, grand rabbin de Norvège, a rejoint l’opinion de Jacobs sur Tisha BeAv, le jeûne le plus difficile de l’année.

« En principe, cela ne devrait pas être plus difficile de jeûner en été parce que le yom tov [jour de fête en hébreu] commence aussi plus tard », a déclaré Melchior, qui a grandi en Israël.

Mais en pratique, « cela semble plus long dans le nord à cause du coucher du soleil, qui prend environ 20 minutes en Israël, mais s’étire pendant des heures en Norvège », a-t-il déclaré.

A synagogue in Oslo. (photo credit: CC BY Metro Centric, Flickr)

La synagogue de la rue Bergstien, à Oslo. (Crédit : CC BY Metro Centric/Flickr)

Aux Pays-Bas, où l’on dîne en général relativement tôt, vers 18h00, beaucoup de juifs ont l’habitude de l’allonger avant le début de Tisha BeAv, ce qui leur laisse la possibilité de se coucher plus tard pour manger, ou de jeûner bien plus que 24 heures.

A cet égard, les juifs observants sont dans le même bateau que les musulmans pratiquants, qui se languissent tard dans la soirée quand le mois de Ramadan au cours duquel les musulmans ne peuvent manger et boire que la nuit, tombe pendant l’été.

Mais la longue journée n’est qu’une des raisons expliquant que le jeûne de Tisha BeAv semble plus difficile, d’après Melchior, que celui de Yom Kippour, le jour du Grand pardon pour les juifs, qui a lieu en automne.

« A Yom Kippour, vous passez toute la journée à la synagogue, à prier, penser, réfléchir avec les autres, a-t-il expliqué. Vous ne réalisez même pas que vous jeûnez parce que vous avez tant d’autres choses à l’esprit. »

Mais Tisha BeAv est une fête « bien moins centrale » pour la communauté juive norvégienne, ce qui « signifie que vous passez beaucoup de temps seul, à jeûner chez vous, et finissez par remarquer que, hey, vous êtes vraiment en train de jeûner et que vous ne pouvez ni boire ni manger. »

En Norvège, les règles gouvernementales sur les jours de fête n’encouragent pas vraiment le jeûne à Tisha BeAv, selon Melchior.

« Les non chrétiens ont droit à deux jours libres par an selon la loi, alors que le judaïsme compte six à huit jours où le travail est interdit », a-t-il déclaré.

Bien que beaucoup d’employeurs autorisent les juifs et musulmans pratiquants à prendre des jours de congé supplémentaires par considération pour leur religion, la plupart d’entre eux gardent ces jours pour les fêtes qui sont perçues comme ayant une signification religieuse plus importante.

Selon Jacobs, aux Pays-Bas, l’attention publique portée au Ramadan, quand les employeurs prennent souvent en considération les besoins de leurs employés musulmans même quand cela n’est pas légalement obligatoire, a également augmenté l’attention portée aux jours de jeûne juifs.

Mais ceci n’est pas ressenti par Melchior à Oslo.

« Plus souvent, a-t-il dit, la réaction dans la société norvégienne au jeûne juif est : ‘Quoi, vous aussi vous jeûnez ?’ »