Le parquet de Paris a ouvert lundi une enquête après les menaces de mort diffusées sur les réseaux sociaux visant Charlie Hebdo à cause d’un dessin représentant l’islamologue Tariq Ramadan, visé par deux plaintes pour viol, a-t-on appris de source judiciaire.

Depuis les attentats de janvier 2015 à Paris contre Charlie Hebdo, un supermarché casher et une policière municipale (17 morts), les messages de haine et les menaces adressées à l’hebdomadaire n’ont « jamais vraiment cessé », a relevé Riss.

« C’est toujours difficile de savoir si ce sont des menaces sérieuses ou pas, mais par principe, on les prend au sérieux et on dépose plainte », a-t-il ajouté.

Des syndicats de journalistes, des rédactions et de nombreuses personnalités ont apporté leur soutien public à Charlie Hebdo. Parmi eux, le dessinateur Joann Sfar.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, l’auteur du Chat du Rabbin dit ne pas comprendre que lesdites menaces « n’autorisent pas une sanction judiciaire immédiate » de la part des pouvoirs publics, explique le Figaro.

« Ou bien il faut admettre que les usagers de Twitter ne sont pas soumis aux mêmes lois que les autres, explique le dessinateur du Chat du Rabbin dont le 7e tome sort ces jours-ci. Ou bien les massacres d’il y a quelques années incitent les pouvoirs publics à ‘ne pas mettre de l’huile sur le feu’. J’ai toujours pensé que ceux qui ‘ne veulent pas mettre de l’huile sur le feu’ sont les plus sûrs alliés des assassins. »

Tariq Ramadan à une conférence à Bordeaux, le 26 mars 2016. (Crédit : AFP/Mehdi Fedouach)

L’enquête, confiée à la BRDP (brigade de répression de la délinquance contre la personne) de la police judiciaire, a été ouverte pour « menaces de mort matérialisées par un écrit » et « apologie publique d’un acte de terrorisme », a précisé cette source.

Edouard Philippe a déclaré mardi pour sa part qu’il souhaitait « des poursuites », « afin que des sanctions puissent être prononcées » à l’encontre des auteurs de menaces anonymes sur Twitter contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo.

« Je souhaite, dès lors qu’une menace de cette gravité est proférée, quel que soit le média sur lequel elle est proférée, que des poursuites puissent être diligentées afin que des sanctions puissent être prononcées », a déclaré le Premier ministre devant l’Assemblée nationale lors des questions au gouvernement.

L’hebdomadaire satirique, dont une partie de la rédaction a été abattue lors des attentats jihadistes de janvier 2015, a déposé plainte lundi après-midi.

Dans sa dernière édition, parue mercredi, le journal représente le théologien le pantalon déformé par un énorme sexe en érection, et proclamant : « Je suis le 6e pilier de l’islam ». « VIOL La défense de Tariq Ramadan », peut-on lire au-dessus du dessin.

L’islamologue et théologien suisse Tariq Ramadan, 55 ans, est visé par deux plaintes pour viol en France, qu’il conteste. Il a par ailleurs démenti lundi des accusations d’abus sexuels sur des mineures, publiées par un média suisse, et annoncé qu’il allait porter plainte pour diffamation.

Interrogé sur l’angle choisi pour ce dessin, le directeur de la publication Riss a fait valoir, sur Europe 1, que Tariq Ramadan se présentait lui-même comme « un islamologue, comme un sachant », c’est pourquoi le dessin fait référence au « 6e pilier de l’islam (….) le jihad ».

Les cinq piliers de l’islam constituent le fondement du mode de vie islamique: la profession de foi, la prière, la zakat (l’aumône), le jeûne du mois de Ramadan et le pèlerinage à la Mecque censé être accompli au moins une fois dans sa vie pour ceux qui en ont les moyens. Le jihad est considéré comme le sixième pilier de l’islam par une minorité au sein du sunnisme bien qu’il n’en ait pas le statut officiel.

Le 7 janvier 2015, les frères Kouachi avaient abattu huit collaborateurs de l’hebdomadaire dont cinq dessinateurs, un invité du journal, un agent d’entretien et deux policiers.

Des piles d’exemplaires de Charlie Hebdo (Crédit : AFP/Martin Bureau)